Costa Rica. Ils jettent 12 000 tonnes d’écorces d’orange sur un terrain stérile : il devient un paradis vert
Le sol a ses mystères que même le plus pointu des scientifiques n'arrive pas toujours à percer. Alors, il ose expérimenter. Parfois, ça marche ; parfois ça ne marche pas. Et parfois, un échec peut devenir un su...
Le sol a ses mystères que même le plus pointu des scientifiques n'arrive pas toujours à percer. Alors, il ose expérimenter. Parfois, ça marche ; parfois ça ne marche pas. Et parfois, un échec peut devenir un succès au moment où il ne s'y attend plus.
Les deux écologues de l'Université de Pennsylvanie, Daniel Janzen et Winnie Hallwachs, en savent quelque chose. En 1996, ils proposent à l'entreprise de jus de fruits Del Oro de faire don d'une partie de ses terres située sur la zone de conservation de Guanacaste, au nord du Costa Rica. En contrepartie, elle peut y déverser les écorces et la pulpe de ses oranges pressées, peut-on lire dans Géo. L'objectif ? Tester les potentiels de régénération des sols.
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Le fabriquant signe. Plus besoin de construire une unité coûteuse de traitement des déchets, forcément, ça ne se refuse pas. De 1997 à 1998, mille camions vont ainsi se succéder pour y déverser 12 000 tonnes de pelures.
Jusqu'à ce qu'un concurrent porte plainte, invoquant les riques de pollution que faisait courir cette décharge d'un nouveau genre sur le parc national. La Cour suprême lui donne raison. L'expérience est abandonnée. Et oubliée ?
« Je ne pouvais même pas voir le panneau de 2 mètres de haut »
Pas par ces scientifiques de Princeton, en tout cas. En 2013, ils décident de se rendre sur place pour constater un quelconque impact. Ils sont sidérés. Là où ne subsitait qu'une terre rocailleuse recouverte, ici et là, par des touffes d'herbes sèches, s'étalait une jungle luxuriante.
« Le terrain était tellement envahi d'arbres et de vignes que je ne pouvais même pas voir le panneau de 2 mètres qui marquait l'entrée du site », se souvient Thimothy Treuer, en charge de l'expédition.
Les écorces nourricières ?
Intriguées, d'autres équipes tentent de comprendre pareille transformation à coup d'analyses. Et les résultats sont sans appel : la biomasse des arbres a explosé de 176%, et la terre a été surchargée en nutriments. Une renaissance porteuse d'espoir dans un pays où la moitié des sols cultivables est dans un piteux état.
Si le mécanisme exact reste un mystère, les spécialistes avancent que, en se décomposant, les écorces ont nourri le sol appauvri tout en étouffant les graines des plantes invasives.
L'or noir de l'Amazone
Ce cas rappelle une technique développée il y a plus de 2 000 ans, par les peuples autochtones d'Amazonie : la terra preta ou or noir (en référence à sa couleur sombre).
Paradoxe des forêts humides : les pluies lessivent constamment les sols, les vidant de leurs nutriments en quelques heures. Grâce à un savant mélange de restes alimentaires, de fumier, de cendres, de tessons de poterie et d'os d'animaux, les agriculteurs locaux sont parvenus à lutter contre ce phénomène et à changer la nature des sols. Des études ont prouvé qu'ajouter 20% de terra preta à une terre dégradée doublerait la croissance des cultures.
Hélas, malgré des décennies de tentatives, les agronomes européens ne sont pas parvenus à reproduire la recette. Du coup, la recherche s'est portée sur le développement du biochar. Un charbon végétal, obtenu en chauffant des résidus organiques sans oxygène, qui doperait les rendements tout en piégant le CO2.