Dans le Marais, un appartement pensé pour célébrer la vie et l’art de recevoir
« Situé dans le Marais, c'est un appartement tout en longueur. Et cette configuration peu évidente m’a séduit. Bien sûr, j’ai dû me creuser un peu la tête mais le challenge était rigolo. Et puis, ces grandes fe...
« Situé dans le Marais, c'est un appartement tout en longueur. Et cette configuration peu évidente m’a séduit. Bien sûr, j’ai dû me creuser un peu la tête mais le challenge était rigolo. Et puis, ces grandes fenêtres en arches qui se succèdent sont intéressantes et font entrer beaucoup de lumière. » C’est ainsi que l’architecte d'intérieur et designer Olivier Oksman, à la tête de la marque de mobilier et de luminaires en aluminium Walter & Moretti, décrit son appartement de la rue rue Notre-Dame-de-Nazareth, dans le Haut-Marais, à Paris. Si le lieu lui paraît d’emblée « marrant », le créateur n’a pas moins une vision claire de ce qu’il veut en faire, avec trois marqueurs forts : une couleur, brique, qui résonne avec la cour en contrebas et son sol en terre ; faire en sorte qu'il y ait le moins de meubles possible grâce à maximum d'agencements qui font « tout rentrer dans les murs » ; créer un appartement accueillant avec une grande table et un grand canapé pour recevoir du monde – un intérieur « pas fragile, pas précieux, que l’on utilise, que l'on use ».

Dans cet appartement revu par Olivier Oksman, un linoléum naturel rouge brique court sur le sol, entrecoupé de traverses en aluminium. Un plafond en laque du même rouge marque visuellement l'espace salle à manger. Sur une table Nazareth, en sycomore et aluminium, un jeu d'échecs Stratège (l'ensemble Walter & Moretti). Au-dessus, une suspension triangulaire de Mario Botta. Dans la niche, un tableau signé du grand-père d'Olivier Oksman et, à droite, un tableau signé Aya Kawato. Sur le plan de cuisine, encadré d'aluminium, un vase (Garnier & Linker).Amaury Laparra
Linoleum rouge brique
Dans cet appartement de deux chambres dont une suite parentale, destiné à être vécu plus que regardé, Olivier Oksman fait courir au sol un linoléum naturel rouge brique entrecoupé de traverses en aluminium pour marquer les espaces et donner de la noblesse à cette matière, le lino, somme toute simple. Ce faisant, il intègre les codes qu’il développe à la direction artistique de Walter & Moretti. « Cette marque née dans les années 1970 a constitué un catalogue autour du potentiel infini de l'aluminium, dans un style à la fois nouveau et intemporel jusqu'aux années 1980 et 1990, une période d'activité courte mais intense et prolifique. » Mû par cette passion pour l’aluminium dont il souligne l’atemporalité comme rarement d'autres matières, Olivier Oksman choisit de l’introduire par touches, comme un révélateur. « C'est un bon marqueur de lignes, de reflets. C’est un métal un peu soyeux qui prend la lumière et révèle les matières associées comme un joli velours, un sycomore clair vernis, très 1990, que j'aime bien. Tout de suite, ces matières prennent une vie différente associées à l'aluminium. »

Les poutres anciennes de la structure de l’immeuble sont laissées apparentes. Repeintes en blanc elles créent des lignes, horizontales et verticales, qui guident l’œil dans une géométrie qui répond aux fenêtres en arches. Devant un grand canapé d'angle sur mesure, une table basse de Warren Platner, un tabouret Sgabello de Sophie Lafont, un fauteuil Odyssée, en aluminium et velours (Walter & Moretti). Devant la fenêtre, un lampadaire Cyclop Floor Lamp (Walter & Moretti). Sur le dos de canapé-console, un bougeoir Scalaire et, au mur à droite, une applique Electra (les deux Walter & Moretti) et un tableau de la série Aestus signé Antonin Anzil (Galerie Anne Jacquemin Sablon).Amaury Laparra

