Couper davantage dans la coopération internationale serait une erreur stratégique
J'entends que la coopération internationale revient une nouvelle fois dans les discussions budgétaires. Après avoir déjà perdu une part importante de ses moyens, elle pourrait encore être appelée à contribuer à...
J'entends que la coopération internationale revient une nouvelle fois dans les discussions budgétaires. Après avoir déjà perdu une part importante de ses moyens, elle pourrait encore être appelée à contribuer à l'effort d'assainissement des finances publiques.
Je comprends la nécessité de faire des choix. Mais tous les choix ne se valent pas.
Réduire davantage la coopération internationale ne constituerait pas une économie. Ce serait un désinvestissement stratégique dans l'avenir de la Belgique.
"L'Afrique, au cœur de la croissance mondiale"
Car une réalité s'impose : l'Europe vieillit. D'ici 2050, près d'un Européen sur trois aura plus de 65 ans et la population de l'Union européenne commencera à diminuer. Dans le même temps, la croissance de la productivité reste insuffisante pour compenser la baisse de la population active.
À l'inverse, l'Afrique sera au cœur de la croissance mondiale du XXIe siècle. Sa population devrait atteindre près de 2,5 milliards d'habitants d'ici 2050 et représenter plus de la moitié de la croissance démographique mondiale. Les consommateurs, entrepreneurs et travailleurs de demain s'y trouvent déjà.
La question est simple : la Belgique sera-t-elle présente sur les marchés les plus dynamiques du futur, ou laissera-t-elle la place à d'autres ?
C'est précisément là qu'intervient la coopération internationale moderne.
"En 2025, Enabel gérait plus de 435 millions d'euros d'activités. Plus de 40 % de ses ressources provenaient de l'Union européenne, démontrant la confiance accordée à l'expertise belge. "
Ce que fait aujourd'hui Enabel n'a rien à voir avec de la charité. Lorsque nous développons des corridors stratégiques entre l'Europe et l'Afrique, nous préparons les routes commerciales de demain. Lorsque nous soutenons la production locale de vaccins, nous créons des opportunités pour les universités, centres de recherche et entreprises belges. Lorsque nous accompagnons la transformation des secteurs agricoles ou le développement des compétences, nous ouvrons des marchés pour notre expertise et nos technologies.

En 2025, Enabel gérait plus de 435 millions d'euros d'activités. Plus de 40 % de ses ressources provenaient de l'Union européenne, démontrant la confiance accordée à l'expertise belge. L'organisation compte près de 2 300 collaborateurs dans le monde et mobilise plus de 60 partenaires publics belges, ainsi qu'un nombre croissant d'entreprises, d'institutions financières, d'universités et de centres de recherche.
"La pandémie nous a montré que la santé est mondiale"
Les résultats sont tangibles.
Au cours des dernières années, près de 2,5 millions de naissances ont été accompagnées par du personnel de santé qualifié, 4,4 millions de femmes ont eu accès à la planification familiale moderne et plus d'un million de personnes ont bénéficié d'une couverture santé.
Cela concerne aussi la Belgique. La pandémie nous a montré que la santé est mondiale. Des systèmes de santé plus solides, une meilleure santé maternelle et l'accès à la planification familiale renforcent la stabilité économique, l'autonomisation des femmes et les perspectives pour la jeunesse. Ils contribuent à réduire les fragilités dont les conséquences finissent toujours par dépasser les frontières.
Droits d'enregistrement, succession, allocations... pour boucler le budget, les politiques réservent des mauvaises surprises pour les FlamandsLe même raisonnement vaut pour le climat. Grâce à l'action d'Enabel, 823 000 hectares de terres ont été restaurés ou protégés, 120 000 producteurs ont engagé une transition agroécologique et 540 000 personnes ont renforcé leur résilience face au changement climatique.
Le climat, la biodiversité ou la sécurité alimentaire ne s'arrêtent pas aux frontières européennes. Chaque hectare restauré et chaque communauté plus résiliente contribuent aussi à notre sécurité collective.
"Des partenaires plus prospères deviennent des clients, des fournisseurs, des investisseurs et des alliés plus solides pour la Belgique."
Sur le plan économique, plus de 50 000 producteurs ont amélioré leurs revenus, 1 600 PME ont augmenté leur chiffre d'affaires et plus de 4,2 millions de tonnes de déchets sont collectées, traitées ou recyclées chaque année grâce aux programmes soutenus par Enabel.
Derrière ces chiffres se trouve une logique simple : des partenaires plus prospères deviennent des clients, des fournisseurs, des investisseurs et des alliés plus solides pour la Belgique.
Dans un monde où les moteurs de croissance se déplacent progressivement vers l'Afrique, la coopération internationale n'est pas seulement une politique de solidarité.
C'est une politique économique. C'est une politique climatique. C'est une politique de santé mondiale. C'est aussi une politique de stabilité et, indirectement, une politique migratoire.
"La véritable question est combien nous coûterait notre absence"
Les marchés de demain se construisent aujourd'hui. Les partenariats de demain se construisent aujourd'hui. Les chaînes de valeur de demain se construisent aujourd'hui.
La véritable question n'est donc pas combien nous coûte la coopération internationale.
La véritable question est combien nous coûterait notre absence.
Car couper davantage aujourd'hui ne serait pas une économie.
Ce serait hypothéquer la place de la Belgique dans le monde de demain.