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Collection, quand tu nous tiens !. À Illtal, c’est sans mesure que Denis Pflieger empile les doubles-mètres !

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Une belle maison à colombages au centre d’Illtal abrite une collection pour le moins inattendue : celle de Denis Pflieger, qui depuis plus de trente ans, accumule des doubles-mètres pliants. Menuisier de son état, l’artisan a transformé ce banal outil de travail en objet de collection. Il récupère également les rabots anciens en hommage au savoir-faire des charpentiers, menuisiers et ébénistes.

Noëlle Blind-Gander -

Aujourd’hui à 07:15

Le menuisier-ébéniste Denis Pflieger a commencé à ranger sa collection de doubles-mètres pliants sur des panneaux d’exposition qu’il a fabriqués et qui prendront place dans une salle de détente.  Photo Antonin Utz
Le menuisier-ébéniste Denis Pflieger a commencé à ranger sa collection de doubles-mètres pliants sur des panneaux d’exposition qu’il a fabriqués et qui prendront place dans une salle de détente.  Photo Antonin Utz

Lorsque Denis Pflieger annonce « collectionner des mètres », on en reste d’abord interloqué. Comment ça ? Et de développer qu’il rassemble depuis plus de trente ans des doubles-mètres pliants siglés. Parfois, il en retrouve même glissés dans sa boîte aux lettres par des anonymes qui ont eu vent de sa passion et qui ont à cœur d’étoffer sa collection.

S’il explique avoir eu pas mal de doubles parmi ses doubles-mètres et en avoir redistribué bon nombre à droite et à gauche, Denis Pflieger n’a pas eu l’occasion jusqu’à présent, de faire des échanges avec un autre collectionneur. Pour autant, c’est bien un ancien collectionneur qui l’a embarqué dans cette quête originale : « Un jour, sur un chantier, un maçon m’a subtilisé le double-mètre que j’avais dans ma poche arrière pour compléter sa collection, l’idée m’a plu », se souvient-il.

Menuisier - ébéniste de formation, il travaille en Suisse voisine. Spécialiste de la pose du parquet, son travail y a même été distingué un jour par un premier prix. En tout cas, ayant l’occasion de faire des déplacements dans tout le pays, le collectionneur explique repérer les différentes camionnettes de société présentes sur ses chantiers pour demander l’objet de ses désirs auprès de celles dont les noms manquent à sa collection. « J’ai une bonne mémoire, dit-il, et je garde tous les doubles-mètres d’une même entreprise du moment que l’écriture de l’inscription, la couleur de fond ou encore le logo changent. »

Au départ, les doubles-mètres se sont retrouvés accrochés aux poutres de son atelier à la maison mais celles-ci ne suffisant plus pour les accueillir, ils ont fini dans des caisses pendant des années. Suite à une opération l’hiver dernier, Denis Pflieger a mis sa convalescence à profit pour commencer à compter et à trier ses trésors. « Je les ai répartis sur la terrasse, à l’arrière de ma maison, par ordre alphabétique sinon je ne m’en sortais pas, ça m’a pris trois à quatre semaines, il y en a 3 200 ! »

Des panneaux d’exposition adaptés

Mais surtout, le menuisier a imaginé un nouveau moyen de les présenter en fabriquant des panneaux en bois sur lesquels les doubles-mètres sont superposés, toujours par ordre alphabétique, et maintenus de chaque côté par des glissières. Il a fallu parfois raboter un peu les bords de certains d’entre eux présentant une légère différence de longueur, de l’ordre de 2 mm, par rapport au plus grand nombre… À terme, ces panneaux sont appelés à décorer les murs d’une salle de détente et de loisirs que Denis Pflieger est en train d’aménager dans une partie de sa grange.

« Un panneau peut contenir une centaine de doubles-mètres, j’en ai environ 950 d’exposés et il me reste encore cinq à six panneaux à faire pour caser le reste », calcule-t-il en cet été venu. C’est avec un grand sourire qu’il parcourt du regard sa paroi de panneaux de doubles-mètres fourmillant de couleurs, de logos et de lettrages variés et témoignant d’une riche palette d’activités outre-Rhin mais aussi en France, dont certaines disparues aujourd’hui.

