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Questions d’environnement - COP17 désertification: le désert est-il silencieux?

Un désert n'est jamais complètement désert. L'éco-acoustique permet d'y mesurer l'étendue de la biodiversité animale. Connaiss...

Un désert n'est jamais complètement désert. L'éco-acoustique permet d'y mesurer l'étendue de la biodiversité animale.

Connaissez-vous le chant des dunes ? Dans certains déserts de sable, on peut entendre les dunes « chanter » lors d'avalanche de sable, un chant provoqué par les grains de sable en mouvement ; ce sont leurs vibrations qu'on entend, et leur modulation. Le phénomène a été rapporté pour la première fois par Marco Polo au XIIIe siècle. Le silence du désert n'existe pas. 

Il n'y a pas que le bruit du sable qu'on peut entendre dans les déserts et il n'y a d'ailleurs pas que des déserts de sable. Un désert n'est jamais complètement désert. Dans tous les déserts, il y a de la vie, même si la vie est plus rare quand rien ne pousse. « Quand on fait l'évaluation d'un écosystème pour la composante de vie, c'est un milieu dans lequel il y a de la végétation, explique l'écologue Hervé Jordan, chercheur à l'IRD, l'Institut pour la recherche et le développement. Et plus votre végétation va être stratifiée, complexe, plus vous aurez l'opportunité d'avoir une faune qui va être riche ».

Entendre ce qu'on ne voit pas

C'est donc cette faune qu'on peut entendre. Et pour savoir qu'il y a de la vie dans les déserts, pour la détecter, la qualifier et la quantifier, le son est plus efficace que la vue. « Le son est un bon indicateur, très intégrateur, là où la vue, finalement, ne nous permet pas de voir la présence par exemple d'oiseaux qui vont être cachés dans les arbres, et encore moins les insectes qui sont encore plus difficiles à voir. La vue, en fait, va se focaliser sur une zone spatiale très petite alors qu'un enregistreur disposé dans la forêt va capter des sons qui viennent de plein d'endroits différents à une distance beaucoup plus importante », détaille Etienne Thoret, psycho-acousticien, chercheur CNRS à l'Institut des neurosciences de la Timone à Marseille.

C'est ce qu'on appelle l'éco-acoustique : c'est en enregistrant les sons d'un écosystème qu'on peut déterminer sa richesse. « L'éco-acoustique est une science qui s'est fondée sur cette idée qu'une complexité de sons renvoie à une complexité de biodiversité. Vous pouvez donc calibrer la qualité d'un habitat à travers la complexité des sons enregistrés, des émissions des animaux enregistrées », précise Hervé Jordan.

Les sons du Ferlo au Sénégal

L'éco-acoustique a ainsi des applications très concrètes face à l'avancée du désert. Hervé Jordan et Etienne Thoret travaillent tous les deux sur un projet mené dans le nord du Sénégal, dans le Ferlo, une région semi-désertique, là où a été planté la Grande muraille verte.

Des micros enregistrent les sons de la nature pour déterminer à quel point les arbres permettent le retour des animaux. « On se rend compte qu'il y a effectivement une présence biophonique le jour et la nuit, principalement la journée dans le sud Sahel. Les sons sont composés de sons d'oiseaux et la nuit principalement de sons d'insectes, témoigne Etienne Thoret. Effectivement, c'est une activité beaucoup moins intense que dans des forêts tropicales par exemple. Il y a un phénomène bien connu qui s'appelle le chorus du matin ou du soir, où les oiseaux et globalement toutes les espèces animales se mettent à chanter. Il y a une activité qui est même très forte en fait, bien que l'environnement soit relativement désertique ».

Il est encore trop tôt pour connaître l'impact réel de la Grande muraille verte sur la biodiversité. Les chercheurs vont continuer d'écouter la nature. Parce que la désertification, on la voit mais surtout on l'entend. 

Crédits sonores : Chant des dunes : Stéphane Douady/Mathias Théry. Ferlo : CNRS MITI, Aix-Marseille Université, Institut de Recherche pour le Développement, OHMI Téssékéré, Labex DRIIHM, Université Cheikh Anta Diop.