DÉCRYPTAGE. Affaire Jubillar : “Je me suis enferré dans mon mensonge”… Comment Cédric Jubillar a multiplié les fausses pistes pour faire croire à une disparition volontaire de Delphine
Pendant plus de cinq ans, Cédric Jubillar a nié toute implication dans la disparition de son épouse. Avant ses aveux de juillet dernier, il avait pourtant construit, au fil des auditions, un récit jalonné de diversions. Promenade nocturne des chiens, radicalisation islamiste supposée, ignorance affichée de l'amant de Delphine ou encore scène de détresse aujourd'hui qualifiée de "mise en scène" par plusieurs proches. Retour sur les principales stratégies qui ont nourri l'enq
l'essentiel Pendant plus de cinq ans, Cédric Jubillar a nié toute implication dans la disparition de son épouse. Avant ses aveux de juillet dernier, il avait pourtant construit, au fil des auditions, un récit jalonné de diversions. Promenade nocturne des chiens, radicalisation islamiste supposée, ignorance affichée de l'amant de Delphine ou encore scène de détresse aujourd'hui qualifiée de "mise en scène" par plusieurs proches. Retour sur les principales stratégies qui ont nourri l'enquête... avant de se retourner contre lui.
Pendant toute l'instruction, les enquêteurs n'ont pas seulement cherché à comprendre ce qui était arrivé à Delphine Jubillar. Ils ont également dû démonter, une à une, les explications avancées par son mari.
Aujourd'hui, alors que Cédric Jubillar reconnaît avoir tué son épouse et admet s'être "enferré dans son mensonge", nombre de ces versions apparaissent sous un jour nouveau. Elles dessinent une succession de fausses pistes destinées, selon l'accusation, à éloigner les soupçons et à accréditer l'idée d'une disparition volontaire.
À lire aussi : Procès Jubillar : "C’est toujours lui qui les promenait, pas Delphine..." les voisins contredisent la version de Cédric sur la balade des chiens
La première concerne la fameuse promenade des chiens. Dès les premières heures, Cédric Jubillar affirme que Delphine serait sortie en pleine nuit avec les deux Shar-Peïs du couple, Gnocchi et Oprah, parce qu'il lui aurait demandé de les faire sortir quelques minutes. Une explication rapidement fragilisée. Pas moins de dix-huit proches décrivent Delphine comme une femme "terrorisée par l'obscurité", "incapable de traverser seule un parking de nuit" ou "de descendre dans un sous-sol sans être accompagnée".
Le djihad : la folle piste lancée par Cédric
Autre diversion marquante : l'hypothèse d'une radicalisation religieuse. Cédric Jubillar et sa mère évoquent devant les gendarmes une Delphine "qui aurait pu rejoindre une filière djihadiste ou une secte". Le plaquiste raconte l'avoir surprise "en train de prier" et affirme même qu'elle "ne mangeait plus de porc".
À lire aussi : Affaire Jubillar : "Elle est partie faire le djihad..." Quand son mari Cédric accusait Delphine d’avoir rejoint la cause islamiste
Là encore, les vérifications font voler ce récit en éclats. Une cousine produit une publication Snapchat où Delphine consomme de la charcuterie quelques jours auparavant. Surtout, tous ses papiers d'identité, son sac à main et sa carte bancaire sont retrouvés au domicile, tandis que les services spécialisés confirment qu'elle "n'a jamais été signalée" pour la moindre radicalisation.
Cette stratégie consistant à suggérer une fuite volontaire se heurte ainsi à la réalité matérielle du dossier. Sans papiers, sans argent et sans téléphone, l'hypothèse d'un départ organisé perd rapidement en crédibilité.
La note audio et la méconnaissance de l'amant
La diffusion, devant la cour d'assises en septembre 2025, d'un enregistrement capté trente-trois heures après la disparition constitue un autre moment clé. On y entend Cédric Jubillar sangloter, dire qu'il est "dans le néant" et qu'il pleure "comme une madeleine".
Mais les proches présents ce jour-là décrivent "une scène artificielle", affirmant qu'il "faisait semblant de pleurer". Un détail retient également l'attention : alors que Delphine est officiellement portée disparue et que les recherches débutent à peine, il parle déjà d'elle à l'imparfait, comme si son sort était déjà scellé.
À lire aussi : VIDEO. "Il faisait semblant de pleurer…" Un enregistrement de Cédric Jubillar diffusé au procès fait polémique et relance les soupçons contre lui
Enfin, la dernière grande contradiction concerne l'amant de Delphine. Pendant des mois, Cédric Jubillar soutient qu'il "ignore presque tout" de cette relation. Pourtant, l'instruction révèle un contrôle minutieux des comptes bancaires de son épouse, des tentatives de géolocalisation via le téléphone de sa mère et la découverte de dépenses liées à des chambres d'hôtel ou à de la lingerie.
Surtout, un SMS envoyé le 16 décembre au matin intrigue les enquêteurs : "J'ai grillé Delphine." Pour l'accusation, ce message démontre qu'il avait acquis la certitude de l'infidélité, un élément présenté comme le mobile du passage à l'acte.
À lire aussi : Cedric Jubillar : "Je te jure maman, je vais la tuer", amant, comptes bancaires épiés… l’enquêteur revient sur les dernières semaines tendues du couple
Pris isolément, chacun de ces épisodes pouvait apparaître comme une simple déclaration contestable. Mis bout à bout, ils dessinent cependant une mécanique de diversion qui a occupé une large partie de l'enquête pendant plus de cinq ans. Une mécanique que les aveux de juillet 2026, puis la découverte des restes de Delphine dans un tas de fumier à Mailhoc, ont profondément reconfigurée.