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“Dans six ans, je serai morte”: l’anomalie qui pénalise les retraités ayant épargné

“Pendant toutes ces années, l’État n’a presque rien eu à dépenser pour moi parce que j’avais des économies. Mais maintenant qu’elles sont épuisées, je suis dans une situation pire que quelqu’un qui n’a jamais rien eu.” En raison d’une anomalie dans la législation sur les pensions, Wiske, 81 ans, devra encore attendre plusieurs années avant de percevoir une allocation plus élevée. “Je dois patienter six ans avant une revalorisation. Mais d’ici là, je serai morte”, témoigne l’octogénaire à HLN. Le

La journaliste de HLN, Astrid Roelandt, et Wiske (prénom d’emprunt), une pensionnée de 81 ans. © ID/ Filip Meutermans

Témoignage

“Pendant toutes ces années, l’État n’a presque rien eu à dépenser pour moi parce que j’avais des économies. Mais maintenant qu’elles sont épuisées, je suis dans une situation pire que quelqu’un qui n’a jamais rien eu.” En raison d’une anomalie dans la législation sur les pensions, Wiske, 81 ans, devra encore attendre plusieurs années avant de percevoir une allocation plus élevée. “Je dois patienter six ans avant une revalorisation. Mais d’ici là, je serai morte”, témoigne l’octogénaire à HLN. Le CD&V souhaite modifier la loi pour remédier à cette situation.

Astrid Roelandt

Source: Het Laatste Nieuws

27 octobre 2026, 13:02Dernière mise à jour: 13:06

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“Vous avez trouvé facilement?”, demande Wiske en apparaissant dans l’encadrement de la porte, les ongles vernis en rose. Au téléphone, elle m’avait déjà confié avoir 81 ans. “Mais ça ne se voit pas, vous verrez.” Elle avait raison. Petite et frêle, elle ressemble à son modeste appartement. Lorsqu’elle m’invite à entrer, elle doit presque se réfugier dans sa chambre pour que la porte puisse s’ouvrir complètement.

Elle est nerveuse, car un photographe doit encore passer dans la journée, alors qu’elle souhaite rester aussi anonyme que possible. “Ce n’est pas parce que j’ai honte. Je n’aime simplement pas que les gens parlent. Si j’ai accepté de témoigner, c’est parce que je sais que beaucoup de personnes âgées se retrouvent dans la misère précisément parce qu’elles ont épargné.”

Wiske — un pseudonyme qu’elle a choisi elle-même — doit vivre avec 1.130 euros par mois. “Une fois le loyer et les prélèvements automatiques payés, il me reste 300 euros. Avec ça, je dois tout acheter. Heureusement, je ne mange pas beaucoup.”

Wiske, 81 ans, témoigne sous couvert d’anonymat des difficultés liées à sa Garantie de revenus aux personnes âgées (GRAPA). © ID/ Filip Meutermans

Pourtant, elle a travaillé toute sa vie, le plus souvent à temps partiel. “J’ai aussi été bénévole pendant des années dans des associations de lutte contre la pauvreté. Je préparais des colis alimentaires, je cherchais des meubles et je cousais même des rideaux pour des familles défavorisées. J’étais toujours occupée, sans doute aussi parce que mon mariage n’était pas heureux.”

Selon elle, son mari l’a toujours maintenue sous sa dépendance, alors qu’il travaillait à temps plein. “Je n’ai jamais su combien il gagnait. Il mettait tout de côté sur son propre compte. Je recevais à peine de quoi vivre. C’est pour cela que j’ai toujours continué à travailler. Avec mon salaire à temps partiel, je payais tout ce qui concernait les enfants et moi.”

“Je suis restée longtemps avec lui, même si j’ai parfois été à deux doigts d’appeler la police, parce qu’il y avait de la violence. Mais qu’aurais-je pu faire? Aller dans un refuge? Les enfants n’auraient plus eu leur propre chambre et j’aurais pu leur offrir encore moins d’opportunités. Financièrement, je ne pouvais pas partir. Je n’avais rien, lui avait tout.”

Une nouvelle vie

Ce n’est qu’au moment de sa retraite que Wiske a finalement décidé de partir. Lors du divorce, elle a reçu sa part de la maison familiale, ce qui lui a permis de recommencer une nouvelle vie.

“Mais ce n’était pas une fortune. La maison était en mauvais état et, au final, il ne m’est resté que 70.000 euros.”

