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“Depuis la mort du petit Fayed, plus personne ne vient dans le quartier” : à Nîmes, les commerçants de Pissevin alertent sur leur mort quasi-certaine

Depuis deux ans, la vie d’une partie des commerçants de Pissevin, à Nîmes, est plongée dans le coma après la vague de violences qu’a connu le quartier. L’espoir, fragile, réside dans le déménagement vers de nouveaux locaux, mais toujours en chantier.

Depuis deux ans, la vie d’une partie des commerçants de Pissevin, à Nîmes, est plongée dans le coma après la vague de violences qu’a connu le quartier. L’espoir, fragile, réside dans le déménagement vers de nouveaux locaux, mais toujours en chantier.

Nîmes, quartier Pissevin, galerie Marcel Sant à Trait d’Union. Un matin de septembre, les voix d’une demi-douzaine d’hommes attablés autour de cafés sont les seuls sons à rompre le silence environnant. Alors que le samedi est d’habitude un jour plutôt animé dans les villes, ici, le quartier est quasi désert.

"Cela fait plus de deux ans que ça dure, et si ça ne change pas vite, ça va mal finir", entend-on dans la conversation. Le groupe profite de cafés servis par le patron du tabac, l’un des deux commerces, avec un voyagiste, encore ouvert dans la galerie. À côté, les tables voisines côtoient un snack, une boulangerie et le poste de police, tous fermés depuis l’incendie volontaire qui a visé ce dernier il y a déjà deux ans. Les commerces n’ont pas rouvert depuis.

Victimes collatérales

"J’avais tout mis en place, je devais ouvrir ici en septembre 2024. Ils ont foutu le feu 10 jours avant", rappelle le boulanger Rachid Ezine, qui travaillait, avant cela, dans la galerie Wagner avant qu’elle ne soit détruite dans le cadre de la rénovation urbaine de l’Anru.

"Mais ce n’est pas cet incendie qui a fait fuir les gens, ça a commencé bien avant", ajoute à ses côtés Boudhiba Lahmar, "depuis la mort du petit Fayed, plus personne ne sort, plus personne ne vient dans le quartier". Fayed, 10 ans, est la tragique victime collatérale d’une fusillade en 2023, la plus jeune victime du narcobanditisme en France.

Pour Boudhipa, narcotrafic, délinquance et pauvreté grandissante ont fini par tuer son activité, "pourtant simple, je suis coiffeur". Quarante ans de métier commencé à Valdegour, puis dans la galerie Wagner, puis dans des locaux rénovés à Trait d’Union. Le professionnel a "suivi la population", mais aussi les travaux de reconstruction de l’Anru.

Une arche face au déluge ?

Les hommes regardent, juste à côté de la galerie Sant, le bâtiment qui vient de sortir de terre, le premier de la résidence Kennedy-Sud, qui doit compter 73 logements à son ouverture, dont 23 sociaux, ainsi qu’une pharmacie et une dizaine de commerces, parmi lesquels la boulangerie et le salon de coiffure. Mais le bâtiment, dont l’ouverture était initialement prévue à la mi-2026, n’est toujours pas terminé.

Et les craintes grandissent, notamment pour Boudhiba. Trop fragilisé par la situation du quartier, son salon a été placé en liquidation judiciaire quelques mois après le lancement du chantier. Cette situation compromet de fait son projet d’emménagement dans ces nouveaux locaux, même si le coiffeur a enregistré une nouvelle société pour pouvoir espérer poursuivre les démarches.

"Il faut que la SPL Agate (société publique locale qui gère le chantier, NDLR) comprenne que ce que nous vivons, ce n’est pas comme ailleurs", maintient Rachid Ezine. "Tout ce que je veux depuis le début, c’est travailler, tout simplement", maintient Boudhiba Lahmar. "J’ai beaucoup investi pour rester dans ce quartier, c’est le mien, mais si les pouvoirs publics ne continuent pas à aider les commerçants, il n’y aura plus rien de bon ici."

"De vrais animateurs du territoire"

Les commerçants placent en revanche "beaucoup d’espoir" dans la nouvelle municipalité de gauche, "l’ancienne équipe n’est jamais venue nous consulter". C’est donc vers la nouvelle équipe municipale que se tourne désormais leur impatience. Après une première entrevue en juin, cinq des commerçants sont revenus, faute de nouvelles, dans le bureau de la première adjointe Amal Couvreur le 28 septembre dernier.

"Ces professionnels sont de vrais animateurs du territoire, comme les pharmaciens. S’ils disparaissent, c’est l’échec pour tout le monde", soutient l’élue, qui indique que, même si les informations ne sont pas régulièrement communiquées, le travail avec la SPL Agate est bien en cours et va porter ses fruits. La municipalité a demandé à cette dernière de faciliter au mieux l’installation à venir des commerçants dans ces locaux. En ce qui concerne le salon de coiffure liquidé, "on s’en occupe sérieusement, on est en train de négocier pour trouver une solution juridiquement viable qui puisse lui permettre de s’installer également". L’adjointe se dit plus que consciente des difficultés exceptionnelles qui les touchent depuis des années.