Décès suspect en Sibérie : pourquoi la peste est-elle encore étudiée en 2026 ?
Le décès d'une technicienne travaillant dans un laboratoire russe spécialisé dans la peste pourrait être lié à cette maladie. Une maladie qui n'a jamais disparu depuis le Moyen Âge. Même si elle ne représente plus le même fléau aujourd'hui qu'à cette époque, les scientifiques continuent de l'étudier de très près. Une
Le décès d’une technicienne travaillant dans un laboratoire russe spécialisé dans la peste pourrait être lié à cette maladie. Une maladie qui n’a jamais disparu depuis le Moyen Âge. Même si elle ne représente plus le même fléau aujourd’hui qu’à cette époque, les scientifiques continuent de l’étudier de très près.
Une technicienne d’un laboratoire russe spécialisé dans la peste est morte le 1er octobre 2026, peut-être après avoir contracté la maladie qu’elle étudiait. Selon le média indépendant en exil Lioudi Baïkala, cité par l’AFP, Daria Chipilova était une technicienne de laboratoire de 28 ans, travaillant pour l’Institut anti-peste d’Irkoutsk. Elle avait été hospitalisée le 29 septembre avec des symptômes de pneumonie sévère, et son décès est survenu deux jours plus tard.
Daria Chipilova aurait brisé par accident un tube à essai contenant la bactérie de la peste, et aurait ainsi pu contracter la forme pulmonaire de la maladie. Près de 200 personnes ayant pu être en contact avec elle ont été placées sous surveillance médicale, dont plus d’une centaine à l’hôpital.
Cette suspicion autour d’une fuite de peste en laboratoire peut paraître inquiétante. Elle ne doit pas pour autant faire oublier ce qu’est réellement la peste. Contrairement à une croyance répandue, la peste n’a jamais disparu. Ce cas ne signifie donc pas que la maladie ferait son retour.
La peste, une zoonose qui a décimé l’Europe au Moyen Âge
La peste est une zoonose, qui se transmet principalement par la puce et infecte de petits animaux, notamment des rongeurs, qui peuvent transmettre la maladie aux humains. Elle est causée par une bactérie, Yersinia pestis. En l’absence de traitement, la peste tue de 30 à 100 % des malades, selon la forme de la maladie.
La maladie est connue pour les ravages qu’elle a provoqués au Moyen Âge, avec la « mort noire » qui a sévi au milieu du 14e siècle, tuant entre 30 et 60 % de la population européenne. Après ce choc démographique, d’autres vagues épidémiques se sont produites pendant les siècles suivants, contribuant à donner à la peste cette image d’une maladie moyen-âgeuse dévastratrice, avant que l’on comprenne mieux son fonctionnement au gré des progrès de la médecine.

Aujourd’hui, la peste n’est pas éradiquée
La peste a pourtant survécu au Moyen Âge. « Quoique la peste ne soit plus de nos jours le fléau qu’elle a été par le passé, grâce en particulier à la découverte de l’agent causal, du cycle de transmission, et surtout grâce à l’utilisation de traitements antibiotiques efficaces, elle est loin d’avoir été éradiquée », expliquaient ainsi en 2008 les chercheuses Françoise Guinet et Elisabeth Carniel de l’Institut Pasteur.
Entre 1990 et 2020, près de 50 000 cas de peste ont été déclarés à l’OMS par 26 pays, selon l’Institut Pasteur. La maladie sévit principalement en Afrique, en Asie et en Amérique (en France, les derniers cas remontent à 1945, en Corse) et « fait partie des maladies actuellement ré-émergentes dans le monde ». Grâce à l’usage des antibiotiques (efficaces s’ils sont administrés rapidement) et aux mesures de santé publique, la mortalité a fortement baissé au cours du 20e siècle.
D’ailleurs, « une des caractéristiques des épidémies de peste est leur capacité à ‘s’éteindre’ pendant plusieurs années avant de réapparaître brutalement sous forme épidémique », souligne l’Institut Pasteur. Ainsi, en 1994, l’Inde a connu une épidémie de peste pulmonaire, alors que l’on pensait la maladie éradiquée depuis presque 30 ans. La Russie elle-même a vu réapparaître des cas humains en 2013, après 34 ans d’absence. Il est donc nécessaire de continuer à étudier de près cette maladie, et de ne pas la considérer comme appartenant au passé.
Aucun vaccin efficace et sûr contre la peste
Il n’existe à ce jour aucun vaccin sûr et efficace contre la peste, et les traitements utilisés ont parfois leurs limites. Françoise Guinet et Elisabeth Carniel ont ainsi relevé que le bacille pesteux, Yersinia pestis, peut développer dans certains cas une résistance aux antibiotiques utilisés pour le traitement de la peste. Ces antibiotiques restent une solution pour guérir la maladie, mais la possibilité d’une émergence de souches du bacille résistantes doit être surveillée, car elle constituerait « une menace majeure en santé publique ».
Françoise Guinet et Elisabeth Carniel résument ainsi : « La peste ne se présente plus aujourd’hui sous la forme des épidémies massives et dévastatrices qui ont marqué l’histoire et la mémoire collective des hommes. Cependant, cette maladie pose encore au monde actuel d’importants défis. » Sa gravité et sa contagiosité obligent encore aujourd’hui à réagir vite au moindre début d’épidémie. La panique que provoque la maladie pose aussi problème, car elle peut pousser des populations à fuir et propager ainsi la peste. La peste peut aussi se manifester de nouveau là où on ne l’observait plus, si bien que « l’éradication d’un foyer de peste établi ne peut jamais être tenue pour acquise ».
Des foyers naturels restent actifs sur plusieurs continents, et des établissements comme l’Institut anti-peste d’Irkoutsk servent justement à étudier les agents pathogènes dangereux de Sibérie et d’Extrême-Orient. Pour la jeune technicienne d’Irkoutsk, aucun diagnostic de peste n’a été confirmé publiquement. L’agence sanitaire russe Rospotrebnadzor affirme même n’avoir retrouvé dans ses prélèvements aucun des agents pathogènes de son laboratoire, sans dire pour autant de quoi elle est morte.
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