« Dans la mythologie, il y a un prétexte pour explorer la condition humaine » : les personnages XXL de l’artiste Christophe Charbonnel s’emparent d’Antibes
Porté par l’amour du dessin dynamique et le goût du monumental, l’ancien modeleur des studios Disney, Christophe Charbonnel, fait dialoguer ses bronzes monumentaux avec le passé grec d’Antibes.
Créer, toujours créer. De retour chez lui après le lancement de son exposition « Mythologies contemporaines » dans la cité des Remparts, le sculpteur Christophe Charbonnel a déjà retrouvé son atelier et le chemin de la création : « Je ne peux pas m’arrêter en fait, si je ne suis pas là quand la muse pointe le bout de son nez, je la rate… »
Invité par la Ville d’Antibes sur la recommandation de Nicolas Lavarenne, l’ancien modeleur des studios Disney investit l’espace public jusqu’au 26 septembre. Avec 11 sculptures monumentales sublimant le port Vauban, les remparts et la vieille ville, et une trentaine d’œuvres abritées l’espace d’exposition Les Arcades (boulevard d’Aguillon), ses bronzes inspirés des archétypes antiques s’ancrent magnifiquement dans le passé grec d’Antibes.
Vous recevez déjà beaucoup de photos de cette exposition.
C’est toujours très touchant de voir la façon dont les gens s’approprient et expriment leur propre sensibilité. Il y a des photos qui sont extraordinaires. C’est là où mon travail dans l’espace public prend tout son sens. Rendre accessible l’art à tout un tas de gens qui ne se sentent pas forcément légitimes de pousser la porte d’un musée ou d’une galerie, qui n’ont pas accès à l’art facilement, c’est quelque chose qui me plaît énormément.
Vos bronzes monumentaux se fondent parfaitement dans le cadre historique entre le port et les remparts…
Une grande part de mon travail s’inspire de la mythologie grecque. Et le passé d’Antibes, ville grecque, résonne de façon forte. Cette ville est extrêmement séduisante, c’est une perle, un petit bijou.
Cyril Dodergny / Nice-Matin
Ce cadre apporte quelque chose à vos œuvres ?
Il leur donne une dimension poétique qui ne peut exister qu’à cet endroit-là.
Pourquoi les figures de l’antiquité vous inspirent ?
Au départ je n’ai pas une culture générale approfondie. Je suis plutôt bande dessinée. Mais il y a dans la mythologie un prétexte pour explorer la condition humaine. Ce qui me permet de trouver ce lien entre la BD et l’art classique. On se rend compte que dans ces deux univers on retrouve des archétypes : cela peut être Poséidon ou Gandalf (1). C’est que je veux que les choses restent ouvertes, qu’il ne soit pas nécessaire d’avoir des diplômes universitaires pour comprendre ce dont il est question.
Cyril Dodergny / Nice-matin
Vous étiez dessinateur et modeleur dans les studios Walt Disney : en quoi cette expérience marque votre travail ?
C’est surtout la façon dont j’ai été éduqué par tous les dessinateurs qui étaient de nationalités différentes. On avait des Allemands, des Espagnols, des Canadiens, des Irlandais, des Américains, bien sûr des Français. Ces gens-là et leur amour du dessin m’ont appris énormément sur le dessin dynamique, et au final sur la sculpture dynamique. Ce n’est pas en mettant un personnage dans un mouvement, en train de courir par exemple, qu’on est forcément dans la dynamique justement. Il peut y avoir davantage sensation de mouvement dans un personnage qui s’apprête à courir. Tout mouvement est précédé par une anticipation. Mon travail joue beaucoup là-dessus.
Cyril Dodergny / Nice-matin
Quelle est votre méthode de travail ?
J’ai un atelier qui est suffisamment grand. Mais toujours trop petit parce que, finalement, les murs, année après année, se rapprochent. Concernant la création, je fonctionne avec des images mentales qui surgissent. Mais je ne fais pas de dessin, parce que le dessin est quelque chose qui, même si je vais pratiquer, ne me met pas autant en joie que le modelage. Donc, j’ai plus vite fait de faire une maquette. Je monte jusqu’à la forme, à la différence d’un tailleur de pierre, qui, lui, va descendre jusqu’à la forme. Donc, moi, j’ai droit à l’erreur. Le tailleur de pierre, non. Et je travaille sans modèle. Je travaille avec des écorchés du 19e, qui me rappellent toujours toutes ces connaissances de morphologie ou d’anatomie artistique, qui sont indispensables, en fait, par rapport à ce que je fais.
Qu’est-ce qui change dans votre approche lors de la création d’une pièce monumentale ?
C’est le recul. Si on n’en prend pas, ça ne marche pas.
Votre visite à Antibes, vous a-t-elle donné envie de créer une œuvre particulière ?
Je me rends compte à quel point la mythologie est quelque chose d’extrêmement important là-bas. Il faut que ça mature un petit peu, mais oui, cela va me donner des idées.
On pourrait très bien imaginer votre Ulysse Monumental qui a été réalisé pour Les Sables-d’Olonne.
Cette pièce doit rester unique. On peut imaginer quelque chose avec cette audace-là. Un grand Poséidon, par exemple, ça pourrait être très sympa. Voilà, le début d’une idée [rires].
1. Personnage de fiction de l’univers de l’écrivain britannique J. R. R. Tolkien. On le retrouve notamment dans Le Hobbit et Le Seigneur des Anneaux.