Au-dessus d'une lampe Shade Lamp (Walter & Moretti), une sculpture en bois et pierre de Kristina Chrastilova.Amaury Laparra

Sur une table de Warren Platner, un cendrier en pierre de Kristina Chrastilova.Amaury Laparra

Vue du dos du fauteuil Odyssée (Walter & Moretti).Amaury Laparra
Aluminium brossé
C’est ainsi que l’architecte d'intérieur enveloppe d’aluminium l’élément bas de la cuisine à la façon d’un dos de canapé. Un aluminium qui se prolonge sur les étagères jusqu’au dos du canapé-console du salon dessiné sur mesure, puis au fauteuil à l'assise habillée de velours bleu… Le vocabulaire 1990 est assumé : « Dans la veine Tom Ford chez Gucci. Un peu sexy chic, comme on peut en avoir un aperçu dans la chambre avec cette référence à Gae Aulenti aussi, les stores vénitiens qui filtrent la lumière. » Mais parce que nous sommes dans le Marais, avec une hauteur sous plafond confortable, Olivier Oksman laisse apparentes les poutres anciennes de la structure de l’immeuble. Il les repeint en blanc et les utilise pour créer des lignes, tant horizontales que verticales, qui guident l’œil, de la cuisine, avec ses baguettes rouges aux étagères creuses et horizontales, jusqu’à la bibliothèque de la salle à manger, dans une géométrie qui rythme les murs et répond aux lames en aluminium du sol. La table de la salle à manger dessinée sur mesure reprend, elle aussi, des lignes en aluminium creuses associées cette fois à du bois de sycomore. Ces lignes, dialoguent avec celles, brutes, des poutres verticales à côté desquelles on passe pour accéder à la suite parentale.

Entre la cuisine et le salon, des étagères sur mesure en aluminium dont le plié en arrondi rappelle l'encadrement des meubles bas de la cuisine. Dessus, un vase Giro (Léa Zéroil), une sculpture en céramique de Sinsi Sidibé, un objet en bronze Podium I et vase Vendôme de Fabien Barrero-Carsenat et une boîte Horizon de Jules Desdoigts (les trois Galerie Anne Jacquemin Sablon). À droite, une sculpture de verre Plume de Xavier Le Normand (Galerie Anne Jacquemin Sablon) et, devant la crédence en miroir, un vase (Garnier & Linker).Amaury Laparra
Velours et moquette poudrée
Après quelques marches, on passe donc à une autre atmosphère, celle de la chambre. Au sol, une moquette rose, dans des codes 1970 cette fois, toujours sexy, avec de la laque au plafond – d’un rouge différent de celui des pièces de vie – et des portes de dressing toute hauteur habillées de soie noire brodée à la main au Vietnam. En leur centre, deux portes miroir qui, quand elles s'ouvrent, révèlent la salle de bains, habillée de carreaux rose poudré de 5 cm par 5. Pour le reste, le meuble vasque est en béton ciré. La tête de lit est une barre d'aluminium suspendue par deux filins métalliques sur laquelle un drap est savamment plissé, dans une épure à la fois chic et industrielle. Un geste qui introduit l’intemporalité plutôt que le pastiche caricatural d’une époque. « Quand je dessine un intérieur ou du mobilier, je me demande à quoi cela pourrait ressembler dans vingt ans. Il s’agit donc de faire un pari sur l'avenir qui questionne ce que j'ai envie de voir autour de moi. C’est source de beaucoup de réflexion, de questionnements, d’où ma recherche d'équilibre entre des rythmes, des matières, et une idée du design que l'on vit ici et maintenant. »

