Comment Trump a fait flamber les prix de l’énergie en Europe et… aux États-Unis
Le Centre for Research on Energy and Clean Air (CREA) a calculé que la guerre au Moyen-Orient, déclenchée par les États-Unis le 28 février dernier, avait fait grimper de plus de 330 milliards de dollars le coût...
Le Centre for Research on Energy and Clean Air (CREA) a calculé que la guerre au Moyen-Orient, déclenchée par les États-Unis le 28 février dernier, avait fait grimper de plus de 330 milliards de dollars le coût d'importation des énergies fossiles (pétrole, gaz et produits pétroliers), au cours des six premiers mois du conflit.
On parle ici du surcoût payé lorsque ces énergies fossiles sont importées dans un pays. L'Union européenne est la région la plus touchée (+ 78 milliards de dollars), devant la Chine (+ 35 milliards), l'Inde (+ 22 milliards) et les États-Unis (+ 16 milliards).
Ceci dit, il faut distinguer l'impact en valeur nominale de celui en valeur relative. Si les pays riches ont été les plus touchés en valeur nominale, ce sont les pays pauvres qui souffrent le plus.
Selon le CREA, la hausse de la facture d'importation des énergies fossiles a représenté 1,01 % du PIB des pays à faibles revenus, contre 0,45 % du PIB des pays à hauts revenus.
La plus grande crise de l'histoire ?
Selon le CREA, en ce qui concerne le pétrole, il s'agit de la plus importante crise d'approvisionnement depuis la guerre du Golfe (1990-1991).
Néanmoins, d'un point de vue européen, la crise énergétique consécutive à l'invasion de l'Ukraine par la Russie était encore plus grave. En effet, rien qu'au deuxième et troisième trimestres 2022, l'UE avait vu sa facture d'importation des énergies fossiles augmenter de plus de 250 milliards d'euros (contre + 78 milliards de dollars lors des six premiers mois de la crise actuelle, donc).
L'Espagne échappe à la hausse des prix de l'électricité, la Belgique dans le ventre mou européenMais revenons à la situation actuelle. Notons que c'est le pétrole brut (+ 164 milliards de dollars) qui a représenté la majeure partie de la hausse de la facture, devant le combo diesel/mazout (+ 74 milliards), le gaz naturel liquéfié (+ 38 milliards), l'essence (+ 36 milliards) et le kérosène (+ 20 milliards).
Néanmoins, en pourcentage, c'est le gaz naturel liquéfié (+ 75 % en Asie et + 60 % en Europe) qui a été le plus touché, devant le diesel, le mazout et le kérosène (+ 59 %), l'essence (+ 43 %) et le pétrole brut (+ 35 %).
Par ailleurs, il faut distinguer l'impact sur la facture d'importation de l'impact sur les consommateurs. En particulier en ce qui concerne le pétrole, dont les prix se forment au niveau mondial. En effet, même si un pays n'importe pas de pétrole, les consommateurs locaux sont touchés par la hausse des prix des carburants à la pompe.
Les consommateurs américains souffrent donc aussi de la hausse des prix du diesel et de l'essence, alors que les États-Unis sont un exportateur net de pétrole brut et produits pétroliers (quand on combine les exportations nettes de ces deux éléments).
Le Financial Times a d'ailleurs récemment calculé que le prix moyen du diesel, depuis le début du second mandat de Donald Trump, a été supérieur aux prix en vigueur sous le mandat de son prédécesseur Joe Biden. Une mauvaise nouvelle pour le Républicain, en prévision des élections de mi-mandat.
La flambée des prix des combustibles fossiles a stimulé les recettes d'exportation de la Russie, alors que celles-ci avaient atteint un plus bas historique en janvier 2026.
En revanche, en ce qui concerne le gaz, les prix sont régionaux. Le fait que les États-Unis ne dépendent pas des importations a d'ailleurs permis au pays de bénéficier d'une baisse des prix du gaz depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.
Impact net ?
Il faut également distinguer l'impact brut de la crise de son impact net. Si l'Amérique du Nord, par exemple, a vu sa facture d'importation augmenter de 20 milliards de dollars, cette région a vu ses recettes d'exportation croître de… 67 milliards de dollars. Néanmoins, ces recettes additionnelles d'exportation profitent, avant tout, à l'industrie pétrolière et gazière. Elles ne compensent donc pas le surcoût payé par les consommateurs locaux.
Selon le CREA, quatre régions ont vu leurs recettes d'exportation augmenter plus fort que leur facture d'importation : il s'agit de l'Amérique du Nord, du Moyen-Orient, de l'Amérique latine et de la… Russie.
"La crise énergétique a offert à la Russie une bouée de sauvetage financière, précise le CREA. La flambée des prix des combustibles fossiles a stimulé les recettes d'exportation de Moscou alors que celles-ci avaient atteint un plus bas historique en janvier 2026".
Les énergies renouvelables adoucissent la note
Par ailleurs, le CREA a évalué l'impact positif des investissements dans les énergies bas carbone. Ainsi, les investissements réalisés depuis 2020 ont permis de réduire la facture d'importation des énergies fossiles de 36 milliards de dollars, au niveau mondial. Ces investissements, notamment dans l'éolien et le photovoltaïque, permettent surtout de réduire les importations de charbon et de gaz. Le pétrole, lui, est très peu utilisé pour produire de l'électricité.
La Chine, superpuissance des technologies vertes: une domination qui inquièteLa Chine est le pays qui a le plus bénéficié de ses investissements dans les énergies bas carbone devant le Japon, l'Espagne et la France.
Mais il n'y a pas que les investissements dans les énergies renouvelables qui permettent de réduire les importations d'énergies fossiles. Le CREA avance que la flotte mondiale de voitures électriques réduira la consommation de pétrole de 5 millions de barils par jour d'ici 2030. Un chiffre qui correspond aux exportations saoudiennes de pétrole via l'oléoduc est-ouest (permettant d'éviter le détroit d'Ormuz).
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