Comment Wikipedia tente de limiter les dégâts face à l’IA générative
Il y a encore quelques années, si l’on avait des questions sur un sujet particulier, on consultait quasi systématiquement l’encyclopédie en ligne Wikipedia, qui compte au total 65 millions d’articles en plus de...
Il y a encore quelques années, si l’on avait des questions sur un sujet particulier, on consultait quasi systématiquement l’encyclopédie en ligne Wikipedia, qui compte au total 65 millions d’articles en plus de 300 langues. Or, à ce jour, les agents d’intelligence artificielle (IA) générative comme ChatGPT, Gemini ou Claude ont rendu cette habitude presque obsolète. Pis, ces chatbots s’alimentent à partir des données de l’encyclopédie, qui est gratuite. Résultat : alors que le site fête ses 25 ans d’existence cette année, son nombre de vues a reculé de 8 % en un an à partir de décembre 2024. Une situation critique pour Wikipedia, qui se finance uniquement grâce aux dons.
Confrontée à cette crise, la Wikimedia Foundation, qui administre le site, ne reste pas les bras croisés. “Si les entreprises de la tech continuent à nous siphonner des données, notre système sera réduit à néant”, s’alarme Bernadette Meehan, directrice générale de l’organisation. En voyage au Japon, celle qui a pris ses fonctions en début d’année a donné une interview exclusive au quotidien Asahi Shimbun.
Bien que les articles de Wikipedia soient écrits par des bénévoles, la fondation doit assurer les frais liés à la gestion et au maintien de son site. L’organisation, fidèle à ses valeurs, rejette toutefois l’idée de rendre l’encyclopédie payante pour le lecteur ordinaire. “Jamais on n’optera pour l’idée”, lance Bernadette Meehan, ancienne ambassadrice américaine au Chili sous l’administration Biden.
Reflet de la diversité du monde
Pour résoudre ce problème, la fondation a décidé de renforcer ses restrictions d’accès à Wikipedia pour les robots d’entreprise qui aspirent son contenu afin de nourrir leurs IA, et a signé des accords avec des géants de la tech, comme Amazon et Microsoft, afin de leur fournir un accès optimisé à ses données contre rémunération.
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“Nous voulons juste qu’ils paient pour la valeur que nous apportons”, avance l’ancienne diplomate, qui ajoute que, du fait de la généralisation des IA génératives, l’effort d’“aller chercher des lecteurs” est désormais essentiel pour l’encyclopédie. En créant des comptes sur Instagram et TikTok, la fondation cherche à attirer les jeunes, note l’Asahi Shimbun.
“Tout le monde utilise et aime Wikipedia. Mais peu de personnes savent qui gère notre site et comment”, poursuit Bernadette Meehan. En citant comme exemple le mot japonais tsundoku, qui désigne le fait d’accumuler des piles de livres chez soi, elle souligne que les articles de Wikipedia sont un reflet de la diversité du monde. “J’encourage les éditeurs japonais à écrire sur tout, que ce soit sur Pokémon, les fleurs de cerisier ou un nouveau parfum de Kit Kat. Ces informations ont leur place dans la communauté que ma fondation ambitionne de créer.”