Démissionner ou rester ? Retour sur ces ministres qui ont préféré claquer la porte du gouvernement
La ministre de la transition écologique Monique Barbut a annoncé sa démission ce mercredi 22 juillet 2026, avant de faire machine arrière. Une situation qui remet en lumière le départ tonitruant de certains de ses prédécesseurs, de Jean-Pierre Chevènement à Nicolas Hulot.
« Un recul environnemental de trop. » La ministre de la transition écologique, Monique Barbut, a annoncé publiquement qu’elle allait présenter sa démission ce mercredi 22 juillet 2026, après l’adoption définitive par le Parlement de la loi d’urgence agricole. Avant de faire volte-face à peine quelques heures plus tard, son entourage expliquant qu’elle restait en place « face à l’urgence d’agir contre les conséquences du changement climatique qui frappent durement notre pays et pour répondre aux enjeux de santé environnementale ».
Si Monique Barbut a finalement décidé de rester, sa prise de distance avec le gouvernement rappelle quelques précédents et la situation d’autres ministres qui ont un jour décidé de démissionner pour protester contre une politique qu’ils ne voulaient pas, ou plus, assumer.
2023. Aurélien Rousseau, ministre de la santé
Figure de l’aile gauche de la macronie, Aurélien Rousseau est nommé ministre de la santé en juillet 2023 pour retisser le lien délabré entre pouvoir et soignants, mais démissionne seulement cinq mois plus tard.
Une manière pour lui de protester contre l’adoption de la loi immigration par le Parlement. Aurélien Rousseau s’opposait frontalement à une mesure phare de ce texte, la suppression de l’aide médicale d’État (AME), voulue par le Sénat. L’AME a finalement été maintenue, mais sous condition d’une réforme du dispositif en 2024, ce qui n’a pas suffi à le convaincre de rester au gouvernement.
2018. Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique
Le 28 août 2018, Nicolas Hulot quitte le gouvernement d’Édouard Philippe avec fracas. Jugeant la politique des « petits pas » insuffisante, le ministre de la transition écologique annonce sa démission en direct sur France Inter, sans avoir pris la peine de prévenir ni le président, ni le premier ministre.
« Je ne veux plus me mentir, je ne veux pas donner l’illusion (…) que l’on est à la hauteur des enjeux, je prends la décision de quitter le gouvernement », déclare le ministre d’État, en poste depuis un peu plus d’un an.
Fin 2021, sous le coup d’accusations d’agression sexuelle et de viol, Nicolas Hulot annonce quitter « définitivement » la vie publique.
2016. Christiane Taubira, ministre de la justice
« Je quitte le gouvernement sur un désaccord politique majeur. Je choisis d’être fidèle à moi-même, à mes engagements, à mes combats, à mon rapport aux autres », annonce Christiane Taubira, alors ministre de la justice, le 27 janvier 2016.
Si la droite et l’extrême droite réclamaient régulièrement son départ, c’est finalement la déchéance de nationalité qui a eu raison de la garde des sceaux.
Après quatre ans à la justice, Christiane Taubira démissionne pour protester contre cette mesure que François Hollande proposait d’inscrire dans la Constitution. « Le péril terroriste qui nous menace est grave, imprévisible, mais nous avons appris à le traquer », se justifie-t-elle à l’époque. Quelques mois plus tard, le président de la République renonce à son projet de réforme constitutionnelle.
2014. Le triple départ d’Arnaud Montebourg, Aurélie Filippetti et Benoît Hamon
Le 24 août 2014, la traditionnelle Fête de la rose, organisée à Frangy-en-Bresse, a des conséquences imprévues. Arnaud Montebourg et Benoît Hamon, respectivement ministre de l’économie et ministre de l’éducation, profitent de ce rassemblement pour appeler à un « changement de cap économique ».
Cette critique de la politique budgétaire menée par François Hollande et Manuel Valls pousse le premier ministre à présenter la démission de son gouvernement dans la foulée.
Même si Manuel Valls souhaite le garder dans sa nouvelle équipe, Benoît Hamon annonce sa démission. Arnaud Montebourg fait de même. La ministre de la culture, Aurélie Filippetti, fait également acte de non-candidature dans une lettre adressée au président et au premier ministre. « Le débat qui a été ouvert sur la politique économique est salutaire et nécessaire », leur écrit-elle.
1983, 1991 et 2000. Jean-Pierre Chevènement, démissions en série
« Un ministre, ça ferme sa gueule. Si ça veut l’ouvrir, ça démissionne. » Jean-Pierre Chevènement, auquel on prête cette formule, l’a parfaitement illustrée en quittant trois gouvernements.
En 1983, alors ministre de la recherche et de l’industrie depuis deux ans, il claque une première fois la porte pour protester contre le tournant de la rigueur. Nommé quelques années plus tard ministre de la défense, Jean-Pierre Chevènement démissionne en 1991, refusant l’intervention militaire française en Irak.
Ces deux précédents n’empêchent pas Lionel Jospin de le nommer ministre de l’intérieur en 1997. Un poste qu’il quittera également, en 2000, rejetant la politique menée par le premier ministre en Corse.