De nouvelles images marquantes font leur apparition sur les paquets…
Un bébé envahi par la fumée. Une toilette remplie d’urine sanglante. Un côlon atteint d’un cancer.Ces photos font partie d’une nouvelle série de 13 images marquantes qui devront figurer sur les paquets de cigar...
Un bébé envahi par la fumée. Une toilette remplie d’urine sanglante. Un côlon atteint d’un cancer.
Ces photos font partie d’une nouvelle série de 13 images marquantes qui devront figurer sur les paquets de cigarettes partout au Canada d’ici le 1er août.
Il s’agit de la quatrième série d’avertissements imposés par Santé Canada depuis 2000, visant à réduire le tabagisme à moins de 5 % d’ici 2035.
Selon les dernières projections du ministère, le Canada semble en bonne voie d’atteindre cet objectif. Le tabagisme est tombé à environ 13 % en 2024, contre 29 % en 2001. Environ 300 000 Canadiens qui fumaient en 2023 ont arrêté de fumer en 2024.
Pourtant, le tabagisme reste la principale cause évitable de maladie et de décès prématuré au Canada, tuant environ 48 000 personnes chaque année, selon Santé Canada.
Certains experts estiment que des mesures de politique publique plus radicales pourraient être prises en complément de la pratique de longue date consistant à apposer des avertissements sanitaires, citant en exemple l’interdiction prochaine de l’achat de produits du tabac par les jeunes générations au Royaume-Uni.
David Hammond, professeur à l’École des sciences de la santé publique de l’Université de Waterloo, souligne que les images et les statistiques « effrayantes et angoissantes » figurant sur les paquets de cigarettes continuent d’avoir un impact.
« Mais je dirais que modifier ces avertissements, changer les images ou le libellé, aura probablement un impact bien moindre que ces autres mesures. »
Au Royaume-Uni, toute personne née le 1er janvier 2009 ou après ne pourra plus acheter de produits du tabac à compter de 2027, une mesure visant à empêcher les générations futures de développer une dépendance à la nicotine.
Le porte-parole de la ministre de la Santé, Marjorie Michel, a affirmé dans un communiqué que le gouvernement suivait « les mesures prises par des pays partageant les mêmes convictions pour réduire le tabagisme chez les jeunes, notamment la récente initiative du Royaume-Uni ».
« Toutefois, le gouvernement du Canada n’envisage pas d’instaurer une interdiction similaire pour le moment. »
De multiples problèmes de santé illustrés
Les nouvelles images imprimées sur les paquets de cigarettes à travers le Canada illustrent toute une série de problèmes de santé — allant des dangers du tabagisme passif pour les enfants à des maladies telles que les cancers de la gorge, des poumons, de la langue et de la bouche, qui sont liés au tabagisme, selon Santé Canada.
Karine LeBlanc, conseillère principale en communication à Santé Canada, a indiqué que cette dernière série de messages figurera sur les paquets de cigarettes, de petits cigares et de tabac à rouler pendant deux ans, et sur tous les autres produits du tabac pendant trois ans. L’ensemble de ces avertissements sera ensuite remplacé par les messages diffusés depuis janvier 2024.
Des messages sur les avantages de l’arrêt du tabac seront également ajoutés sur le rabat supérieur allongé à l’intérieur des paquets de cigarettes afin de « mettre ces informations bien en évidence et en plus grand, plutôt que sur le dos du paquet, où elles sont plus faciles à ignorer », a expliqué Mme LeBlanc.
Deux des images sont reprises des années précédentes, après que des groupes de discussion les ont jugées particulièrement efficaces, a précisé Rob Cunningham, analyste principal des politiques à la Société canadienne du cancer.
« Elles sont très percutantes », a-t-il déclaré.
L’une d’elles représente Barb Tarbox, une femme de 42 ans originaire de l’Alberta décédée d’un cancer du poumon en 2003. L’image montre son corps squelettique vers la fin de sa vie, une cigarette encore à la main, accompagnée de la mention « forte dépendance ».
