Allemagne : pourquoi l’AfD s’impose en Saxe-Anhalt
La victoire historique de l'extrême droite en Saxe-Anhalt confirme l'ancrage de l'AfD dans l'est de l'Allemagne. Pour la politologue Bénédicte Laumond, ce succès s’explique notamment par "le sentiment identitaire spécifique" qui s’est développé chez les habitants de l’ancienne Allemagne de l’Est.
La victoire historique de l'extrême droite en Saxe-Anhalt confirme l'ancrage de l'AfD dans l'est de l'Allemagne. Pour la politologue Bénédicte Laumond, ce succès s’explique notamment par "le sentiment identitaire spécifique" qui s’est développé chez les habitants de l’ancienne Allemagne de l’Est.
Avec près de 44% des voix, l'AfD a remporté dimanche les élections régionales en Saxe-Anhalt, réalisant son meilleur score dans un scrutin régional allemand. Le parti d'extrême droite obtient 39 des 83 sièges du Parlement régional, à seulement trois de la majorité absolue.
Ce résultat ne signifie toutefois pas que la majorité des habitants de ce Land de l'ancienne Allemagne de l'Est soutient l'AfD, estime Bénédicte Laumond, maîtresse de conférence en sciences politiques à l'Université de Versailles et spécialiste de l'Allemagne. "Plus de la moitié des électeurs n'ont pas voté pour l'AfD", rappelle-t-elle mardi dans l'émission Tout un monde de la RTS.
Mais pour la chercheuse, le succès du parti ne peut plus être réduit à un vote de contestation. "Le vote AfD constitue désormais un vote d'adhésion."
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Mobiliser une identité est-allemande
L'AfD est notamment parvenue à mobiliser des électeurs qui s'abstenaient jusqu'ici. En Saxe-Anhalt, environ 170'000 abstentionnistes se sont tournés vers le parti.
Pour expliquer une telle mobilisation, la politologue met en avant le travail mené par l'AfD dans les Länder de l'Est. Le parti s'appuie sur "le sentiment identitaire spécifique" des habitants de l'ancienne Allemagne de l'Est et sur leur trajectoire historique. Il leur redonne ainsi, selon elle, "une certaine fierté à être Allemand de l'Est" et une "spécificité" dans l'arène politique.
Quand on vote pour un parti d'extrême droite, on vote aussi pour des programmes qui sont ethnocentristes
La chercheuse souligne toutefois qu'il ne faut pas oublier le contenu du programme de l'AfD. "Quand on vote pour un parti d'extrême droite, qu'on soit en Allemagne ou ailleurs en Europe, on vote aussi pour des programmes qui sont ethnocentristes", avec notamment des "stéréotypes très souvent xénophobes, racistes", rappelle-t-elle. Une dimension importante qui, selon elle, "a tendance parfois à disparaître des discussions, en tout cas dans les médias, à mesure que ces partis atteignent des scores importants".
>> Ecouter la revue de presse après la victoire de l'AfD en Saxe-Anhalt :
KEYSTONE - KAY NIETFELD
Une AfD qui ne s'est pas "dédiabolisée"
Autre particularité du parti allemand: contrairement au Rassemblement national en France ou à Fratelli d'Italia en Italie, l'AfD n'a pas véritablement entrepris de stratégie de "dédiabolisation" souligne Bénédicte Laumond.
La chercheuse l'explique par l'histoire particulière de l'extrême droite allemande depuis 1945. Les politiques mises en place après la Seconde Guerre mondiale pour combattre les mouvements extrémistes ont longtemps rendu difficile l'implantation de partis d'extrême droite.
L'Allemagne, contrairement à la France, a une scène culturelle d'extrême droite beaucoup plus violente
Cette mouvance s'est donc davantage développée en dehors du jeu partisan, notamment dans des associations et des groupes néonazis. L'Allemagne a ainsi conservé, selon la chercheuse, une "scène culturelle d'extrême droite beaucoup plus importante, beaucoup plus extrémiste, beaucoup plus violente" que dans plusieurs pays voisins.
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Propos recueillis par Cédric Guigon/hkr