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Crash d’un débris de fusée SpaceX sur la Lune : petit impact, grandes ambitions

L'étage supérieur de la fusée Falcon 9 de SpaceX lancée en janvier 2025 s'est écrasé sur la Lune mercredi. S'il n'y laisse qu'un cratère d'une trentaine de mètres, son analyse devrait nourrir la compréhension de notre satellite et servir les ambitions lunaires, américaines surtout.

Un choc à 8 690 km/h laissant un cratère estimé à une trentaine de mètres, dans un désert de silence : l'étage supérieur d'une fusée de SpaceX s'est écrasé par accident sur l'hémisphère nord de la Lune, mercredi 5 août à 6 h 35 GMT.

Guetté par les amoureux de l'espace, l'impact est finalement quasi invisible depuis la Terre. La Nasa, avec sa sonde Lunar Reconnaissance Orbiter, et la Corée du Sud, avec son orbiteur Danuri (Korea Pathfinder Lunar Orbiter, KPLO), ont photographié le site après le choc. Mais il faudra plusieurs jours avant de recevoir ces clichés.

Que s'est-il passé ? Une fusée Falcon 9, construite par la société SpaceX d'Elon Musk, décolle en janvier 2025 avec deux alunisseurs à son bord. L'un d'eux a pu accomplir sa mission et se poser sur la Lune.

Opération réussie aussi pour le propulseur, revenu sur Terre. Ne restait que l'étage supérieur de l'engin – qui aurait dû normalement s'écarter du voisinage Terre-Lune.

Mais "un mélange d'activité solaire et de forces gravitationnelles l'a finalement placé sur une trajectoire en direction de la Lune", malgré les précautions prises par SpaceX, a affirmé Julianna Scheiman, responsable au sein de l'entreprise spatiale, lors d'une conférence de presse de la Nasa organisée lundi.

Sur notre satellite naturel, le débris de la fusée d'Elon Musk a probablement laissé un cratère grand comme un court de tennis, sur une surface lunaire à peu près équivalente à celle de l'Afrique.

"De temps en temps, il y a un étage de fusée qui s'écrase sur la Lune. Et ça arrivera encore", rappelle Philippe Hénarejos, rédacteur en chef du magazine "Ciel & Espace". "Si ça reste sporadique, ce n'est pas bien grave. Si c'est le signe que ça va devenir courant, alors là, ça doit nous alerter."

Dépourvue de l'atmosphère qui fait office de bouclier autour de la Terre, la Lune subit, environ tous les six jours, un impact d'énergie comparable, essentiellement d'origine naturelle, selon la Nasa.

"L'équivalent d'une échographie"

Mais, à l'inverse des astéroïdes venus des cieux, le morceau de fusée n'a aucun secret : sa masse, sa vitesse, sa composition, l'angle de l'impact… autant d'informations qui seront méticuleusement confrontées au résultat constaté sur la surface lunaire, une fois les images analysées.

"On devrait apprendre énormément de choses", se réjouit Christophe Bonnal, membre de l'Académie de l'air et de l'espace et spécialiste des débris spatiaux.

Percuter la Lune pour l'ausculter n'a rien d'inédit. Du temps d'Apollo, entre 1969 et 1972, les troisièmes étages des Saturn V étaient délibérément précipités sur la surface, où des sismomètres enregistraient le choc. Rebelote en 2009 avec la mission LCROSS : un étage de fusée est envoyé s'écraser près du pôle Sud pour y traquer la glace d'eau.

"C'est l'équivalent d'une échographie", traduit Olivier Sanguy, responsable de l'actualité spatiale à la Cité de l'espace, à Toulouse.

Mais notre satellite ne fait pas rêver que des scientifiques. Donald Trump a promis le retour d'astronautes sur la Lune d'ici la fin de son mandat en janvier 2029, et la fondation d'une base lunaire sous bannière étoilée d'ici à 2030.

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Encore faut-il savoir sur quoi poser cette base.

"Le régolithe [sol, NDLR] lunaire est extrêmement abrasif. C'est l'équivalent du verre pilé. On le sait depuis Apollo : les scaphandres revenaient si abîmés qu'une quatrième sortie était impensable. Dès la troisième, la Nasa voyait les réserves d'oxygène chuter plus vite que prévu – les joints des casques et des gants avaient été abrasés", explique Olivier Sanguy.

L'analyse des images du crash pourrait aider à apprivoiser cet élément. Relever la distance à laquelle l'impact a projeté le régolithe permet d'appréhender la distance à laquelle un module habitable peut-être déposé sans risquer d'en abîmer un autre. C'est, pour Olivier Sanguy, "l'enseignement le plus important pour le retour sur la Lune".

Viser la Lune, décrocher Mars ?

La Lune, puis peut-être au-delà. "En fait, on va aller sur Mars […]. On a déjà fait la Lune, c'est pas excitant […], c'est une rampe de lancement, on va y faire escale", affirmait Donald Trump en septembre 2019.

"Quand je pars de Paris pour aller à Brest, je ne passe pas par Strasbourg", sourit Christophe Bonnal. La Lune n'est pas un tremplin vers Mars, mais un terrain d'entraînement. Un terrain pour apprendre à se ravitailler loin de la Terre.

La Nasa a calculé qu'un aller-retour vers Mars deviendrait réaliste si l'équipage ne partait pas avec le carburant du retour – trop lourd pour le voyage aller – mais le fabriquait sur place. "Vous imaginez bien qu'avant de dire ça à des astronautes, on veut fiabiliser la technologie", poursuit Christophe Bonnal. En la testant sur la Lune, dont les cratères du pôle Sud, plongés dans une ombre éternelle, emprisonnent de l'eau (très) glacée.

De l'eau, donc de l'hydrogène et de l'oxygène : de quoi boire, respirer – et faire le plein, puisque l'hydrogène et l'oxygène liquides propulsent déjà le moteur principal d'Ariane 6.

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"Vous avez le droit de vous crasher sur la Lune"

Voilà pourquoi le droit international a découpé la Lune en zones plus ou moins précieuses. Les mieux gardées : les cratères du pôle Sud – 3 à 5 % de la surface totale – pour leur eau. Interdiction d'y tomber.

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S'y ajoute le vœu américain : prière d'épargner la mer de la Tranquillité, où Neil Armstrong posa le pied en 1969. Une règle sans force juridique, motivée par une crainte très terrestre : que les Chinois n'aillent se poser sur le site d'Apollo 11. "Et qu'ils leur rapportent leur drapeau", s'amuse Christophe Bonnal.

"Vous avez le droit de vous crasher sur la Lune", résume-t-il. "Ce qu'on vous demande, c'est de maîtriser suffisamment la zone d'impact."