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« Composition française » de Mona Ozouf : retour sur une enfance bretonne

Mona Ozouf © C. Helie / Gallimard ...

Mona Ozouf

Mona Ozouf

© C. Helie / Gallimard

L’historienne se penche sur son enfance bretonne et interroge l’identité française.​

A-t-on le droit à plusieurs appartenances et croyances ? L’historienne Mona Ozouf, née en 1931, est fille d’instituteurs bretonnants. Elle a passé son enfance entre trois foyers de pensée : l’école, la maison, l’église. Ils pouvaient se retrouver en conflit les uns avec les autres. Passion bretonne (la maison), foi chrétienne (l’église), raison républicaine (l’école). Dans « Composition française » (2009), l’auteure de « Varenne » (2005) s’intéresse aux déchirements nés de la rencontre du républicanisme et du particularisme. Nos fidélités peuvent nous sembler antagonistes. Mona Ozouf rend un hommage intime, dans une langue magnifique, à une France constituée de multiples identités régionales ou locales. Dans ce récit intellectuel et sensible, elle parle aussi de la solitude, de l’amitié, de la littérature et du temps béni des vacances à Kerfichen, sur une dune finistérienne.​

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Tout commence par la mort du père. Jean Sohier était un militant breton et un socialiste pacifiste. La petite fille a 4 ans, lorsqu’il disparaît. Les deux figures majeures de son enfance deviennent sa mère et sa grand-mère. L’enfant les suit à Plouha, située près de Paimpol, dans les Côtes-d’Armor. La mère sera adjointe puis directrice de l’école maternelle. La jeune veuve écrit dans une lettre : « Je me sens effroyablement seule. » Mona Ozouf est une bonne élève. Elle adore l’école : apprendre le monde et rencontrer du monde. La vie s’écoule, souvent austère et monotone, entre trois lieux primordiaux : le logement, la cour de récréation, la classe. La famille vivra la guerre à Saint-Brieuc. Sa mère y demande un poste, en 1941, pour l’entrée de sa fille en sixième. Les années de guerre creusent encore plus, pour la famille, un lourd sentiment d’isolement. Mona Ozouf poursuivra ses études en hypokhâgne à Rennes puis en khâgne à Paris. Sa famille s’est installée en banlieue parisienne.​

Un récit autobiographique vivant

​Dans « Composition française », il y a mille choses : son amitié joyeuse avec une petite fille du bourg ; sa rencontre miraculeuse avec Renée et Louis Guilloux ; sa première apparition d’un sentiment politique ; sa visite d’une jolie chapelle à Kermaria. Il y a aussi la fois, en octobre 1942, où elle voit pour la première fois une étoile jaune. Dans une scène clé, l’écrivain Louis Guilloux commente un de ses devoirs de classe. Il consiste en un pastiche de Chateaubriand. L’auteur du « Sang noir » (1935) affirme alors à Mona Ozouf : « Tu vois, si on n’est pas capable d’écrire un roman, on peut devenir celui qui sait le plus de choses sur Chateaubriand, et ce n’est pas rien. » L’auteure des « Aveux du roman » (2001) n’oubliera pas la leçon. Elle deviendra une intellectuelle majeure, proche de François Furet et de Pierre Nora, dont les écrits n’abandonnent jamais le style.​

L’historienne de la Révolution française et de la République fait preuve d’humilité et de probité, tout au long d’un récit autobiographique vivant. On y entend le vent et la mer. Elle avoue : « La passion dominante de mon enfance, celle d’être comme tout le monde. » L’étudiante adhère au Parti communiste en 1952, avant de rompre définitivement à partir de 1956. Mona Ozouf raconte comment elle a trouvé dans la littérature, l’antidote aux généralités politiques. Le roman est le règne de l’exception. L’auteure s’éloignera de ses particularités bretonnes pour se rapprocher de l’universalité française, avant de trouver un juste milieu entre ses multiples fidélités contradictoires. Sa trajectoire la mène ainsi à sortir de l’affrontement binaire entre particulier et universel. « Composition française » est la clé de son œuvre. Tout est né d’une enfance inquiète.​

« Composition française », de Mona Ozouf, coll. Folio, éd. Gallimard, 272 pages, 8,60 euros.

« Composition française », de Mona Ozouf, coll. Folio, éd. Gallimard, 272 pages, 8,60 euros.

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