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Décryptage. Fruits et légumes : après un été caniculaire, des rayons vides dans les supermarchés ?

À l’image des Français, les fruits et légumes cultivés dans l’Hexagone ont subi de plein fouet les effets des canicules successives et de la sécheresse. Chaleur intense et prolongée mais aussi manque voire abse...

À l’image des Français, les fruits et légumes cultivés dans l’Hexagone ont subi de plein fouet les effets des canicules successives et de la sécheresse. Chaleur intense et prolongée mais aussi manque voire absence d’eau - 61 départements sont toujours placés en situation de crise par VigiEau - ont eu des effets directs sur les productions. Cela devrait vite se traduire dans les étals et en cette semaine de rentrée, plusieurs géants de la distribution ont commencé à préparer les consommateurs : « Dans la semaine ou les mois qui viennent, il y aura une crise agricole à gérer », a prévenu ce mardi le président du groupement Les Mousquetaires (Intermarché), Thierry Cotillard, sur BFMTV. « Nous sommes entrés dans un monde de la rareté, il n’y aura pas des quantités tout le temps sur tout », abondait en même temps son homologue de Coopérative U, Dominique Schelcher, sur les ondes de France Inter.

« On n’a pas de quantités suffisantes de salades en sachet. Leur production a reculé de 30 %, nos rayons restent très vides avec des ruptures de stock qui ont pu atteindre 80 % », expliquait déjà le patron de la Coopérative U dans les colonnes du Parisien il y a quelques jours. Du côté des maraîchers, « les difficultés sont venues essentiellement de la façade ouest et de la Bretagne, la région la plus touchée, pour une raison simple : elle produit des légumes sans avoir besoin d’irriguer d’habitude », détaille Daniel Sauvaitre, président d’Interfel (l’interprofession des fruits et légumes frais). Mais cette année, les très faibles précipitations ont été fatales, à tel point que certains producteurs « n’ont pas remis en culture par la suite compte tenu des prévisions météo. C’est pour ça que ça va être durable », poursuit-il. Cela concerne par exemple les poireaux ou les choux.

Au-delà des baisses de production déjà documentées (-35 % pour le maïs, -12,1 % pour les céréales), c’est la pomme de terre qui inquiète l’Agreste, le service statistique du ministère de l’Agriculture : il prévoit une chute des volumes de 22 % en un an. « Ça pourrait être catastrophique, il faut s’attendre à ce que les frites soient bien plus petites », a alerté Dominique Schelcher ce mardi. Au rayon des fruits, la production de pêches et d'abricots est restée globalement stable dans l’été (-1 % par rapport à 2025). « Mais la récolte de pommes sera plus faible que la petite récolte que l’on attendait déjà », annonce le président d’Interfel. Ce qui devrait moins se ressentir dans les étals mais devrait réduire les exportations.

La production de pommes de terre devrait baisser de 22 % cette année. Photo d'illustration Sipa/Mourad Allili

La production de pommes de terre devrait baisser de 22 % cette année. Photo d'illustration Sipa/Mourad Allili

« Une limite qualitative qui bouge en fonction de l’offre »

Une offre en baisse qui a un effet mécanique sur le porte-monnaie des consommateurs. Les prix à la production (qui n’incluent pas les marges des distributeurs et intermédiaires) des légumes ont grimpé de 10,8 % en juillet (par rapport à juillet 2025), ceux des fruits de 2,6 %, d’après l’Agreste. Côté U, on estime que les prix affichés dans les rayons ont bondi de 13 % en moyenne.

Pour combler les manques, la grande distribution ne semble avoir d’autre choix que de se tourner vers des fruits et légumes qu’elle ne vendait pas jusque-là. Des oignons et échalotes plus petits, des tomates présentant des traces de brûlure… « C’est le retour des fruits et des légumes moches », a annoncé le président des Mousquetaires, qui avaient testé l’opération en 2014 avant de l’étendre à l’ensemble de leurs magasins l’année suivante. S’il goûte peu cette formule, Daniel Sauvaitre détaille le mécanisme : « On a une limite qualitative qui bouge en fonction de la quantité d’offre. Quand on a moins d’offre, la petite pomme qui ne se vendait pas, elle peut se vendre en sachet et non plus être transformée en jus ou compote. » Ce qui devrait se traduire, pour les fruits et légumes concernés, par des hausses des prix dans les rayons.