Déjà dans la tourmente, l’auteur québécois Thélyson Orélien est…
Dans la tourmente depuis mardi, accusé d’avoir écrit son roman C’était ça ou mourir avec l’intelligence artificielle (IA), l’auteur Thélyson Orélien fait maintenant l’objet d’accusations de plagiat pour des tex...
Dans la tourmente depuis mardi, accusé d’avoir écrit son roman C’était ça ou mourir avec l’intelligence artificielle (IA), l’auteur Thélyson Orélien fait maintenant l’objet d’accusations de plagiat pour des textes d’opinion publiés dans plusieurs médias, dont La Presse.
Depuis 24 heures, de nombreuses publications circulent sur les réseaux sociaux, dont plusieurs proviennent du compte @MonsieurPhi sur X, de l’écrivain français Thibaut Giraud, accusant M. Orélien d’avoir plagié des textes en anglais et même en espagnol pour certaines de ses chroniques.
Vérification faite, La Presse a révélé mercredi après-midi que Thélyson Orélien a bel et bien publié des textes d’opinion dans différents médias francophones, entre 2012 et 2014, qui sont très similaires à des écrits déjà existants. L’auteur québécois d’origine haïtienne a publié plusieurs textes dans les pages de La Presse et y est chroniqueur depuis peu.
Le 28 février 2013, le quotidien québécois a publié le texte « Ne mettons pas nos héros sur un piédestal » de Thélyson Orélien, qui se présentait alors comme un « rédacteur pigiste de Montréal », dans sa rubrique Courrier des lecteurs. Problème ? Le texte est calqué sur une chronique d’Andy Bautista, « Falling from pedestals », publiée cinq jours plus tôt dans The Philippine Star.
En parlant de Lance Armstrong, par exemple, M. Orélien écrit : « Avec un cancer du testicule dans un sport qui exige de passer des heures exténuantes assis sur un vélo, il a remporté le Tour de France, un record de sept fois de suite après le diagnostic horrible. »
Andy Bautista écrivait quelques jours plus tôt : « Testicular cancer in a sport which required you spending gruelling hours sitting on a bike ? Lance Armstrong won the Tour de France a record seven consecutive times after the horrifying diagnosis. »
« Cette tromperie est décevante et inexcusable », a indiqué François Cardinal, vice-président de l’information et éditeur adjoint de La Presse, qui a depuis ajouté un avertissement de plagiat sur la page Internet du texte concerné ainsi qu’un autre concernant des doutes d’utilisation de l’IA sur des textes de M. Orélien parus récemment.
Le billet de blogue « La contradiction américaine », publié dans Mediapart le 10 novembre 2014, s’inspire grandement de l’analyse « El descontento de la superpotencia » écrite par Rodrigo Botero Montoya, ancien ministre colombien des Finances, et parue dans le quotidien La República le 8 octobre 2014. Le Devoir a pu constater les similitudes entre les deux textes avant que le média français ne supprime la page de l’article mercredi après-midi.
De nombreux autres cas de plagiat allégué circulent sur les réseaux sociaux.
Une nouvelle primée à Radio-Canada en 2014
En 2014, Thélyson Orélien a remporté le Prix du public avec sa nouvelle Où va le monde, publiée en 2012 dans la Zone d’écriture de Radio-Canada.
Plusieurs passages de cette nouvelle sont identiques à la préface du livre Le matin des magiciens de Louis Pauwels et Jacques Bergier, paru en 1960.
« Je suis d’une grande maladresse manuelle et le déplore. Je serais meilleur si mes mains savaient travailler. Des mains qui font quelque chose d’utile, plongent dans les profondeurs de l’être et y débordent une source de bonté. Mon grand-père, qui m’avait élevé et que j’appelle aussi père, était un ouvrier, autant intellectuel que manuel. C’était une âme puissante, un esprit réellement messager. » Voici les premières lignes du texte de Thélyson Orélien, identiques — à trois mots près — à la préface du livre français.
Contactée par Le Devoir, Radio-Canada n’a pas souhaité faire de commentaires à ce sujet.
Intelligence artificielle
Le compte Balance ton Claude, sur X, a accusé mardi Thélyson Orélien d’avoir fait générer son roman C’était ça ou mourir à 100 % par l’IA. L’annonce a entraîné une tempête dans le monde littéraire. De nombreuses personnes ont soutenu M. Orélien, certaines allant même jusqu’à parler d’une campagne de salissage.
« J’ai toujours aimé la création et l’écriture, je ne vois pas pourquoi je ferais appel à une machine », s’est défendu l’écrivain en entrevue à Libération.
Dans un communiqué de presse, les Éditions du Boréal ont affirmé mercredi soir prendre ces allégations « très au sérieux, tant pour l’auteur que pour ses lecteurs et pour la confiance qui unit une maison d’édition à son public ».
« Nous continuons de déployer tous les efforts nécessaires, avec l’auteur comme à l’interne, afin de faire toute la lumière sur les allégations selon lesquelles l’auteur aurait eu recours à l’IA générative pour écrire C’était ça ou mourir. »
Le roman de l’auteur haïtiano-québécois est dans la course aux grands prix littéraires français, notamment le Goncourt, le Médicis, le Femina et le Renaudot. Il a déjà été récompensé par le prix Fnac, du nom d’une grande chaîne française de magasins culturels.