Un petit intrus…

S’il ne se rappelle pas du premier double-mètre de sa collection, le dernier reçu, il s’en souvient très bien : c’est paradoxalement celui d’un ami proche et d’un voisin, l’entreprise de terrassement Encer de Roppentzwiller. Parmi les raretés, il montre un exemplaire décoré de joueurs de foot avec l’inscription Deutschland 2006 (coupe du monde ), un autre, tout noir, arbore le terme « Schwarzarbeiter » (travailleur au noir). Il a également un double-mètre à son nom, offert par son épouse, et un double-mètre géant en bois, long en réalité de trois mètres ! Seul petit « intrus » dans l’histoire mais auquel le collectionneur tient tout autant, un ancien mètre-ruban en cuir.

Bois ou plastique, chaque matériau à ses avantages et ses inconvénients pour un double-mètre. L’artisan illtalois plébiscite le « Schwedermeter » « qui ne gondole pas et ne se replie pas intempestivement ». Fabriqué en bois de bouleau blanc de Suède à croissance lente, il représente en effet le haut du panier de ces instruments de mesure en raison de sa souplesse, de sa légèreté et de sa robustesse.

Un double-mètre pliant à l’effigie de la coupe du monde 2006, issu de la collection de Denis Pflieger. Photo Antonin Utz

D’où vient le double-mètre ?

La découverte de la collection de Denis Pflieger est l’occasion de s’interroger sur l’origine du double-mètre. C’est le moment de se rappeler que le système métrique décimal a été adopté en France le 7 avril 1795 (18 germinal an III), la référence de l’unité de longueur ayant elle-même été créée le 26 mars 1791.

L’unité de mesure du mètre a été définie comme la dix-millionième partie de l’arc du méridien terrestre compris entre le pôle Nord et l’équateur terrestre. Le Bureau international des poids et mesures a établi en 1889 le prototype international du mètre comme étant la distance entre deux lignes tracées sur un étalon composé de 90 % de platine et de 10 % d’iridium.

En 1960, les progrès techniques dans la mesure des ondes lumineuses ont permis d‘établir une norme indépendante de tout objet physique. Aujourd’hui, le mètre est lié par une formule à une constante fondamentale, la vitesse de la lumière.

Le terme « double-mètre » est apparu au cours du XIXe  siècle avec la démocratisation des instruments de mesure pliants pour les artisans (Sources : Wikipédia).

Denis Pflieger collectionne les rabots de charpentier, de menuisier et d’ébéniste, en marque de profond respect pour l’artisanat du bois.  Photo Antonin Utz

Les rabots de la mémoire

S’il collectionne des doubles-mètres depuis trente ans, Denis Pflieger a aussi entamé plus récemment une collection de rabots manuels en hommage au travail des artisans d’autrefois, des outils qu’il chine dans les marchés aux puces et les brocantes en France et outre-Rhin. Il a amassé une quarantaine de pièces jusqu’à présent, des rabots de charpentier et de menuisier, varlope, rabot à feuillure, rabot à moulure etc. Il est content notamment d’avoir déniché un rabot de charpentier, une grande pièce munie de deux fers, utilisable en double sens. « Je collectionne ces rabots pour le simple plaisir de les regarder, par respect pour les anciens, pour le travail qu’ils ont effectué avec », confie-t-il.

Les métiers du bois font l’identité de sa famille, son père était menuisier, son fils l’est également et le grand-père de son épouse, Albert Jelsch, était sculpteur sur bois. Denis Pflieger conserve d’ailleurs soigneusement les outils de cet aïeul, acquis à l’époque à Paris. Dotés de fers diversifiés et tranchants, ils sont de grande qualité et le menuisier souhaite les utiliser à son tour à l’heure de la retraite. Marie-Thérèse, son épouse, garde tout aussi précieusement quelques-unes des réalisations de son grand-père, montrant par exemple un plateau de fruits, - pommes, poire, banane, noix -, quasiment aussi vrais que nature !

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