“Charge de travail extrême”, “Surveillance constante” : les conditions de travail chez Amazon inquiètent avant une possible implantation en Wallonie
L'offensive est impressionnante. Cet été, Amazon a annoncé qu'il allait investir plus de 10 milliards d'euros dans son réseau de centres de distribution en Europe. Le géant américain – qui emploie déjà plus de ...
L'offensive est impressionnante. Cet été, Amazon a annoncé qu'il allait investir plus de 10 milliards d'euros dans son réseau de centres de distribution en Europe. Le géant américain – qui emploie déjà plus de 150 000 personnes dans l'Union européenne et y livre des millions de colis par an – prévoit ainsi de créer 25 000 nouveaux emplois sur le Vieux Continent. La Belgique est concernée. Amazon a promis d'investir un milliard d'euros dans notre pays entre 2025 et 2027.
Et cela pourrait passer par la construction d'un centre de distribution à Farciennes (Hainaut), en Wallonie, après celui d'Anvers ouvert fin 2022. Un projet wallon que n'a toutefois pas (encore) confirmé Amazon. "Mais nous sommes toujours à la recherche d'opportunités pour nous agrandir", nous explique James Waterworth, directeur des affaires publiques européennes pour l'entreprise.
"Même les socialistes sont heureux"
"Je sais qu'il y a un projet d'investissement en Wallonie mais je ne connais pas les détails, explique, de son côté, le ministre fédéral de l'Économie, David Clarinval (MR). Je me réjouis en tout cas de voir que même mes collègues socialistes sont heureux qu'on investisse chez eux."
La région de Charleroi pourrait attirer un deuxième géant américainOn parle de la création de 120 emplois avec la construction de cet entrepôt. Mais dans quelles conditions travailleront les futurs ouvriers wallons ? C'est la question que se posent plusieurs députés européens qui dénoncent certaines pratiques du mastodonte de la logistique. "Nous avons reçu des témoignages faisant état de charges de travail extrêmes, d'une surveillance numérique constante ainsi que d'un personnel poussé jusqu'à ses limites physiques et mentales, explique Liesbet Sommen (CD&V et PPE). C'est profondément alarmant".
Gestion algorithmique qui pose question
L'élue belge fait partie des sept eurodéputés qui partiront, lundi prochain, en "mission d'enquête" dans les entrepôts du géant américain en Allemagne et en Pologne. "Le but sera notamment d'examiner les recours par Amazon à la gestion algorithmique, à l'intelligence artificielle et aux méthodes antisyndicales", expliquent les élus dans un communiqué.
Amazon dépasse pour la première fois les 3.000 milliards de dollars de capitalisation boursièreD'après eux, les dirigeants de l'entreprise "continuent de nier les graves témoignages faisant état de la robotisation des travailleurs et d'une surveillance intrusive dans leurs entrepôts". Pour la présidente de la commission de l'emploi du Parlement, Li Andersson (La Gauche), "Amazon doit rendre des comptes pour des pratiques qui ne respectent pas les normes européennes en matière de conditions de travail".
"Visite de 2000 politiques et journalistes"
Mais l'enquête ne fait pas trembler du côté américain. "Les gens parlent beaucoup et je vous invite à venir voir vous-même ce qu'il se passe dans nos entrepôts, nous répond James Waterworth. On a déjà eu la visite de près de 2000 politiques et autres journalistes et ils ont pu constater les très bonnes conditions que nous offrons à nos travailleurs. On est Amazon, une très grande entreprise, et il est normal que des députés s'intéressent à nos travailleurs. Mais je suis certain que cette délégation va revenir impressionnée de sa visite".
Sur le sujet, David Clarinval est clair : "Comme toute entreprise active sur le territoire belge, si on constate que les conditions de travail ne sont pas respectées chez Amazon, il y aura des sanctions".
Retrait du badge des lobbyistes
En fait, cela fait plusieurs années qu'Amazon est dans le collimateur des élus. Durant la pandémie du Covid-19, plusieurs eurodéputés avaient déjà dénoncé les "conditions dangereuses" dans les entrepôts européens, notamment le manque d'équipements de protection. En 2023, une première mission d'information, en Allemagne et en Pologne, avait été annulée par l'entreprise créée par Jeff Bezos "au dernier moment".
Amazon mise plus d'un milliard sur la Belgique d'ici 2027 : "On va également continuer à investir dans les talents belges"Les tensions s'étaient accrues après le refus du colosse du commerce en ligne de se présenter aux auditions de la commission de l'emploi de l'institution européenne.
Le Parlement avait alors retiré, en février 2024, les badges d'accès des lobbyistes d'Amazon. Une mesure extrêmement rare. Ce n'est que la deuxième fois que cela arrive, selon les eurodéputés. Toujours d'après eux, Amazon consacre aujourd'hui près de 10 millions d'euros au lobbying direct à Bruxelles, soit une hausse de 414,3 % depuis 2020, selon Corporate Europe Observatory.
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