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Dans un monde en “crises”, les bourses sont, elles, survitaminées : “Je me méfierais des marchés d’ici le mois d’octobre”

Tant aux États-Unis qu'en Europe, et notamment à Bruxelles, les cours boursiers atteignent des sommets. Une euphorie qui est en partie en trompe-l'œil, explique l'économiste Geert Noels (Econopolis).

Une situation au Moyen-Orient toujours très instable, une guerre entre l'Ukraine et la Russie qui n'en finit plus, des craintes d'assister à un moment à l'éclatement d'une bulle boursière autour de l'intelligence artificielle, un été qui met au grand jour les dangers du réchauffement climatique… Inutile de rallonger la liste : en ce mois d'août 2026 un sentiment de découragement pourrait légitimement nous envahir face aux fracas du monde.

Des gains tirés par deux grands secteurs

Et pourtant, dans le même temps, les investisseurs ont… le moral au zénith. Ces derniers jours, de nombreuses places financières ont, en effet, battu de nouveaux records boursiers. C'est le cas à New York ou à Paris mais aussi à la Bourse de Bruxelles.

Alors comment expliquer ce paradoxe apparent ? Et repose-t-il sur des fondations solides ? Deux éléments ont visiblement rassuré ces derniers jours les investisseurs. D'abord l'espoir de voir enfin une issue au conflit au Moyen-Orient, une perspective qui permettrait de stabiliser les cours du pétrole et de normaliser les échanges via le détroit d'Ormuz, plaque tournante névralgique du commerce mondial. Ensuite la publication des résultats pour le deuxième trimestre des grands groupes cotés en bourse, globalement solides et en ligne avec les attentes des analystes financiers.

"La progression des marchés boursiers ces derniers mois s'explique en grande partie par la forte concentration des gains sur deux grands secteurs."

Mais pour l'économiste Geert Noels (Econopolis), il y a lieu de faire preuve d'une certaine prudence dans l'analyse de l'euphorie actuelle des marchés boursiers. Dont une partie est en tout cas en trompe-l'œil. "La progression des marchés boursiers ces derniers mois s'explique en grande partie par la forte concentration des gains sur deux grands secteurs : la technologie avec l'IA et dans son sillage les semi-conducteurs et l'énergie avec là davantage de volatilité. Mais que ce soit aux États-Unis ou en Europe, d'autres secteurs liés à la consommation ont nettement moins bien performé depuis un an. C'est notamment le cas de la pharmacie", explique Geert Noels.

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Toute la question est donc de savoir si l'optimisme actuel des marchés n'est pas surfait. "Ce n'est pas la première fois que les bourses font preuve de myopie, se concentrant sur un aspect de l'histoire et ignorant certains dangers en train de se matérialiser", ajoute-t-il. Et d'expliciter son propos : "Quand, comme c'est le cas actuellement, les bourses montent alors que les taux d'intérêt montent dans le même temps, c'est quand même problématique. Car économiquement, ce n'est pas une situation durable". Geert Noels met ainsi en avant la hausse des taux longs aux États-Unis sur fond de détérioration de sa situation budgétaire.

L'économiste Geert Noels publie
L'économiste Geert Noels se montre prudent sur l'évolution des marchés boursiers pour la deuxième partie de l'année.

"La Belgique n'est pas un cas isolé en Europe"

D'autant que d'autres nuages pointent aussi, pour lui, à l'horizon : une économie chinoise "plutôt faible", le mouvement de hausse des taux au Japon et une Europe qui n'est pas très franchement vaillante. "Regardez les chiffres de croissance en Belgique. Et ce n'est pas un cas isolé en Europe", ajoute-t-il, évoquant l'Allemagne, elle aussi à la peine.

"Les bourses prennent sans doute un peu d'avance en termes de gains sur les 12 à 18 mois à venir. Il y a aujourd'hui trop d'optimisme dans les cours boursiers : on le voit par exemple dans le marché des dérivés où peu de gens prennent des couvertures contre une baisse du marché. D'ici au mois d'octobre, je me méfierais des marchés en raison de ce surcroît d'optimisme qui y règne et qui se traduit sur les cours élevés des actions. Il y a certainement de la marge, sur base des événements à attendre d'ici là, pour que les marchés connaissent des motifs de déception", explique encore Geert Noels.

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"Je me méfie des short sellers"

Faut-il, pour autant, craindre un krach boursier, comme l'annonce l'Américain Michael Burry qui s'était rendu célèbre pour avoir prédit l'effondrement du marché immobilier en 2008, avant la crise des subprimes ? "Je me méfie des "short sellers" (NdlR : vendeurs à court terme) qui comme lui travaillent dans des fonds spéculatifs, car pour eux spéculer à la baisse, c'est un véritable business model. Ils vivent de cela et ont intérêt à véhiculer cette idée par tous les canaux de communication", conclut Geert Noels.

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