La table de la salle à manger (Walter & Moretti) reprend des lignes en aluminium associées à du bois de sycomore. Ces lignes dialoguent avec la géométrie de la bibliothèque dessinée sur mesure également. Autour, des chaises en métal chromé chinées il y a longtemps, sans savoir à l’époque où les placer.Amaury Laparra
Des objets et du vécu
Ainsi, dans cet univers qu’il a dessiné, aux lignes tendues et aux courbes justes, qui veille à ne jamais travestir l'aluminium, Olivier Oksman introduit volontiers des objets de voyages, des pièces de mobilier chinées : une table basse de Warren Platner, une suspension de Mario Botta, un vase de Léa Zéroil, un autre signé Garnier & Linker ou encore des chaises de table achetées sur un coup de cœur il y a longtemps, sans savoir à l’époque où les placer. Dans la bibliothèque, un tableau peint par son grand-père à l’âge de 18 ans, avant que celui-ci ne devienne pneumologue émérite mais également peintre et sculpteur. Dans la chambre, une commode en lino dont on jurerait qu’il s’agit de galuchat, plus loin une œuvre de Clément Daventure – un ami… L’architecte d’intérieur et designer avoue avoir dessiné beaucoup de choses en essayant de faire croire que ce n’est pas le cas et « utilisé toutes les astuces imaginables pour arriver à ce niveau de décoration ». De fait, nous sommes peut-être pas loin d'un travail d'ensemblier tant tout tombe sous le sens dans cet intérieur, du sycomore juxtaposé à l’aluminium, à l’association du velours, de la moquette, de la soie, de la laque… « Cela fait quinze ans que je fais ce métier et c'est la première fois que je réalise un appartement qui me ressemble. J'y ai mis tout ce que j'avais envie. » Pour preuve, l'importance de la musique, pour l'écoute comme pour la fête, avec ce dossier de canapé-console en aluminium agencé pour recevoir enceintes et amplis, ces étagères en alu et ce meuble sous la bibliothèque pensés pour accueillir des vinyles. Un appartement qui se vit aussi à travers la fête, quoi de plus incarné en effet.
walter-moretti.com

Dans cette pièce de vie ouverte, les espaces sont séparés visuellement. Ici par une traverse en aluminium sur le sol en lino rouge brique et, au mur, par des étagères également en aluminium, à la fois sobres et spectaculaires par leur contemporanéité.Amaury Laparra

L’architecte d'intérieur et designer Olivier Oksman, à la tête de la marque de mobilier et de luminaires en aluminium Walter & Moretti.Amaury Laparra

Quelques marches moquettées mènent à la suite parentale. Au mur au premier plan, une applique Iris (Garnier & Linker).Amaury Laparra

Autre atmosphère dans la chambre. Au sol, une moquette rose, dans des codes 1970 un peu sexy avec, au plafond, une laque d’un rouge différent de celui des pièces de vie. Les portes de dressing toute hauteur sont habillées de soie noire du Vietnam. Broderie (Scarlet pour Anne Jacquemin Sablon).Amaury Laparra

Tableau Fresque de Clément Daventure.Amaury Laparra

À droite d'une commode en lino façon galuchat dans le style Art déco, une chaise Victor (Stanislas de Baudus). Les tonalités sont poudrées ou laquées, les effets de matières jouent les contraste chaleureux et l'ambiance cosy.Amaury Laparra

Au-dessus d'un miroir Sigma (Walter & Moretti), une suspension en porcelaine (Atelier à quatre mains).Amaury Laparra

Les deux portes miroir ouvrent sur la salle de bains, habillée de carreaux rose poudré. « Une ouverture dérobée qui raconte une certaine idée des intérieurs des années 1970, un peu James Bond, qui ont nourri notre imaginaire », confie Olivier Oksman.Amaury Laparra

La tête de lit est une barre d'aluminium suspendue par deux filins métalliques sur laquelle un drap est savamment plissé, dans une épure à la fois industrielle et chic. Un geste qui introduit l’intemporalité plutôt que le pastiche caricatural d’une époque. Appliques Electra et chevet Morphée (Walter & Moretti). Sur le lit, une grande broderie (Scarlet pour Anne Jacquemin Sablon).Amaury Laparra

La salle de bains est habillée de carreaux rose poudré de 5 cm par 5 associés à un meuble vasque sur mesure en béton ciré.Amaury Laparra

Amaury Laparra