Une tentative étrangère d’influencer le référendum albertain
Les avertissements selon lesquels des acteurs étrangers tentent d’influencer les débats entourant la séparation de l’Alberta s’accumulent. Des chercheurs canadiens mettent le public en garde une nouvelle fois c...
Les avertissements selon lesquels des acteurs étrangers tentent d’influencer les débats entourant la séparation de l’Alberta s’accumulent. Des chercheurs canadiens mettent le public en garde une nouvelle fois contre la présence de réseaux de désinformation russes et la rapidité de propagation de récits minant la confiance envers les gouvernements, alimentés par des influenceurs américains.
Après un rapport publié en mai par DisinfoWatch (nouvelle fenêtre), une plateforme canadienne spécialisée dans la surveillance de la désinformation, et une enquête des Décrypteurs mettant en lumière plusieurs chaînes YouTube qui véhiculent des messages prônant la séparation de l’Alberta, c'est au tour du Centre for Artificial Intelligence, Data, and Conflict de l’Université de Regina de mettre en garde contre l’influence russe et américaine dans ce dossier.
Les chercheurs du Centre, en partenariat avec le groupe DisinfoWatch, ont pu chiffrer les tentatives d’influence sur la politique albertaine. En l’espace de quatre semaines, au cours des mois de juillet et d'août, ils ont pu identifier et vérifier environ 300 contenus constituant de la désinformation ou des tentatives d’influence issues d’acteurs étrangers.
De ce nombre, environ 80 % étaient liés à des acteurs russes.
Leurs méthodes sont plutôt clandestines, explique le codirecteur du Centre, Brian McQuinn. Les activités répertoriées proviennent principalement du réseau Pravda, une source de contenu de désinformation bien connue pour cibler les utilisateurs de médias sociaux en Occident.
Le réseau Global Research, une plateforme en ligne canadienne reconnue pour relayer la propagande russe, est également cité dans le rapport.
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L’activité américaine s'affiche quant à elle plus ouvertement : des influenceurs de la mouvance MAGA font publiquement la promotion de la séparation de l’Alberta, souligne le chercheur.
Parmi les thèmes qui gagnent le plus rapidement en popularité, on trouve la corruption des médias et la censure d'État. Par exemple, les messages diffusés par des médias d'État russes vont présenter le référendum comme étant truqué par Ottawa ou Élections Alberta.
L'accession de l'Alberta au statut d'État américain figurait également parmi les récits les plus communs, apparaissant dans 25 % des articles recensés.

L'Alberta est la province anglophone la plus touchée par la désinformation, selon les recherches de Brian McQuinn. Sur la photo, on peut voir Mitch Sylvestre, du groupe Stay Free Alberta, s'adresser aux journalistes lors du dépôt des signatures de la pétition en mai dernier.
Photo : Radio-Canada / Emily Fitzpatrick
Un impact difficile à mesurer
L’influence américaine de personnalités connues se fait bel et bien sentir en Alberta. Brian McQuinn cite notamment l'exemple d'une fausse information initialement lancée par un influenceur américain réputé, Alex Jones.
Ce dernier affirmait que les autorités canadiennes internent de force des citoyens en raison de leurs opinions politiques et que des psychiatres ordonnent des décès forcés par l'aide médicale à mourir (AMM).
La publication, partagée par des réseaux sociaux proséparatistes, prétendait que des personnes étaient enlevées en pleine rue et hospitalisées d'office pour avoir critiqué le gouvernement, une affirmation entièrement fausse (nouvelle fenêtre) et démentie.
Or, quantifier la portée réelle de ces tentatives d’influence demeure un défi, admet Brian McQuinn. Par exemple, quel est véritablement l’impact de quelques dizaines d’articles générés par un réseau comme Pravda, qui produit des millions d’articles par année?
Si la portée de l'influence russe ne peut être chiffrée avec précision pour l’instant, le modus operandi est quant à lui bien connu. Il s’agit de contenus se présentant comme de l'information légitime, mais spécifiquement conçue pour attiser les divisions.
La bonne désinformation contient une part de vérité ou s'appuie sur des griefs légitimes pour faire accepter d'autres récits sous-jacents, explique Brian McQuinn.
Ce contenu est ensuite réinjecté dans des communautés en ligne, et ce sont de véritables utilisateurs canadiens qui finissent par véhiculer ces messages en les partageant, explique le chercheur. Il s'agit une forme de blanchiment de la désinformation.
Au Canada, 83 % de la désinformation est rejetée par des citoyens ordinaires.
Le gouvernement albertain n'est pas prêt
L'ingérence étrangère est une menace très sérieuse pour la sécurité nationale, affirme Patrick Lennox, consultant en sécurité et ancien directeur du renseignement à la Gendarmerie royale du Canada (GRC).
L'Alberta n'est pas du tout préparée. Elle n'a aucune capacité pour faire face à ce type de menaces, elle n'a pas d'équipe de renseignement et de sécurité, affirme Patrick Lennox, qui est également candidat libéral dans la circonscription fédérale d'Edmonton Griesbach.
Dans une déclaration écrite, le gouvernement de l'Alberta affirme : Nous continuerons de travailler en étroite collaboration avec ses partenaires pour l'application de la loi, pour repérer et traiter toute ingérence potentielle. Lorsque des préoccupations crédibles seront soulevées, elles seront transmises au Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) [...] pour évaluer les menaces et y répondre.
Patrick Lennox se dit rassuré de savoir qu’une collaboration existe avec Ottawa. Le processus de transmission au gouvernement fédéral est une démarche dont il faudra juger de l'efficacité sur le tas, précise-t-il toutefois.
Il y a un plan en place à l'échelle fédérale, mais il n'y en a aucun à l'échelle de l'Alberta, ajoute-t-il.
Pour mener à bien leurs travaux, les chercheurs ont utilisé CIPHER, une plateforme d’intelligence artificielle développée par le Centre de l’Université de Regina. Initialement conçue pour surveiller la désinformation lors de l'invasion russe de l’Ukraine, la plateforme a vu ses paramètres recalibrés pour traquer la désinformation concernant l'Alberta, explique Brian McQuinn.
Les chercheurs ont vérifié la liste des récits et les sources étrangères générées par le système [CIPHER], assure Marcus Kolga, fondateur et directeur de DisinfoWatch.
Radio-Canada a pu consulter les deux rapports de CIPHER AI, basés sur les données récoltées en ligne du 17 au 30 juillet et du 30 juillet au 12 août. Les données brutes ne nous ont toutefois pas été transmises.