“Ceux qui prenaient des taxis doivent maintenant les conduire”: face à l’explosion de “l’économie des petits boulots”, la Chine va renforcer les droits des 84 millions de livreurs de repas ou de chauffeurs VTC
Un projet de loi prévoit que les 84 millions de travailleurs des plateformes comme Didi ou Alibaba aient désormais droit à un salaire minimum, une majoration pour les jours feriés et davantage de repos. L'économie des "petits boulots" a considérablement augmenté en Chine et concerne de plus en plus...
"Ceux qui prenaient des taxis doivent maintenant les conduire": face à l’explosion de "l'économie des petits boulots", la Chine va renforcer les droits des 84 millions de livreurs de repas ou de chauffeurs VTC
Publié aujourd'hui à 07h57
Lire dans l'appUn projet de loi prévoit que les 84 millions de travailleurs des plateformes comme Didi ou Alibaba aient désormais droit à un salaire minimum, une majoration pour les jours feriés et davantage de repos. L'économie des "petits boulots" a considérablement augmenté en Chine et concerne de plus en plus des jeunes diplômés de l'enseignement supérieur.
Les 84 millions de travailleurs des plateformes en Chine (VTC, livraison de repas...) devraient bénéficier de protections sociales renforcées grâce à un projet de réglementation imposant notamment la signature de contrats de travail. Ces travailleurs bénéficient généralement de peu de protections et effectuent souvent de longues heures pour une rémunération jugée modeste au regard du temps investi.
Un texte rendu public jeudi par le ministère des Ressources humaines et de la Sécurité sociale exige des plateformes internet qui "recrutent, organisent et encadrent des travailleurs" qu'elles reconnaissent formellement cette relation de travail. Selon les nouvelles règles, les travailleurs des plateformes auront droit à un salaire minimum, à une majoration de paie pour le travail les jours fériés et à un "repos approprié", sans pour autant bénéficier des mêmes droits que les travailleurs du secteur formel.
"Le gouvernement a enfin pris des mesures, qui n'ont que trop tardé, concernant les problèmes de sécurité professionnelle des travailleurs qui n'ont pas établi de relations de travail claires", estime He Wenjiong, professeur à l'université du Zhejiang, spécialiste de la sécurité sociale, dans le South China Morning Post.
Les décisions de suspension ou de fermeture de comptes des travailleurs ne pourront plus être prises automatiquement par les algorithmes des plateformes, mais devront faire l'objet d'un examen humain. Ce projet est soumis à consultation publique jusqu'au 8 novembre mais, comme c'est généralement le cas en Chine, il devrait être adopté sans difficulté. Il doit avoir des conséquences positives pour les livreurs de repas, coursiers et chauffeurs de VTC.

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En Chine, le recours aux plateformes numériques est omniprésent. Commander un repas, réserver un VTC ou faire appel à une aide-ménagère ou à un réparateur à domicile fait partie du quotidien de millions de consommateurs. Le projet de nouvelles règles prévoit d'interdire aux plateformes d'inciter les travailleurs à se déclarer indépendants afin d'échapper à l'obligation de leur proposer un contrat de travail.
Nombre de ces travailleurs sont employés comme indépendants ou via des sous-traitants par les géants du secteur, comme Alibaba et Meituan (livraison de repas) ou Didi (VTC). Uber ou Deliveroo ne sont pas présents sur le marché de Chine continentale. Certains secteurs comme la livraison de repas sont marqués par une concurrence féroce et de guerres des prix entre plateformes en ligne rivales, au détriment de la rémunération des travailleurs.
Paupérisation des jeunes diplômés
L'économie des "petits boulots" est venue un rempart essentiel pour l'emploi, alors que la crise immobilière anéantit les emplois dans le secteur de la construction et que les fabricants licencient en raison de l'automatisation et des réductions de coûts, dans un contexte de droits de douane, de surcapacité et de guerres des prix.
Selon le Centre de recherche sur les nouvelles formes d'emploi en Chine, le nombre de travailleurs à la tâche devrait atteindre 320 millions de personnes cette année, soit 44% de la populaction active en Chine et à peu près la population totale des États-Unis.
Dans un contexte de fort chômage des jeunes (18,9% en août), cela concerne de plus en plus de jeunes diplômés et de cols blancs mis à rude épreuve par la faiblesse de la demande intérieure et l'adoption de l'IA.
"La proportion est extrêmement élevée. Ce phénomène ne se limite plus aux migrants ruraux et s'est étendu à la classe moyenne et aux diplômés universitaires", observe Yang Zhan, spécialiste en anthropologie culturelle à l'Université polytechnique de Hong Kong, auprès de Reuters.
"Ceux qui prenaient des taxis doivent maintenant les conduire eux-mêmes", explique à Reuters Bao Zhang, 30 ans, ancien testeur de logiciels qui travaille désormais de 7 heures du matin jusqu'à près de minuit à Pékin pour gagner environ 6.000 yuans (796 euros) par mois après les frais de location et de recharge du véhicule.
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