DÉCRYPTAGE. “Reprendre une enquête laissée de côté est un travail compliqué”, pourquoi il sera difficile d’examiner les 1 000 dossiers de pédocriminalité rouverts après l’affaire Lyhanna
Après le drame de la mort de Lyhanna, le ministère de la Justice a lancé un vaste réexamen des procédures en attente. Sur les quelque 85 000 dossiers recensés dans les parquets français, plus de 70 000 ont déjà été passés au crible, permettant d’identifier près d’un millier de procédures jugées prioritaires en matière de pédocriminalité. Mais reprendre une enquête laissée de côté permet-il réellement de rattraper le temps perdu ? Pour François Daoust, ancien directeur de l’Inst
l'essentiel Après le drame de la mort de Lyhanna, le ministère de la Justice a lancé un vaste réexamen des procédures en attente. Sur les quelque 85 000 dossiers recensés dans les parquets français, plus de 70 000 ont déjà été passés au crible, permettant d’identifier près d’un millier de procédures jugées prioritaires en matière de pédocriminalité. Mais reprendre une enquête laissée de côté permet-il réellement de rattraper le temps perdu ? Pour François Daoust, ancien directeur de l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN), chaque mois écoulé peut compliquer un peu plus la manifestation de la vérité.
Passant de l’émoi à la colère, les Français ont été touchés au cœur par l’affaire de la mort de la petite Lyhanna dans le Gers. Cette grogne a été entendue par le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, qui a lancé un vaste réexamen des procédures en attente en matière de pédocriminalité. Sur les 85 000 dossiers recensés, près d’un millier sont devenus "prioritaires". Mais reprendre une enquête laissée de côté pendant des semaines, voire des années, est-il simple ?
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"Ce n’est jamais évident", nous résume d’emblée François Daoust, ancien directeur de l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN). Selon lui, un drame de cette ampleur entraîne immédiatement une réorganisation des priorités. "On arrête tout le travail qu’il y a à côté. Trafic de drogue, vols, agressions... Tout passe après. On ne s’occupe plus que de ça".
"Je ne dis pas que ça n’a plus d’importance. Mais il n’y a pas de miracle... C’est l’un qui se substitue à l’autre", enchaîne-t-il. Le fait de mobiliser des enquêteurs sur ces nouveaux dossiers prioritaires ne suffit pas à effacer les conséquences du temps. "Reprendre une enquête laissée de côté est un travail compliqué, pour plein de raisons", explique l’ancien général.
"Les souvenirs se transforment naturellement"
Dans le dossier Lyhanna, Jérôme Barella était visé par une plainte déposée en 2025 par la mère de Rosa, une fillette qui l’accuse de l’avoir violée "une cinquantaine de fois". François Daoust rappelle que les premiers actes d’enquête concernant cette première affaire auraient été réalisés rapidement après la plainte : auditions de la mère et de l’enfant, expertise, examen en unité médico-judiciaire et tout a été envoyé au parquet de Toulouse. "Les bases sont là", estime-t-il. Mais lorsque les investigations reprennent après un long temps d’arrêt, le principal ennemi des enquêteurs n’est plus seulement l’absence d’indices... "Les témoignages, s’ils n’ont pas été pris correctement tout de suite, ont tendance à s’évaporer ou à se transformer naturellement", explique l’ancien enquêteur. En cause, ce qu’il appelle la "perméabilité cognitive" : les souvenirs sont progressivement influencés par les discussions, les médias ou les réseaux sociaux.
À cela s’ajoute la disparition progressive des indices matériels : "Les traces matérielles sont plus qu’éphémères, et il est rare que des mois, voire des années après, on puisse en retrouver de nouvelles sur le terrain".
Une justice qui travaille "à l’ancienne"
Pour François Daoust, cette affaire met également en évidence les limites des outils dont disposent aujourd’hui les enquêteurs pour identifier les dossiers les plus sensibles. "Il n’y a pas d’étiquette particulière qui signale l’urgence d’une affaire criminelle. On est toujours dans un traitement à l’ancienne, sur le temps long", regrette-t-il.
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L’ancien directeur de l’IRCGN estime que les restrictions entourant le croisement des fichiers judiciaires empêchent de mieux hiérarchiser certaines procédures impliquant des mineurs. Il plaide une utilisation de l’intelligence artificielle, placée sous le contrôle d’un magistrat, afin de détecter plus rapidement les dossiers les plus préoccupants.