Sa pension étant très faible — “un peu moins de 900 euros par mois”, précise-t-elle —, Wiske avait droit à la Garantie de revenus aux personnes âgées (GRAPA), une allocation destinée à compléter les revenus des seniors.

Cette prestation permet de porter les revenus mensuels des personnes de plus de 66 ans à un niveau censé les maintenir au-dessus du seuil de pauvreté. Pour une personne seule, la pension peut ainsi être complétée jusqu’à un maximum de 1.644 euros par mois. Un maximum, car le calcul tient compte du patrimoine et de l’épargne du bénéficiaire. Dans les faits, la plupart des personnes perçoivent donc une allocation bien inférieure.

Quand a-t-on droit à la Garantie de revenus aux personnes âgées (GRAPA)?

Pour bénéficier de la Garantie de revenus aux personnes âgées (GRAPA), il faut remplir les conditions suivantes:

• avoir atteint l’âge légal de la retraite (66 ans).

• être de nationalité belge ou se trouver dans une situation assimilée (ressortissant d’un pays voisin, réfugié, etc.).

• résider de manière ininterrompue en Belgique.

• disposer de revenus mensuels inférieurs à 1.644,28 euros pour une personne isolée ou à 1.096,18 euros pour une personne cohabitante. Le calcul tient également compte du patrimoine et de l’épargne du demandeur.

Wiske ne possédait aucun bien immobilier et devait louer son logement. En revanche, elle disposait de 70.000 euros d’économies. Ce matelas financier lui a permis de bénéficier seulement d’une partie de la GRAPA, et non du montant maximal. Aujourd’hui, elle reçoit un peu plus de 200 euros par mois en complément de sa pension, ce qui porte ses revenus à 1.130 euros.

“Évidemment, ce n’était pas suffisant pour vivre. J’ai donc dû puiser dans mes économies. Rien que pour acheter des meubles, une télévision et un lit. Quand je suis arrivée ici, je n’avais même pas de couverts! Faites le calcul. J’aurais peut-être dû acheter des meubles d’occasion, mais après toutes ces années, je me suis dit: mince, j’ai bien le droit de m’offrir quelque chose, moi aussi.”

Au fil des années, son livret d’épargne s’est progressivement vidé, sans dépenses extravagantes. Aujourd’hui, alors que ses économies sont presque épuisées, elle a demandé un nouveau calcul de ses droits auprès du service des pensions. Mais elle n’obtiendra pas d’augmentation. Pas tout de suite, en tout cas.

L’administration continue en effet de tenir compte des économies qu’elle possédait autrefois, estimant qu’un tel capital ne peut pas disparaître aussi rapidement.

“Je dois encore attendre six ans avant que mon allocation puisse être revue à la hausse. Mais d’ici là, je serai déjà morte!”

Elle lâche cette phrase avec un humour qui rappelle celui d’une humoriste de stand-up, mais son amertume est bien réelle.

“J’en connais beaucoup qui sont partis du jour au lendemain. Mon ex-mari est mort depuis longtemps. Parfois, je me dis que si j’avais su, j’aurais encore serré les dents un peu plus longtemps.”

Wiske a reçu un courrier du Service fédéral des pensions l’informant que son allocation ne serait pas revalorisée. Si elle n’avait jamais eu d’économies, elle aurait, en revanche, bénéficié d’une augmentation. © ID/ Filip Meutermans

Une situation loin d’être exceptionnelle

Pour Tony Van Der Steen, médiateur fédéral des pensions, le cas de Wiske est loin d’être isolé.

“Chaque année, je reçois plusieurs plaintes de personnes qui touchent une petite pension et qui avaient mis de l’argent de côté pour leurs vieux jours”, explique-t-il. “Lorsque leurs économies sont épuisées, l’administration continue malgré tout à en tenir compte, ce qui réduit ou supprime leur droit à la Garantie de revenus. Si elles n’avaient jamais épargné, elles auraient perçu cette allocation, voire une allocation plus élevée. Ce n’est pas logique. J’ai vu des situations particulièrement douloureuses.”

Pourquoi une telle situation?

“Lorsqu’une personne introduit sa première demande, elle doit déclarer le montant de son patrimoine. Cette information reste prise en compte pendant dix ans. Concrètement, si vous possédiez encore suffisamment d’épargne il y a cinq ans et que vous introduisez une nouvelle demande aujourd’hui, l’administration continuera à tenir compte de cette ancienne épargne, même si elle a entre-temps servi à financer des dépenses ordinaires.”

