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Consommation. Le prix du café s’envole : les artisans torréfacteurs pointent du doigt le modèle industriel

Pour les amateurs de café, le réveil est amer. Selon les chiffres de l’Organisation internationale du café, le prix des fèves a bondi de 37 % en un an, passant de 7,71 euros à 10,59 euros entre août 2024 et aoû...

Pour les amateurs de café, le réveil est amer. Selon les chiffres de l’Organisation internationale du café, le prix des fèves a bondi de 37 % en un an, passant de 7,71 euros à 10,59 euros entre août 2024 et août 2025. Cette flambée n’est pas passagère et se poursuit encore. Elle est due aux effets du changement climatique, notamment les sécheresses et inondations sur les principaux pays producteurs mondiaux, et une demande en hausse constante, notamment en Chine, en Corée du Sud et en Inde. « Compte tenu de l’évolution du climat et de ses conséquences sur les plantations, le prix du café ne peut qu’augmenter. La question environnementale n’est plus quelque chose dont on s’empare en espérant que les autres fassent de même, c’est devenu une nécessité », prévient Christophe Servell, fondateur de Terres de café, torréfacteur français.

Dans cette révolution qui s’impose sur le marché du café, deux visions s’affrontent : un modèle industriel (responsable en partie de la déforestation, rémunérant moins les producteurs et moins cher pour les consommateurs) et un modèle artisanal (fondé sur l’agroforesterie, rémunérant davantage les producteurs mais plus cher à l’achat). Pour les Français dont le budget est déjà serré, le café l’est aussi.

Quelques centimes pour changer de modèle ?

Comment trouver un moyen de mieux rémunérer producteurs et torréfacteurs, alors que le prix du café augmente de manière globale ? Pour Loïc Marion, président d’Origines TeaAndCoffe, et représentant la Fédération des torréfacteurs artisanaux en France, forte de 1 050 entreprises, cette augmentation incontournable peut s’avérer indolore si l’on accepte de changer de paradigme au niveau de la consommation.

La Fédération a fait le calcul en excluant les conditionnements en capsules, sachets et dosettes, car le café est bien commercialisé au kilo, en grain ou moulu. Basculer vers un « café vert » de spécialité (noté 80+ selon les critères de la Specialty Coffee Association) représenterait en moyenne un surcoût de 7,72 euros par mois et par personne. Rapporté à la tasse, le café de spécialité afficherait donc 14 centimes d’augmentation. Un effort pour le consommateur, mais un levier majeur pour les communautés agricoles locales qui engrangent jusqu’à 25 % de bénéfices supplémentaires par ce biais, tout en alimentant un modèle plus respectueux de l’environnement, sans épuiser les sols.

L’illusion de l'éthique industrielle

Militant pour une reconnexion aux terroirs, Christophe Servell, propriétaire d’une dizaine d’entreprises de torréfaction dans le monde, critique sans détour un « modèle industriel autour du café qui n’a plus de justification valable. Le fait d’acheter ce produit en supermarché est en tout point mauvais, que ce soit au niveau du goût et de la santé du consommateur, de l’équité pour les producteurs ou de la lutte contre la déforestation ».

Selon Christophe Servell, les réglementations européennes actuelles manquent leur cible en pénalisant les petites structures artisanales, tandis que les multinationales usent de budgets colossaux pour s’affranchir de ces contraintes. Il ne mâche pas ses mots : « L’éthique aujourd’hui n’est plus un sujet. Les industriels avaient déjà anticipé la normalisation, ils sont très bons pour cela. C’est ce qui fait que 80 % du marché appartient toujours à Nestlé, JDE Peet’s et Starbucks. »

La prime à la qualité

Pour les torréfacteurs, l’avenir appartient au modèle éthiopien, basé sur l’agroforesterie, le refus des herbicides, le replantage d’arbres et la valorisation du travail local. « On ne va pas tomber dans le misérabilisme, nous avons le sens du marché avec nous, là où les industriels sont frappés par des tendances baissières », nuance Christophe Servell, qui observe un recul de la consommation dans les cafés classiques au profit d’une montée en gamme et en qualité. La révolution de la tasse du matin passera donc par la sobriété : « Le prix n’est pas le vrai sujet, car le café est déjà la boisson la moins chère sur le marché, à part l’eau. Il s’agit de repenser sa consommation, de baisser la quantité et d’augmenter la qualité. Et c’est une philosophie qui est généralisable à l’ensemble des activités productives. »