Des armes retrouvées dans une voiture à Evere : six jeunes, dont un militaire, sur le banc des prévenus
Six individus sont poursuivis par le tribunal correctionnel de Bruxelles pour association de malfaiteurs, détention d'armes et vol. La procureure requiert entre trois et cinq ans de prison.
29 mars 2025, aux alentours de 1 h 15 du matin. Mounir (nom d'emprunt) appelle les services de police. Paniqué. Le souffle court. L'homme se cache à proximité de son domicile à Evere. Plusieurs jeunes cagoulés, avec des gants en latex, font le guet dans une Renault Megane aux phares allumés. L'homme, bien connu des services de police, affirme être pris pour cible.
Quelques minutes plus tard, les forces de l'ordre débarquent sur place. Dans le coffre de la voiture suspecte, elles découvrent un pistolet-mitrailleur 9 millimètres, de type Scorpion. Sur la banquette arrière trône un AR-15, une arme de guerre automatique. Les policiers mettent également la main sur deux chargeurs, une pince, un gyrophare, des colsons, des gants, des plaques d'immatriculation belges et néerlandaises…
Dramatique fait divers à Evere: un commerçant a trouvé la mort, "l'agression a été d'une violence inouïe"À bord, une bouteille d'ammoniaque, un produit fréquemment utilisée pour faire disparaître les traces ADN, est aussi découverte. Une seule chose manque à l'appel : les occupants. Tous ont pris la fuite laissant derrière eux le véhicule et son important arsenal.
guillementVous êtes militaire et vous ne savez pas faire la différence entre une vraie et une fausse arme ?
Des armes de guerre
Ce mercredi, six jeunes prévenus comparaissaient devant le tribunal correctionnel de Bruxelles pour association de malfaiteurs, vol et détention d'armes. "Je n'ai aucun rôle dans cette affaire", ont-ils martelé tour à tour. La justice les suspecte pourtant d'être les membres d'un raid qui projetait de commettre un "acte violent" à Evere, dont le mobile reste flou. Tous sont âgés d'une vingtaine d'années seulement. Certains sont amis depuis l'enfance. D'autres déclarent ne connaître personne dans la salle.
Parmi eux, un Saint-Gillois officiant dans l'armée. Dans le dossier répressif, plusieurs photos montrent le jeune homme posant fièrement avec l'une des armes retrouvées au sein de la Renault Megane. Il reconnaît l'avoir touché. Maladroitement, il tente de se justifier : il pensait avoir en main une réplique destinée à l'Airsoft. "Vous êtes militaire et vous ne savez pas faire la différence entre une vraie et une fausse arme ?", lance le juge, non sans ironie.
Un an après la fusillade de la station Clemenceau, les jeunes auteurs condamnés à de lourdes peines de prisonLa gare du Midi
Cinq jours avant la découverte de la Renault Megane et des armes, trois hommes pénètrent dans un parking de la gare du Midi pour récupérer le véhicule. Peu avant 18 heures, un des suspects enfile des gants avant de prendre place derrière le volant. Un des jeunes, connus pour des faits de vol, de drogues ou encore de blanchiment, est formellement identifié sur les caméras de surveillance. Devant le tribunal, il prétexte avoir "rendu un service" et ne pas être au courant qu'il s'agissait d'une "voiture volée".
Lorsque le véhicule est finalement découvert à Evere fin mars, les enquêteurs le passent au peigne fin. Des empreintes de sont retrouvées sur le sac plastique contenant l'AR-15. "Quand vous touchez quelque chose, les empreintes digitales sont beaucoup moins pérennes que l'ADN. C'est très rare d'en retrouver. Cela démontre que l'objet a été manipulé récemment", détaille la procureure du Roi. Des traces ADN sont aussi retrouvées un peu partout dans l'habitacle. Une analyse du portable des suspects démontre que certains GSM bornent à proximité du parking de la gare.
Des antécédents judiciaires
Reste à démontrer leur implication directe des prévenus dans les faits d'Evere. Les antécédents judiciaires des prévenus ne parlent toutefois pas en leur faveur. La plupart d'entre eux sont déjà bien connus des autorités à des degrés divers.
Le conducteur présumé de la voiture, né à Anderlecht en 1998, possède un casier judiciaire plutôt chargé, avec plusieurs condamnations notamment pour des faits de stupéfiants. Résidant à Forest, il a eu des contacts avec Mohamed-Amine Dardour (dont rien ne démontre l'implication dans ce dossier), condamné à perpétuité pour l'assassinat de Soufiane Benali en 2020.
Une "dynamique de représailles" entre deux bandes rivales à l'origine de la récente vague de fusilladesÀ ses côtés, deux prévenus ont déjà été condamnés pour détention de stupéfiants. Un autre (25 ans), originaire de Bruxelles, se trouve impliqué dans un dossier pour tentative d'assassinat à Namur. Le militaire a, quant à lui, été inculpé dans un dossier d'instruction du chef d'association de malfaiteurs en vue de commettre un crime punissable de la réclusion à perpétuité.
La procureure requiert entre trois et quatre ans pour les principaux prévenus et cinq ans pour l'un d'eux : "Quand je vois des personnes aussi jeunes commettre des faits aussi graves… Cela me fait froid dans le dos". Plaidoiries le 29 septembre.
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