DECRYPTAGE. Cadmium : pourquoi est-il si présent dans nos aliments et comment limiter sa consommation ?
Une étude de "60 Millions de consommateurs" révèle que plus de 80 % des pâtes vendues en France contiennent du cadmium, un métal lourd cancérogène. L'Anses alerte sur l'imprégnation élevée des Français, trois à quatre fois supérieure à celle des autres Européens. Pour Karine Daniel, économiste à l'École supérieure des agricultures, il s'agit ni plus ni moins que d'un "contournement" des normes européennes.
l'essentiel Une étude de "60 Millions de consommateurs" révèle que plus de 80 % des pâtes vendues en France contiennent du cadmium, un métal lourd cancérogène. L'Anses alerte sur l'imprégnation élevée des Français, trois à quatre fois supérieure à celle des autres Européens. Pour Karine Daniel, économiste à l'École supérieure des agricultures, il s'agit ni plus ni moins que d'un "contournement" des normes européennes.
L'étude dans le dernier numéro de 60 Millions de consommateurs a engendré un petit séisme dans le milieu agroalimentaire. D'après leur analyse, plus de 80 % des paquets de pâtes vendus en France sont contaminés au cadmium, un métal lourd classé substance cancérogène. Cette étude, portée sur pas moins de 36 références de penne et de spaghetti (versions classique, blé complet, sans gluten, cuisson rapide), implique les marques préférées des Français comme Barilla, Lustucru, Panzani ainsi que des marques de distributeur.
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Si le cadmium a fait l’actualité récemment, sa présence dans nos aliments est bien connue depuis 2011. Un récent rapport de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) alerte sur les niveaux d'imprégnation des Français à ce métal, trois à quatre fois plus élevés par rapport aux autres Européens.
Faut-il bannir les pâtes ?
À l'échelle nationale, près d'un adulte sur deux présente une imprégnation supérieure au seuil recommandé et environ 25 % des enfants dépassent la dose journalière ingérée tolérable. Le cadmium s'accumule jusqu'à trente ans dans le foie et les reins et s'avère toxique pour la reproduction, alerte l'Inserm.
"En France, nous avons le principe de précaution. Dès qu'une suspicion émerge, nous devrions être en mesure de protéger immédiatement les consommateurs contre ce risque potentiel", alerte Karine Daniel, économiste à l'école supérieure des Agricultures.
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Dans la troisième étude de l'alimentation de l'Anses, le métal avait été détecté dans 89 % des produits alimentaires analysés. Il peut notamment se retrouver dans le pain, les pâtes, les pommes de terre, les céréales du petit-déjeuner et plus largement dans différents végétaux.
Cette présence s'explique par la capacité du cadmium à être absorbé par les plantes lorsqu'il est présent dans les sols. Une réalité qui rend impossible une alimentation totalement dépourvue de ce métal. Pour autant, les produits issus de l'agriculture biologique peuvent en contenir moins lorsque l'absence d'apport d'engrais limite la présence de cadmium dans les sols, soulève l'économiste.
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Que faire pour limiter le cadmium dans son alimentation ?
Pour les consommateurs, la solution ne consiste donc pas nécessairement à supprimer les aliments concernés. On peut limiter son apport en variant les origines des aliments et en diversifiant son alimentation. "Il est également recommandé de manger davantage de légumineuses (lentilles, pois chiches, haricots) pour ne pas dépendre uniquement des pâtes ou du pain comme source de glucides", selon le site du ministère de la Santé.
"La responsabilité, elle est d'abord politique et collective", soutient Karine Daniel. "Le problème vient du fait que la France n'applique pas pleinement la norme européenne qui est censée protéger les consommateurs. On entend souvent dire qu'il y aurait trop de règles, mais la norme est là pour structurer le marché et protéger les citoyens. Les acteurs économiques ou agricoles invoqueront peut-être un argument de compétitivité, mais la compétitivité doit-elle primer sur la santé publique ? Assurément non."
La question des seuils de cadmium fait d'ailleurs l'objet d'un débat en France, où des voix réclament leur abaissement. Un texte a été adopté début juin en ce sens à l'Assemblée nationale. Il doit désormais passer entre les mains du Sénat.