Comment Ottawa a rendu possible l’accord sur Churchill Falls
Terre-Neuve-et-Labrador a attribué au premier ministre fédéral le mérite de la conclusion de son entente hydroélectrique avec le Québec. En plus de ses milliards, Mark Carney avait une « vision » à offrir à la ...
Terre-Neuve-et-Labrador a attribué au premier ministre fédéral le mérite de la conclusion de son entente hydroélectrique avec le Québec. En plus de ses milliards, Mark Carney avait une « vision » à offrir à la table de négociation, affirme son lieutenant au Québec.
« Notre gouvernement [avait] la volonté d’avoir au Canada toutes les cartes dans notre jeu, dans un contexte où la géopolitique nous intime de ne pas nous priver des bonnes cartes », explique Joël Lightbound, en entrevue au Devoir.
La première ministre du Québec, Christine Fréchette, et son homologue de Terre-Neuve-et-Labrador, Tony Wakeham, venaient tout juste de dévoiler les détails de leur entente dans l’épineux dossier de Churchill Falls. Les deux dirigeants étaient accompagnés du premier ministre fédéral.
« Cela, Monsieur, sera votre legs », a laissé tomber M. Wakeham en se tournant vers Mark Carney, à qui il avait pris le temps de serrer la main à deux reprises au beau milieu de son discours.
Le politicien terre-neuvien espère ainsi tourner la page sur l’humiliation vécue par sa province après la signature en 1969 d’une entente assurant l’achat à bon marché par le Québec de l’électricité produite à la centrale de Churchill Falls. Il a aussi présenté l’entente comme bien meilleure que celle conclue en 2024 avec l’ex-premier ministre François Legault.
Le nouvel accord prévoit davantage d’électricité, de quoi alimenter 3 millions de foyers québécois. Ottawa met 10 milliards de dollars dans la balance pour réaliser différentes composantes du projet, comme la construction d’éoliennes, de lignes de transport ou de la nouvelle centrale à Gull Island.
Un autre grand projet
Joël Lightbound dit avoir « fait valoir l’importance d’en arriver à une entente » dans ce dossier, pour représenter les valeurs environnementales du Québec et son expertise en matière hydroélectrique. Il ne nie pas que l’ex-dirigeant d’Hydro-Québec Michael Sabia participait aussi au projet, en tant que greffier du Conseil privé.
« Tout le monde aux plus hautes instances de la fonction publique [s’est] inscrit [à l’effort] », relate celui qui est aussi ministre des Services publics et de l’Approvisionnement du Canada. C’est principalement son collègue ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Tim Hodgson, qui a joué le rôle d’intermédiaire entre les deux provinces.
Le fédéral doit aussi inscrire l’ouvrage au Bureau des grands projets, dans l’idée d’accélérer les évaluations, la délivrance de permis et les consultations. Le gouvernement Carney y tient pour réaliser sa promesse de doubler la production électrique du pays d’ici 2050.
Le chef du Parti conservateur du Canada, Pierre Poilievre, a récemment déclaré qu’il était préférable qu’Ottawa se tienne loin des discussions afin de laisser les deux provinces s’entendre entre elles. « Mark Carney finance Terre-Neuve avec l’argent des Québécois pour acheter une entente. Le Parti québécois en disposera », a pour sa part fait valoir le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, sur ses réseaux sociaux.
Irrationnel d’y renoncer
Même si la première ministre Christine Fréchette a lâché lundi que seule la Coalition avenir Québec pourrait réaliser le projet, Ottawa estime plutôt qu’aucun autre gouvernement à Québec n’oserait y renoncer.
Le ministre Lightbound va jusqu’à dire qu’il ne serait « pas rationnel » de déchirer l’entente, qui n’est pas encore définitive. « Qui, à Québec, peut me dire où il serait possible d’aller chercher cette énergie ailleurs ? [Ce projet], lorsque j’aurai expiré mon dernier souffle, il va continuer. C’est pour des générations à venir. »
Son patron, le premier ministre Mark Carney, a présenté lundi les projets hydroélectriques sur le fleuve Churchill comme une façon de protéger l’économie des caprices du commerce avec les États-Unis. Il a même promis de traduire le slogan de Jean Lesage, « Maîtres chez nous », au président Donald Trump dès cette semaine.
Son enthousiasme lui a fait dire que l’annonce de lundi était plus importante pour les Canadiens que l’issue des négociations commerciales en cours, malgré le risque que des droits de douane de 50 % sur certains produits entrent en vigueur dès mercredi.