DECRYPTAGE. Guerre en Ukraine : Poutine joue-t-il son va-tout, en pleine élections législatives, en multipliant les provocations envers ses voisins européens ?
Ce vendredi 18 septembre s'ouvrent les élections législatives en Russie, un scrutin sans surprise mais que le président Poutine aborde de manière un peu particulière. Le pays est embourbé dans la guerre depuis maintenant plus de quatre ans, et autour du président, une partie de l'élite politique voudrait voir les choses s'accélérer, quand la population redoute une nouvelle mobilisation. Au milieu, Vladimir Poutine sait qu'il a tout intérêt à faire durer le conflit... Décryptage.&
l'essentiel Ce vendredi 18 septembre s'ouvrent les élections législatives en Russie, un scrutin sans surprise mais que le président Poutine aborde de manière un peu particulière. Le pays est embourbé dans la guerre depuis maintenant plus de quatre ans, et autour du président, une partie de l'élite politique voudrait voir les choses s'accélérer, quand la population redoute une nouvelle mobilisation. Au milieu, Vladimir Poutine sait qu'il a tout intérêt à faire durer le conflit... Décryptage.
Les élections législatives russes vont-elles marquer un tournant dans la guerre ? Pas sûr, mais l'attitude de Vladimir Poutine ces dernières semaines, elle, en dit long sur la période particulière que traverse la Russie. Comme s'il cherchait, en ce moment, à jouer son va-tout ?
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Alors que des frappes ukrainiennes touchent désormais la Russie et que de nombreux hommes ne sont jamais revenus du front, la Russie n'est pas en guerre... officiellement. Elle n'a donc pas décrété de loi martiale, et la vie politique suit son cours. Comme prévu, du 18 au 20 septembre, les élections législatives vont se tenir. Dans les programmes des candidats, tous acquis à la cause de Vladimir Poutine, aucun mot sur l'Ukraine, comme l'analyse Vera Grantseva, politologue, spécialiste de la Russie.
Le seul parti dissident du pouvoir, Iabloko, vient d'être exclu du scrutin. Une nouvelle fois, la Russie s'apprête à vivre un semblant de démocratie, qui s'apparente davantage à un "test" pour son président. "On se situe dans ce qu'on appelle une 'démocratie plébiscite' : il cherche à se faire applaudir par la foule, même si à ce stade, ce n'est pas forcément gagné", observe Lukas Aubin, directeur de recherches à l'Iris, auteur de Le sexe de Poutine (Editions Textuel). Localement, c'est aussi l'occasion pour lui de mesurer la loyauté des élites.
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Délicat "entre deux"
Or, certains observateurs, comme Lukas Aubin, perçoivent des signaux de "distanciation" de la part de ces proches, qui aimeraient voir le conflit ukrainien prendre fin. Or, mettre un coup d'accélérateur pourrait braquer la population. Le chercheur de l'Iris voit donc cette période comme un "entre deux", délicat à gérer pour le pouvoir russe.
De l'avis de nombreux spécialistes, Vladimir Poutine a tout intérêt à poursuivre la guerre. "Il est devenu prisonnier, voire enivré, par la guerre qu'il a lui-même déclenchée", selon Lukas Aubin. Lui qui a fondé toute sa rhétorique sur la virilité et la force a besoin de ce conflit pour se maintenir au pouvoir. Pire, "comme son pouvoir repose sur la violence : le moindre signe de faiblesse serait fatal", abonde Vera Grantseva.
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Alors Poutine multiplie les menaces et les postures agressives ces derniers jours envers ses voisins. "Comme il est pris au piège dans ce dilemme entre économie en souffrance, soutien populaire et maintien de son image, il pourrait chercher des solutions déplacées", analyse la politologue. Cela pourrait passer, selon elle, par un nouveau conflit "plus petit et plus simple à gagner comme en Moldavie, ou une guerre diplomatique avec l'Union européenne, en multipliant les ingérences et en ralliant l'extrême droite à sa cause", précise-t-elle.
Mise en scène de la virilité
Une analyse rhétorique révèle ce point intéressant, "le Kremlin parle d'opération militaire spéciale en Ukraine pour éviter le mot guerre, mais évoque ouvertement une guerre politique contre l'Occident et l'Union européenne", décrypte Lukas Aubin. C'est là "l'aboutissement d'une rhétorique construite depuis deux décennies" par Vladimir Poutine, selon lui. "La masculinité hégémonique et la mise en scène de son corps puissant se concrétisent aujourd'hui par cette agression militaire d'envergure", complète le chercheur de l'Iris.
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Mais une question se pose : va-t-il imposer une nouvelle mobilisation militaire à sa population, comme l'avait laissé entendre Volodymyr Zelensky, le président ukrainien ? Pour Vera Grantseva, la situation est plus difficile aujourd'hui qu'en 2022 "car les Russes savent maintenant qu'aller en Ukraine c'est aller mourir". Vladimir Poutine pourrait donc jouer la montre, attendre que les élections soient passées et mobiliser "au compte-gouttes et à bas mots" pour éviter la fronde.
L'information ne doit pas circuler, est-ce là la preuve d'une certaine fébrilité du pouvoir ? Toujours est-il que le Kremlin a ouvertement annoncé des coupures d'internet pendant les trois jours du scrutin législatif, par "mesure de sécurité", selon des sources en Russie, proches de Vera Grantseva.