Prévenir les abus… au détriment de certains retraités

Cette règle repose sur une législation destinée à éviter les abus de la GRAPA. L’objectif est d’empêcher que certaines personnes donnent d’abord tous leurs biens à leurs enfants avant de solliciter ensuite une aide publique.

Mais selon Tony Van Der Steen, l’application stricte de cette législation prive aujourd’hui certains retraités de la protection contre la pauvreté à laquelle ils devraient pouvoir prétendre.

Dès 2022, il avait attiré l’attention du Parlement sur cette anomalie. Récemment, la députée CD&V Nahima Lanjri a déposé une proposition de loi visant à corriger cette situation. Son texte prévoit que le service des pensions puisse tenir compte d’un capital “normalement consommé” pour faire face aux dépenses de la vie courante.

“Utiliser ses économies pour vivre — et souvent simplement pour survivre — ne devrait jamais être considéré comme un abus”, estime-t-elle. “L’État lui-même considère qu’une personne âgée vivant seule a besoin de 1.644 euros par mois pour ne pas tomber dans la pauvreté, puisque c’est précisément le montant auquel la GRAPA complète les revenus. Si un retraité ne touche que 700 euros de pension, il est logique qu’il doive puiser dans son épargne pour couvrir la différence.”

“En quatre ans, cela représente plus de 45.000 euros. Il n’y a rien d’excessif à cela. Il est donc parfaitement normal qu’une personne redemande une allocation lorsque cet argent est épuisé. Aujourd’hui, pourtant, ceux qui ont d’abord utilisé leurs économies sont pénalisés, tandis que ceux qui n’en avaient pas bénéficient immédiatement d’une allocation plus élevée. Au final, cela coûte même davantage à la collectivité.”

La députée fédérale Nahima Lanjri (CD&V) a une solution à proposer. © BELGA

Mieux détecter la fraude

Outre la définition de ce qu’il faut entendre par un “capital normalement consommé”, Nahima Lanjri souhaite également accorder au service des pensions un accès limité au Point de contact central des comptes et contrats financiers (PCC), le registre qui recense l’ensemble des comptes bancaires et des contrats financiers en Belgique.

“Il ne s’agit évidemment pas d’un accès illimité”, précise-t-elle. “Seulement au moment où une personne demande la Garantie de revenus, donc une aide sociale.”

“Aujourd’hui, les demandeurs déclarent eux-mêmes ce qu’ils possèdent. C’est parfois approximatif et nous ne savons pas toujours si tout est déclaré. Un accès limité au registre permettrait au service des pensions de vérifier directement si une personne remplit les conditions. Ce serait plus simple pour tout le monde et cela permettrait également de détecter d’éventuels fraudeurs.”

En cas de fraude, les fausses déclarations finissent de toute façon par être découvertes au décès du bénéficiaire. Les montants indûment perçus peuvent alors être réclamés aux héritiers.

La proposition de loi de Nahima Lanjri a été transmise pour avis à une dizaine d’instances, parmi lesquelles le Service fédéral des pensions et le Conseil d’État, qui avait déjà évoqué un risque de discrimination.

Wiske, elle, ne s’attend pas à ce que sa situation évolue rapidement.

“J’essaie encore de faire des économies. Je découpe les bons de réduction, par exemple. J’ai déjà arrêté mes cours de sport. J’aime peindre, mais la peinture coûte cher, alors j’essaie plutôt de dessiner au crayon.”

Comme la peinture coûte cher, Wiske se contente désormais d’un crayon et de papier. © ID/ Filip Meutermans

“Et je cherche aussi un flexi-job.”

Elle le dit avec un naturel désarmant, comme si c’était la chose la plus évidente du monde à 81 ans.

“Tant que je suis encore en forme, pourquoi pas? Si cela peut me permettre de profiter un peu plus de la vie, je le ferai avec plaisir. J’avais même trouvé un emploi dans un magasin du village, mais j’ai découvert qu’avec la Garantie de revenus, je ne peux travailler que quatre heures par semaine. Heureusement que mes enfants me l’ont signalé, sinon je me serais retrouvée dans une situation encore plus difficile.”

Chaque jour, Wiske reçoit dans sa boîte mail des offres de flexi-jobs. “Mais elles concernent toutes des postes de deux jours par semaine, et je n’ai pas le droit de travailler autant.” © ID/ Filip Meutermans

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