Changement climatique: la sécheresse des sols est 11 fois plus probable en Belgique
Le changement climatique d'origine humaine a rendu la sécheresse des sols environ onze fois plus probable en Belgique, ressort-il d'une étude publiée jeudi par le réseau scientifique World Weather Attribution (WWA).
Les chercheurs se sont focalisés sur deux grandes zones européennes. La Belgique a été intégrée à la région orientale, qui s'étend approximativement jusqu'à la Pologne et comprend également les Pays-Bas, le Danemark, l'Estonie et la Slovénie. Dans cette zone, les conditions observées au cours des six derniers mois sont devenues environ onze fois plus probables sous l'effet du changement climatique.
Dans la région occidentale, qui inclut l'Angleterre, le pays de Galles, l'Espagne, le Portugal, la France et l'Italie, les sécheresses agricoles sont, elles, devenues environ cinq fois plus probables.
Le changement climatique aggrave les sécheresses en modifiant les régimes de précipitations, mais surtout en accentuant l'évaporation sous l'effet de la chaleur. Les températures record qui frappent l'Europe cette année assèchent les sols et accélèrent l'évaporation de l'eau présente dans les rivières, les lacs et les réservoirs.
Le réseau WWA a notamment analysé l'évolution des précipitations, de l'humidité des sols et de l'évapotranspiration potentielle (ETP), un indicateur de la "soif" de l'atmosphère, autrement dit de sa capacité à absorber l'humidité.
En Europe occidentale, le manque de pluie observé entre avril et juin ne peut pas être clairement attribué au changement climatique. En revanche, les conditions favorisant une forte évaporation sous l'effet de la chaleur y sont devenues environ 80 fois plus probables. Dans la région orientale, entre janvier et juin, elles sont devenues environ 40 fois plus probables.
Des déficits de précipitations comparables à ceux observés cette année auraient autrefois entraîné des sécheresses moins sévères. La chaleur supplémentaire extrait toutefois plus rapidement l'humidité des sols, ce qui en aggrave les effets.
"La chaleur extrême est en train de devenir le principal moteur des sécheresses sur le continent", souligne Sarah Kew, climatologue à l'Institut royal météorologique des Pays-Bas.
Alors que l'été est encore loin d'être terminé, les vagues de chaleur et le manque d'eau ont déjà provoqué des pertes agricoles, des incendies et des niveaux historiquement bas dans plusieurs cours d'eau. Les agriculteurs français pourraient notamment connaître leur pire récolte de maïs depuis 50 ans, tandis que plus d'un million d'hectares de cultures auraient été perdus en Roumanie.
La baisse du niveau des fleuves perturbe également le transport fluvial et menace la production d'énergie. Les pertes agricoles et les tensions sur l'eau et l'énergie risquent en outre de faire grimper les prix des produits de première nécessité, au détriment surtout des ménages à faibles revenus.
Les scientifiques avertissent que ces phénomènes surviennent alors que le réchauffement mondial atteint déjà environ 1,4 °C. À 2,8 °C de réchauffement, la probabilité de telles conditions d'évaporation pourrait encore doubler.
Les auteurs regrettent enfin que les plans de gestion de la sécheresse ne soient pas obligatoires dans l'Union européenne et que le degré de préparation varie fortement d'un pays à l'autre.