L’autre montre de l’urine sanglante dans une cuvette, accompagnée de la mention : « 27 % des personnes atteintes d’un cancer du rein décèdent dans les cinq ans. »
M. Cunningham a expliqué qu’il était difficile de quantifier l’impact direct de ces avertissements sur les taux de tabagisme au Canada, car plusieurs mesures ont été prises simultanément au cours des dernières décennies.
« Il y a tellement d’autres choses qui se passent en même temps : nos hausses de taxes, les lieux sans tabac, les campagnes de sensibilisation du public. Mais nous savons que la direction à suivre est claire. Et si ces mesures n’étaient pas efficaces, les entreprises de tabac ne s’y seraient pas opposées avec autant de vigueur au fil de l’histoire », a soutenu M. Cunningham.
Six nouveaux messages sont également imprimés sur chaque cigarette, tels que « La fumée de tabac est toxique » et « La cigarette nuit aux enfants ». Le Canada a été le premier pays à rendre obligatoires ces avertissements supplémentaires en 2024.
Une mesure en place depuis 25 ans
Si les images choquantes sur les paquets de cigarettes sont devenues la norme au Canada au cours des 25 dernières années, cela n’a pas toujours été le cas.
Le Canada a commencé à exiger, dès 2001, que des images figurant sur les paquets avertissent les consommateurs des risques pour la santé, puis a renouvelé ces images en 2012 et en 2024. Le pays a également adopté, en 2019, la présentation standardisée et sans logo recommandée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
L’OMS a publié en 2016 des lignes directrices sur le « conditionnement neutre », qui recommandaient d’interdire les logos et les marques des entreprises de tabac sur les produits et mettaient en place un format de paquet et une police de caractères standardisés. L’objectif était de « briser le mythe du glamour » associé aux cigarettes, avait déclaré à l’époque le directeur général de l’OMS.
« Les gens peuvent finir par s’habituer aux messages au fil du temps, ce qui réduit leur impact, a indiqué Mme LeBlanc. Alterner différents messages aide les gens à les remarquer, à s’en souvenir et à s’intéresser à ces informations. »
Les avertissements sanitaires ont joué un rôle majeur dans la diffusion à grande échelle des risques mortels liés au tabagisme au cours des cinq ou six dernières décennies, a avancé M. Hammond, rappelant l’augmentation des appels reçus par la ligne d’aide au sevrage tabagique lors de l’introduction des avertissements illustrés.
« Il ne fait aucun doute que ces mesures ont largement contribué à aider les fumeurs à arrêter, mais surtout à dissuader les jeunes de commencer à fumer », a souligné M. Hammond.
Une baisse constante, mais qui ralentit
Les données de Santé Canada montrent que le tabagisme a atteint un « niveau record inférieur » de moins de 2 % en 2024 chez les jeunes.
« C’est phénoménal », a statué M. Hammond, mais il se demande pourquoi le Canada prendrait du recul maintenant alors qu’il y a encore davantage de mesures qui « peuvent et doivent être prises ».
M. Hammond a déclaré que la mise en place d’une « politique d’élimination progressive » comme celle du Royaume-Uni garantirait presque à coup sûr que le Canada atteigne son objectif de 2035.
Un graphique du gouvernement canadien sur la prévalence du tabagisme dans le pays depuis 2010 montre une baisse constante qui s’est ralentie ces dernières années.
M. Cunningham a indiqué que d’autres mesures de lutte contre le tabagisme pourraient également s’avérer efficaces, telles que le relèvement à 21 ans de l’âge légal pour acheter des cigarettes dans toutes les provinces, comme cela a été fait à l’Île-du-Prince-Édouard. Le Nunavut a quant à lui relevé l’âge minimum à 19 ans.
En 2019, les États-Unis ont relevé à 21 ans l’âge minimum fédéral pour l’achat de produits du tabac, y compris les cigarettes électroniques.
Limiter les lieux de vente du tabac afin qu’il ne soit plus facilement accessible dans les dépanneurs et les stations-service permettrait également de réduire l’accès à ces produits, a indiqué M. Cunningham.
« C’est une stratégie globale alliant fiscalité, réglementation et renforcement des programmes qui sera essentielle pour maximiser les progrès que nous pouvons réaliser », a-t-il conclu.
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