Championnats du monde de cyclisme : Remco Evenepoel et Wout van Aert n’avaient “pas de bonnes jambes”
Ah qu'elle est belle, la petite reine lorsqu'elle se pare de ses plus beaux atouts ! Elle avait choisi Montréal pour faire la cour aux esprits chagrins, fatigués par la domination outrancière exercée depuis deu...
Ah qu'elle est belle, la petite reine lorsqu'elle se pare de ses plus beaux atouts ! Elle avait choisi Montréal pour faire la cour aux esprits chagrins, fatigués par la domination outrancière exercée depuis deux ans par un glouton slovène. Comme il n'était pas là, elle avait décidé de séduire tous ceux qui la suivent, toute l'année, aux quatre coins du monde.
Depuis que Tadej Pogacar, le corps abîmé par une très lourde chute sur la Vuelta (le 29 août), avait dû renoncer à se battre pour conserver sa couronne, les prédictions allaient dans tous les sens. Tantôt, on promettait un succès autoritaire pour Remco Evenepoel, aérien une semaine plus tôt lors du chrono et qui rêvait de devenir le tout premier de l'histoire à doubler contre-la-montre et course en ligne au niveau mondial. Tantôt, on espérait que Wout van Aert refasse le coup de Paris-Roubaix et donne à sa carrière l'éclat arc-en-ciel qu'on lui promettait depuis son plus jeune âge.
Championnats du monde de cyclisme : Brandon McNulty crée la sensation au terme d'une course folle, déception pour les BelgesAu final, les deux leaders belges ont dû se contenter des miettes. Remco Evenepoel, 12e, a trop longtemps fait le yoyo dans une course cinq étoiles. Il n'avait pas les jambes suffisantes pour s'imposer. Le dernier vainqueur dans l'Enfer du Nord, non plus. Mais il aurait dû être plus costaud que jamais pour mener à bien l'entreprise qu'il lança avec Mathieu van der Poel à 88 bornes de l'arrivée. Ces deux gars-là mirent le feu aux poudres, donnant réellement le grand départ d'une course qui s'avérera complètement folle. Quinze kilomètres plus tard, van Aert, épuisé par le rythme d'enfer imprimé par le Néerlandais, dut se rendre à l'évidence : il ne se mêlerait pas à la lutte pour la victoire.
"Quand Mathieu a ouvert la course, j'ai senti que c'était le bon moment pour aller avec lui, expliquera le Campinois, dont c'était la dernière course cette année sous les yeux de sa famille, venue jusque-là. J'avais des bonnes jambes, mais pas super super… La preuve, c'est que je n'ai pas pu tenir très longtemps. Ce n'était évidemment pas la course dont je rêvais."

Il était parti tôt, comme il fallait s'y attendre, alors qu'Evenepoel devait attendre les deux derniers tours du circuit, à quelque trente bornes de la ligne, pour essayer à son tour. Mais voilà, celui qui gagna cette course en 2022 en Australie n'affichait pas les mâchoires carnassières des champions convaincus qu'ils croqueront tout sur leur passage. Contraint à un abandon rapide, Thibau Nys avait lancé l'alerte. "Remco ne se sent pas très bien", avait-il dit.
Wout van Aert et Remco Evenepoel réagissent à leur "jour sans" au championnat du monde : "J'ai vite senti que ce ne serait pas ma journée"Le quadruple champion du monde du chrono confirma cette impression. "Dès le premier tour, j'ai compris que je n'étais pas dans un grand jour. Ce n'était vraiment pas de chance que ça arrive à ce moment-là, mais ce n'est pas une excuse, dit-il. Ce sont des choses qui arrivent. C'est dommage, mais tant pis. Je me suis accroché pour essayer de faire une place d'honneur parce que ça reste les championnats du monde."
Si le collectif belge, présenté comme l'armada à battre, n'aura donc pas pesé sur les débats, on ne peut en dire autant de la formation américaine. La masterclass distillée par le trio Simmons-Jorgenson-McNulty est à montrer dans toutes les écoles de cyclisme.
Si le premier a empêché van der Poel de partir seul quand le Batave semblait le plus fort, le second a fait un incroyable boulot dans le groupe lancé à la poursuite de McNulty. "On a fait un boulot incroyable. Je crois que beaucoup de gars ont été frustrés parce que je sautais dans leurs roues, rit le coureur de Visma | Lease a bike. On avait établi un super plan et il a fonctionné à la perfection."
Championnats du monde de cyclisme : "Un miracle s'est produit" pour Brandon McNulty, sacré champion du mondePour preuve, le Team USA classe finalement trois des siens dans le top 8 : Jorgenson termine 8e, Simmons 4e et McNulty a atteint le Graal. Parti à 32 bornes de l'arrivée, celui qui est habituellement le fidèle lieutenant de… Pogacar a conservé 13 secondes d'avance au final sur Matthews (2e) et van der Poel (3e). Vainqueur du Grand Prix dans la même ville il y a un an, McNulty n'a, cette fois, pas eu besoin de la permission du Slovène.
"En ce moment, je ne réalise pas vraiment, a-t-il réagi à chaud. J'ai voulu savourer durant les 300 derniers mètres, mais j'étais mort (sic). On savait depuis des semaines que l'on avait une équipe très forte. Avant le départ, j'ai fait une blague à ma femme en lui disant qu'un miracle se produirait peut-être. Il a eu lieu."
Troisième Américain sacré champion du monde parmi les élites, McNulty s'est illustré dans son registre, celui de gros rouleur capable de rester longtemps devant. Le podium complet montre également que les puncheurs-rouleurs ont pris le dessus sur les grimpeurs.
Parmi eux, Isaac Del Toro et Paul Seixas (15e) ont longtemps semblé être les plus forts. Mais il y avait un tour de trop pour le prodige français, victime de violentes crampes dans les derniers kilomètres. "J'ai fait une erreur de débutant, expliqua Seixas. Je ne suis pas assez alimenté durant la course. Je n'avais jamais eu des crampes sur le vélo. Je suis très déçu parce que je n'ai pas été le leader que mes équipiers méritaient."
Le Mexicain (5e), lui, a fini par payer ses multiples accélérations.
Si le maillot arc-en-ciel sera porté par un Américain les douze prochains mois et que Remco Evenepoel va se remobiliser pour un championnat d'Europe qu'il veut gagner dimanche prochain en Slovénie, la petite reine nous a bien gratifiés d'un spectacle passionnant. Même si le parcours faisait 270 km, celui qui est parvenu à faire la sieste devant son petit écran devait être vraiment fatigué. Parce qu'on ne s'est pas ennuyé une minute.
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