Climat. Après un été de tous les records, faut-il s’attendre à une hausse des primes d’assurance ?
Canicules, sécheresse historique, violents orages, plus de 96 000 hectares ravagés par des feux de forêts, et même une tornade dans l’Aude : l‘été 2026 a été marqué par une succession d’événements climatiques e...
Canicules, sécheresse historique, violents orages, plus de 96 000 hectares ravagés par des feux de forêts, et même une tornade dans l’Aude : l‘été 2026 a été marqué par une succession d’événements climatiques extrêmes. Et ce n’est pas fini, puisque la chaleur perdure sur la moitié sud du pays. Ces événements pourraient bien peser directement sur le budget des ménages, car ils augmentent le nombre de sinistres pris en charge par les assurances.
La Caisse centrale de réassurance (CCR) a indiqué dans ses résultats du premier semestre 2026 s’attendre à des conséquences « très significatives » de la sécheresse sur la sinistralité retrait gonflement des argiles (dégâts matériels subis par les bâtiments en raison des variations de volume des sols argileux). « Les effets ne seront pas immédiats car les fissures apparaissent souvent l’année suivante ou dans les deux années qui viennent », précise Olivier Moustacakis, directeur général d’Assurland.com, un comparateur d’assurances.
Une hausse attendue dans un contexte tendu
Les incendies comptent déjà parmi les sinistres les plus coûteux pour les assureurs, car il faut parfois reconstruire entièrement une maison. Contrairement à d’autres phénomènes naturels (inondations, sécheresse, séismes…), ils ne relèvent pas du régime d’indemnisation des catastrophes naturelles* mais des garanties prévues dans les contrats. « Il va y avoir un impact sur les assureurs lorsque des bâtiments ou entreprises sont touchés. En revanche, la plupart des forêts ne sont pas assurées donc il n’y a pas d’impact », explique Olivier Moustacakis. Mi-août, l’agence Fitch Ratings a ainsi estimé que l’impact des incendies de l’été devrait rester limité sur les résultats des assureurs. « Ce n’est pas un choc de marché par rapport à la sinistralité globale », confirme le directeur général d’Assurland.com.
Dans le Sud-Ouest, plusieurs habitations ont été ravagées par les feux de forêt. Photo Sipa/Ugo Amez
Ces événements interviennent dans un contexte de tension pour les assureurs. « La sinistralité climatique pèse de plus en plus fort et provoque énormément de dégâts. Il y a aussi des facteurs structurels comme le coût des matériaux qui a flambé avec la crise énergétique, le coût de la main-d’œuvre, la matière assurable qui est plus chère avec les équipements connectés… », liste Olivier Moustacakis. Une hausse des cotisations « est certaine » en 2027, juge donc l’expert. « Dans quelle proportion sera-t-elle ? On aura une vision plus précise début décembre », ajoute-t-il. « Je ne serais pas choqué que l’on ait des augmentations entre 10 et 15 % l’année prochaine », a de son côté estimé sur Europe 1 Ralph Ruimy, président de l’assurance en ligne Acheel.
Entre 2025 et 2026, les tarifs d’assurance habitation ont déjà grimpé de 13 % en moyenne, selon le baromètre Assurland.com publié mi-juillet. Le coût moyen d’une assurance habitation s‘établit désormais à 310 euros par an. La hausse a été encore plus conséquente dans certaines régions, comme la Nouvelle-Aquitaine (+20,2 %), la Bourgogne-Franche-Comté (+19 %) et le Grand Est (+17,9 %). « Ce sont celles qui ont été le plus touchées par la sinistralité climatique qui augmentent le plus en proportion », note Olivier Moustacakis.
Le climat pèse de plus en plus
La situation devrait empirer ces prochaines années. « On va vers une augmentation régulière des primes concernant l’habitation », confirme auprès de Libération Yann Arnaud, directeur des assurances dommages de la Macif. La CCR estime que la sinistralité augmentera de 40 % à l’horizon 2050 sous l’effet du changement climatique. Et selon l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable, le risque incendie va s’étendre à de nouvelles régions dans les prochaines années.
Ces deux facteurs devraient donc encore faire grimper la facture de 58 % d’ici à 2050, estime une étude du courtier d’assurances Réassurez-moi, parue fin juillet. Les primes d’assurance habitation pourraient s‘élever à 744 euros par an en moyenne à cette échéance, estime l’étude. Olivier Moustacakis encourage donc les particuliers à prendre l’habitude, dès maintenant, de faire jouer la concurrence. « L’assurance est un marché extrêmement concurrentiel. Quand vous êtes assurés depuis deux ou trois ans chez le même assureur, ça vaut la peine de faire un tour du marché pour voir s’il n’y a pas un tarif plus intéressant pour le même niveau de garantie. On peut changer très facilement d’assureur sans avoir à motiver votre résiliation et c’est le nouvel assureur qui va s’occuper des formalités de résiliation », rappelle-t-il.
* Il s’agit d’un dispositif français qui repose sur la solidarité nationale. Tous les assurés contribuent via une surtaxe obligatoire sur les assurances de biens, ce qui permet de couvrir certains événements naturels lorsque l’état de catastrophe naturelle est reconnu.