thejournalofsierraleonestudies.com

DECRYPTAGE. Guerre en Ukraine : recrutement en chute libre, pertes qui s’accélèrent, pourquoi la Russie réclame 30 000 soldats nord-coréens

Selon Volodymyr Zelensky, Moscou aurait sollicité 30 000 soldats nord-coréens supplémentaires, en plus des quelque 12 000 déjà envoyés depuis 2024. Un appoint qui permettrait surtout à Vladimir Poutine d'éviter ce qu'il redoute le plus : une nouvelle mobilisation.

l'essentiel Selon Volodymyr Zelensky, Moscou aurait sollicité 30 000 soldats nord-coréens supplémentaires, en plus des quelque 12 000 déjà envoyés depuis 2024. Un appoint qui permettrait surtout à Vladimir Poutine d'éviter ce qu'il redoute le plus : une nouvelle mobilisation.

Samedi 25 juillet, Volodymyr Zelensky a affirmé sur X que Moscou avait sollicité 30 000 soldats nord-coréens supplémentaires, avec des préparatifs en cours depuis juin dans la région de Voronej, frontalière de l'Ukraine. Ni Moscou ni Pyongyang n'ont confirmé le chiffre. Mais si la demande se vérifie, elle s'expliquerait moins par une pénurie ponctuelle de troupes que par une crise de recrutement qui s'aggrave depuis plusieurs mois.

Russia wants to receive another 30,000 troops from North Korea. Since June, preparations have been underway in Russia’s Voronezh region to receive them. North Korea is also preparing to transfer additional launchers for ballistic missiles to Russia.

This is a threat not only to…

— Volodymyr Zelenskyy / Володимир Зеленський (@ZelenskyyUa) July 25, 2026

Un recrutement en chute libre

Selon l'expert de l'économie russe Janis Kluge, cité par CNN, le recrutement dans l'armée russe a chuté de 20 % au premier trimestre 2026 par rapport à 2025, pour tomber à environ 800 nouveaux contrats par jour. Le média indépendant Verstka rapporte un recul encore plus marqué au printemps : environ un tiers de recrues en moins qu'un an plus tôt. 

Pour compenser, les campagnes de recrutement ciblent désormais aussi les universités — certains étudiants ayant échoué à leurs examens se voient proposer un contrat militaire comme alternative au renvoi —, ainsi que les migrants, les personnes en difficulté financière et les sans-abri.

À lire aussi : Guerre en Ukraine : jusqu’à 20 000 dollars de prime… comment la Russie recrute illégalement des citoyens venus de l’étranger pour son armée

Dans la région de Penza, en juin dernier, des rafles ont même été menées dans la rue, dénoncées par des ONG et plusieurs médias indépendants russes exilés, mais démenties par les autorités locales. "Il y a des signes que cette incitation ne fonctionne plus efficacement, et que la Russie a commencé à perdre plus de soldats qu'elle n'en recrute", résume Nigel Gould-Davies, chercheur à l'"International Institute for Strategic Studies".

Des pertes qui s'accélèrent

Le décompte nominatif de Mediazona et de la BBC recensait 225 019 soldats russes tués confirmés au 5 juin 2026, à un rythme d'environ 330 morts identifiés par jour. Le Monde évalue de son côté les pertes mensuelles russes (tués et blessés graves) à entre 30 000 et 34 000 hommes durant le premier semestre 2026 — davantage que les quelque 27 000 soldats recrutés chaque mois sur la même période. Au total, la Russie aurait perdu environ 1,4 million d'hommes depuis février 2022, selon le "Center for Strategic and International Studies".

La guerre a un coût. Et la Russie commence à le payer.
Derrière les discours du Kremlin, les chiffres racontent une autre histoire. Notre analyse \ud83d\udc47 pic.twitter.com/NsXG6x9NxC

— France Diplomatie \ud83c\uddeb\ud83c\uddf7\ud83c\uddea\ud83c\uddfa (@francediplo) July 16, 2026

Le spectre de la mobilisation de 2022

Face à cette érosion, une nouvelle mobilisation générale serait politiquement explosive : cette conscription massive décrétée en septembre 2022 avait provoqué le départ de centaines de milliers de Russes et de rares manifestations, un scénario que le Kremlin veut éviter à tout prix avant les élections législatives de septembre 2026. Il continue donc officiellement de l'exclure. En attendant, Moscou élargit sans cesse son vivier de recrues potentielles. Le 23 juillet, la Douma (le parlement russe) a adopté une loi ouvrant le recrutement à de nouvelles catégories de condamnés — banditisme, trafic de drogue, participation à une organisation criminelle, trafic d'armes ou de matières radioactives — qui pourront être exonérés de leur responsabilité pénale en échange d'un contrat militaire.

Recourir aux troupes nord-coréennes permettrait donc à Vladimir Poutine de renforcer davantage ses effectifs, sur les quelque 700 000 soldats déjà déployés, sans reproduire le choc social d'une mobilisation générale. En échange de ses soldats, Pyongyang recevrait argent, technologies militaires, nourriture et ressources énergétiques, lui permettant de contourner les sanctions internationales liées à son programme nucléaire. Cet échange s'inscrit dans le cadre d'un traité signé en 2024, qui oblige chacun des deux États à fournir à l'autre une assistance militaire "sans délai" en cas d'attaque. Selon les autorités sud-coréennes, environ 2 000 soldats nord-coréens ont déjà été tués depuis leur premier déploiement dans la région de Koursk, sur les quelque 12 000 envoyés en 2024 et 2025. Reste à savoir si Pyongyang acceptera d'envoyer, cette fois, un contingent nettement plus important.