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DECRYPTAGE. Les arnaques bancaires par manipulation explosent : faux conseiller, substitution d’IBAN, comment les escrocs prospèrent en ciblant les failles humaines

Malgré une nouvelle baisse du taux de fraude à la carte, les escroqueries bancaires changent de nature. En 2025, les fraudes par manipulation ont bondi de 34 %, à 516 millions d’euros. Faux conseillers, virements détournés et substitutions d’IBAN exploitent désormais le maillon humain plutôt que les failles techniques.

l'essentiel Malgré une nouvelle baisse du taux de fraude à la carte, les escroqueries bancaires changent de nature. En 2025, les fraudes par manipulation ont bondi de 34 %, à 516 millions d’euros. Faux conseillers, virements détournés et substitutions d’IBAN exploitent désormais le maillon humain plutôt que les failles techniques.

À l’heure où les cyberattaques et les vols de données se sont multipliés de façon inquiétante cette année, notamment contre des administrations – les impôts et l’Éducation nationale en tête – le rapport 2025 de l’Observatoire de la sécurité et des moyens de paiement, qui dépend de la Banque de France, montre par contraste la solidité et la résilience du secteur bancaire.

Une fraude générale en baisse

« L’année 2025 s’inscrit dans la dynamique de progression de l’usage des moyens de paiement scripturaux (+4,2 % en montant et +5,5 % en nombre d’opérations par rapport à 2024), portée par les solutions les plus innovantes : le paiement par mobile est désormais utilisé dans un paiement par carte sur cinq au point de vente, tandis qu’un virement émis sur six est instantané », indique l’Observatoire, qui se félicite que « cette croissance des flux s’accompagne d’une progression annuelle plus limitée des montants de fraude (+3,8 %), tandis que le nombre d’opérations frauduleuses diminue nettement (-7,6 %). »

La fraude par manipulation.
La fraude par manipulation. DDM

Ainsi, le taux de fraude sur la carte se réduit à nouveau pour atteindre son plus bas niveau historique, à 47 euros de fraude pour 100 000 euros de paiement et la fraude au chèque – longtemps crainte majeure des commerçants – continue également son repli (-16 % sur un an).

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En revanche, après s’être stabilisées en 2024, les fraudes par manipulation, essentiellement le faux conseiller bancaire, repartent à la hausse et représentent 516 millions d’euros en 2025 (+ 34 % sur un an), soit 41,6 % de la fraude totale aux moyens de paiement. Autant dire que le changement est profond.

Le fraudeur ne cherche, en effet, plus nécessairement à contourner les protections de la banque, mais il convainc son client de réaliser ou de valider lui-même l’opération. L’authentification est ainsi parfaitement régulière du point de vue technique, mais le consentement a été obtenu par tromperie. Le poids de ces manipulations a presque doublé en quatre ans relève l’Observatoire : elles ne représentaient encore que 21,6 % des montants fraudés en 2021 et 32,1 % en 2024.

Faux conseiller bancaire

Le faux conseiller bancaire en est la forme la plus emblématique. L’escroc appelle sa victime, prétend qu’une opération suspecte menace son compte et lui demande, sous couvert de la bloquer, de valider en fait un paiement, d’ajouter un bénéficiaire ou d’effectuer un virement. Une variante consiste à envoyer un faux coursier récupérer une carte prétendument compromise.

Pour les entreprises, les fraudeurs privilégient notamment la substitution d’IBAN – le numéro unique qui permet d’identifier un compte bancaire – d’un fournisseur ou la désormais bien connue « fraude au président », qui consiste à faire ordonner un virement urgent et confidentiel par un faux dirigeant.

Le virement est d’ailleurs désormais la principale cible. Les montants issus de manipulations sur les virements effectués depuis la banque en ligne sont passés de 244 millions d’euros en 2024 à 376 millions en 2025, soit une envolée de 54 %.

La fraude sur les paiements par carte avec authentification forte est, elle, restée stable à 140 millions. L’essor spectaculaire du virement instantané accroît l’exposition : le nombre d’opérations a progressé de 78 % et leurs montants de 118 %, même si leur taux de fraude recule de 0,046 % à 0,041 %.

De nouvelles alertes

Pour contrer cette nouvelle menace, l’Observatoire invite les banques à aller au-delà de la seule vérification de l’identité numérique. Un ajout récent de bénéficiaire, une hausse soudaine du plafond, un transfert préalable de l’épargne vers le compte courant ou un virement inhabituellement élevé doivent pouvoir déclencher une alerte renforcée, voire une temporisation ou un blocage. Des alertes parfois jugées agaçantes par les clients.

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D’autres barrières ont également été mises en œuvre. Depuis octobre 2025, la vérification du bénéficiaire permet de comparer le nom indiqué par l’émetteur avec celui du titulaire réel de l’IBAN. Et depuis mai dernier, les établissements peuvent également partager les IBAN associés à des opérations frauduleuses via le Fichier national des comptes signalés pour risque de fraude.

Reste, enfin, le comportement du client. Une banque ne demande jamais de valider une opération pour en annuler une autre. Face à un appel alarmant, le réflexe doit être de raccrocher et de contacter soi-même son établissement depuis son application ou son numéro officiel. Aucun code ne doit être communiqué et aucune carte remise à un coursier.

Dans les entreprises, tout changement d’IBAN doit être contrôlé par un contre-appel réalisé avec un numéro déjà connu. Des précautions qui doivent devenir la règle pour éviter de se faire manipuler…