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Coupe du monde 2026. Les bars privés de diffusion des matchs en terrasse : « L’été a été saboté avec cette mesure »

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La Coupe du monde devait être la période phare de son année. Le patron du Kfé Montaigne à Mulhouse, Philippe Kauffmann, pousse un coup de gueule face à l’interdiction de diffuser les matchs du Mondial sur sa terrasse.

A.R. -

Aujourd’hui à 07:10

Les supporters attendent le coup d’envoi de France-Espagne au Kfé Montaigne.  Photo Antonin Utz
Les supporters attendent le coup d’envoi de France-Espagne au Kfé Montaigne.  Photo Antonin Utz

Ce devait être une fête, comme à chaque événement footballistique majeur. La période, il la prépare depuis décembre dernier, et a même investi dans un four à pizzas et tartes flambées. Au Kfé Montaigne à Mulhouse, Philippe Kauffmann était prêt à vibrer au rythme du Mondial. Comme à chaque compet’, il prévoyait de disposer un écran à l’extérieur de son établissement pour ses clients attablés en terrasse.

« Notre point fort, c’est la terrasse. En 2024, il y avait l’ Euro de foot et les Jeux olympiques. La télé était dehors pendant deux mois. » Sauf qu’en 2026 son « business plan tombe à l’eau, deux jours avant la compétition. J’ai refusé des DJs et des animations parce que j’avais prévu cette Coupe du monde ». Le commerçant misait beaucoup sur la terrasse, la période estivale lui permettant notamment de passer l’hiver, saison plus calme pour son bar. Or, niveau finances, « j’ai fait mieux en janvier 2024 qu’au mois de juin  2026».

Philippe Kauffmann, gérant du Kfé Montaigne : « Si t’as 50 gamins qui empêchent une ville de faire ça… »

« On a su le 9 juin qu’on n’avait plus le droit à la télé en terrasse. Ça fait 15 ans qu’on diffuse tous les trucs. Je n’ai jamais eu ce cas-là », déplore-t-il, évoquant une décision prise « à la va-vite », en réaction aux débordements après la finale de la Ligue des champions PSG-Arsenal. « Si t’as 50 gamins qui empêchent une ville de faire ça… Ils profitent d’un contexte pour pourrir une manifestation, ça relève de l’éducation. » Philippe Kauffmann regrette le manque de temps pour retomber sur ses pattes : « Le timing n’est pas bon. Tu me dis deux mois avant, je change ma stratégie. Il faut que je prévienne la mairie un mois avant si je veux faire venir un DJ en extérieur. » Alors que la compétition a démarré le 11 juin, le mail du service commerces de la Ville n’est arrivé que le 15 juin dans la boîte du commerçant. « Et il est daté du 12…  »

Cas particulier aussi au Kfé Montaigne, il est de coutume que des personnes, qui ne consomment pas forcément au bar, s’installent dans l’espace entre l’établissement et la terrasse, soit sur la voie publique. Le commerçant estime ne pas être habilité à disperser cette masse qui n’est pas cliente chez lui. D’ordinaire, les choses se déroulent bien, mais il faut croire que les incidents des deux dernières finales de la Ligue des champions au centre-ville ont laissé des traces. «Dans tous les pays du monde on diffuse des matchs », s’exclame le commerçant qui compare « avec la Suisse qui a permis une nuit blanche» aux supporters pour suivre le match Suisse-Argentine, dont le coup d’envoi était à 3 h.

L’exemple Suisse-Argentine

   « Là, j’ai perdu entre 15 000 et 20 000 euros, chiffre le barman. Pour le quart de finale, j’ai fait 700 euros. Je suis censé faire 1 500 à 2000 euros minimum… » Alors on trouve des subterfuges, comme lors de la demi-finale contre l’Espagne, en disposant un écran à l’intérieur en direction de la terrasse. Plusieurs bars ont tenté le coup, dont Philippe, même si la situation l’indispose, lui le fils d’un ancien membre des forces de l’ordre. Mardi soir, il n’a en tout état de cause pas été verbalisé. Et son chiffre d’affaires a été plus honorable. Il a par ailleurs diffusé une pétition, parce que « plusieurs établissements sont mécontents » et souhaiterait plus de concertation pour les prochains gros événements. « C’est l’été que je fais l’argent pour tenir l’hiver. J’arrive à ma limite. Je ne veux pas mourir en ne faisant rien. Mais l’été a été saboté avec cette mesure… »

« Il faut que les bars respectent les emprises de leur terrasse »

Du côté de la municipalité, on défend ce choix de restreindre la diffusion des matchs de la Coupe du monde à l’intérieur des bars. « La mairie n’invente rien, explique l’adjoint à la sécurité Thierry Coutaye. Il faut que les bars respectent les emprises de leur terrasse comme à n’importe quel moment de l’année. On n’a pas oublié ce qui s’est passé lors de Paris-Arsenal, où des bars sont allés bien au-delà de leur emprise. Et ça fait partie des problèmes qu’il y a eu après. Ce qu’on a demandé à tous les bars, c’est de respecter l’emprise des terrasses et que les télés soient installées à l’intérieur. » Interdiction certes, mais tolérance tout de même aux établissements qui ont tourné un écran en direction de l’extérieur. « On a été tolérants là-dessus. »

« On n’avait rien dit par rapport à PSG-Arsenal, lorsque des bars avaient installés des écrans à l’extérieur ; certains établissements avaient rassemblé jusqu’à 400-500 personnes, c’était catastrophique. On a des images encore. L’idée, c’est que les bars qui disposent de terrasses, respectent les règles et on ne les embêtera pas. » Ce qui peut être regrettable, ce que s’il n’y avait pas eu de débordements précédemment, cette interdiction de diffuser les matches sur les terrasses n’aurait probablement pas été prise. « On n’y aurait peut-être même pas pensé… », admet l’adjoint à la sécurité. « On veut éviter les grands rassemblements au centre-ville. On le ferme aussi pour protéger les enseignes, les vitrines. On n’a aucun intérêt, en fermant le centre-ville, de créer des poches de supporters à l’intérieur. »

A.R.

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