Décryptage. Mobilisation du 24 octobre : pour l’acte II, autant de colère dans la rue mais moins de casse
Il n’y aura pas lieu de féliciter d’un retour au calme au soir de l’acte II de la colère sociale, ce samedi 24 octobre. Si cette journée de mobilisation tant redoutée n’a pas causé la même désolation que samedi...
Il n’y aura pas lieu de féliciter d’un retour au calme au soir de l’acte II de la colère sociale, ce samedi 24 octobre. Si cette journée de mobilisation tant redoutée n’a pas causé la même désolation que samedi dernier, elle a été marquée par de nouvelles images de débordements, de heurts avec les forces de l’ordre, et d’une violence qui semble reproduire le même schéma, quand l’atmosphère devient systématiquement électrique en fin de manifestation en raison de la présence de black blocs qui viennent pour en découdre - là où les manifestants rencontrés au démarrage des cortèges ne font que porter leurs revendications. Mais rien de comparable, malgré tout, avec le chaos du 17 octobre.
Une mobilisation encore massive
« Les cortèges se sont bien déroulés », a confirmé en début de soirée le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, dans un bilan qui n’était que provisoire. Mais « dans à peu près chacun d’eux, nous avons eu des constitutions de groupes à risque », a-t-il ajouté, dénonçant « un niveau de violence extrêmement élevé à l’encontre des forces de l’ordre » et des pillages « en nombre limité ». Près d’un millier d’interpellations était alors recensé, contre 385 à la même heure la semaine passée.
Dans toute la France, la CGT revendique la présence dans les rues de 800 000 personnes, soit l’équivalent de samedi dernier. Le ministère de l’Intérieur en a compté pour sa part 410 000, soit un quart de moins qu’il y a une semaine (la place Beauvau avait recensé 550 000 manifestants). Des chiffres qui montrent que ce vaste mouvement social porté par des revendications multiples sur la vie chère, l’expression démocratique ou l’inquiétude lycéenne, reste massive dans le pays. Il n’y a d’ailleurs pas que les grandes villes qui se sont mobilisées : ils étaient 2 000 à Clermont-Ferrand, 1 200 à Lorient, et 15 000 à Lille. « C’est une marée humaine », s’est félicité le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure, qui a pris des accents lyriques sur X : « Elle dit à la fois la colère et la joie d’un peuple qui porte dans ses gènes la volonté de vivre ensemble. »
« Il est temps de céder », selon Mélenchon
Jusqu’à 17 heures environ, les défilés se sont déroulés sans incident majeur dans la plupart des villes. Mais à leur arrivée à destination, les tensions sont vite apparues à plusieurs endroits du territoire - Bordeaux et Nantes notamment. Le ministre de l’Intérieur avait mis en place un dispositif XXL et une anticipation musclée pour ne pas se retrouver en « perte de contrôle » face aux casseurs et pilleurs, comme il l’avait reconnu lui-même après les violents débordements du 17 octobre. Cette fois-ci, ce sont 70 000 policiers et gendarmes qui étaient déployés, avec les renforts de brigades d’élite comme le GIGN, la BRI ou le Raid - qui ne sont toutefois pas spécialisées dans le maintien de l’ordre - mais aussi les blindés Centaure de la gendarmerie. À Marseille, où la gestion des forces de l’ordre avait été vivement critiquée par la municipalité le week-end dernier, le maire Benoît Payan a salué samedi « une manifestation dans le calme » et « un dispositif à la hauteur de l’enjeu ».
À Paris, où les images de pillages et de destruction du week-end dernier ont laissé la capitale KO debout, 110 000 personnes - selon la préfecture, et 250 000 selon la CGT - ont marché d’abord dans le calme entre les portes d’Italie et de Vincennes, sur un parcours qui a une nouvelle fois été bouclé dans une certaine confusion. Un chiffre équivalent à celui de la semaine dernière - la pluie en plus. La secrétaire nationale des Écologistes, Marine Tondelier, et le leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, figuraient parmi la foule. « Il est temps de céder », a lancé ce dernier à l’attention du chef de l’État et du Premier ministre, sans quoi « il ne leur restera plus qu’une chose, c’est la porte de sortie ». Mais la situation s’est tendue une fois le cortège parvenu à son point de destination - avec tirs de gaz lacrymogène de la part des forces de l’ordre et là aussi, l’utilisation d’un canon à eau pour disperser les quelque 500 casseurs qui s’étaient retrouvés cours de Vincennes, selon la préfecture de police de Paris.
« Il faut un débouché politique »
À Toulouse, un manifestant a été grièvement blessé à la main dans des circonstances qui ne sont « pas connues », selon la préfecture de la Haute-Garonne. À Clermont-Ferrand, un blessé à la main est à déploré et à Poitiers, un manifestant a été touché à l'oeil. À Nice, la police a interpellé onze personnes en lien avec une violente rixe impliquant l’ultradroite, qui auraient agressé des manifestants - trois blessés sont à déplorer.
Les regards se tournent désormais vers le week-end prochain, avec une nouvelle mobilisation des gilets jaunes, et vers le jeudi 5 novembre, date d’appel à la grève générale de l’intersyndicale. « J’ai beaucoup de crainte pour le 31 octobre et pour le 5 novembre », a reconnu Benoît Payan sur BFMTV. « Il faut un débouché politique », implore désormais le maire de Marseille.