thejournalofsierraleonestudies.com

Cette incroyable villa conçue par Eileen Gray à Menton va être restaurée pour devenir un lieu ouvert au public, dédié à la recherche et aux échanges culturels

Située sur les hauteurs de Menton, la villa « Tempe a Pailla » – conçue par la designer irlandaise Eileen Gray – entame un nouveau chapitre. Acquise en 2025 par l’architecte autrichien Maximilian Eisenkoeck, elle s’apprête à être restaurée. Avant de se muer en un lieu accessible au public, consacré

Moins connue que sa grande sœur implantée à Roquebrune, la villa « E-1027, l’autre création d’Eileen Gray dans les Alpes-Maritimes s’apprête à sortir définitivement de l’ombre.

Et pour cause : conçue vers 1933 sur les hauteurs de Menton, la villa « Tempe a Pailla » fait l’objet d’un vaste programme de recherche et de restauration. Après avoir été acquise, en 2025, par le jeune architecte autrichien Maximilian Eisenkoeck.

« Cette maison représentait quelque chose de très particulier pour moi, car E-1027 est l’une des réalisations les plus fascinantes du mouvement moderne, commente-t-il. J’ai découvert Tempe a Pailla en 2020. J’avais essayé de sonner pour voir si quelqu’un viendrait m’ouvrir… en vain. Puis, j’ai appris qu’elle était en vente. »

Spécialisé dans la conservation architecturale, le fondateur de l’association Tempe a Pailla n’était pas effrayé par un tel projet, grâce à une expérience fraîchement acquise.

« Nous avons travaillé sur une maison viennoise datant de la même époque – la villa Resek. Elle se trouvait dans un état désespéré mais nous sommes parvenus à la transformer en maison-musée », indique Maximilian Eisenkoeck, conscient que le travail qui attend son équipe et lui à Menton sera semblable dans la méthodologie.

Conscient, aussi, d’une réalité heureuse : peu de personnes se sont succédé entre les murs de Tempe a Pailla. Après y avoir vécu, Eileen Gray l’a en effet vendue au peintre anglais Graham Sutherland en 1954. Ce dernier ajoutera un grand atelier sur l’emplacement de l’ancien jardin mais ne modifiera pas la création en profondeur.

« Elle est ensuite devenue la maison des Ferrari – la gouvernante et sa famille. Ils avaient le droit d’y habiter, mais ils n’en étaient pas propriétaires ; par conséquent, très peu de choses ont été faites, souligne l’architecte. C’est peut-être la raison pour laquelle elle a conservé un état aussi proche de l’origine. »

Encore une année de recherches prévue

Dans le cadre des recherches, les équipes de l’association « Tempe a pailla » ont réalisé de nombreux relevés stratigraphiques.
Dans le cadre des recherches, les équipes de l’association « Tempe a pailla » ont réalisé de nombreux relevés stratigraphiques.
Oskar Artur Rozek

Maximilian Eisenkoeck le reconnaît : ses alliés et lui n’ont pas encore tout à fait cerné le lieu. « Il nous a fallu presque un an jusqu’ici, et je pense qu’il faudra encore une année de recherches avant que quoi que ce soit ne commence », assume-t-il.

Les sources sur lesquelles l’équipe s’appuie ? Beaucoup de documents proviennent du Musée national d’Irlande. Un travail est également mené avec le Centre Pompidou, le Victoria and Albert museum de Londres. Ou encore le Musée des arts appliqués de Vienne, qui avait accueilli a première exposition dédiée à Eileen Gray en 1970.

« Un livre de Jennifer Goff contient par ailleurs de nombreuses anecdotes sur Eileen Gray, puisées dans les récits de Peter Adam, un ami de longue date de l’artiste. On s’intéresse aussi aux écrits de l’architecte autrichienne Anna-Lülja Praun qui a elle aussi été son amie », note Maximilian Eisenkoeck. Précisant que les membres de Tempe a Pailla collaborent également avec l’équipe chargée de la restauration de la villa E-1027 à Roquebrune. Et notamment avec Renaud Barrès, qui a consacré une grande partie de sa vie à cette œuvre.

« Il y a aussi beaucoup de recherches sur le terrain, et nous sommes en train de constituer une base de données, complète l’architecte. Nous avons déjà effectué une grande partie de l’étude stratigraphique ; la comparaison des couches de couleur au fil du temps. » Dans l’optique d’identifier celles d’origine. De la même manière, des analyses chimiques sont réalisées pour identifier les matériaux – parfois étonnants – autrefois utilisés par Eileen Gray.

Les premiers résultats devraient être communiqués par le comité scientifique au printemps.

Faire découvrir le lieu au grand public

Si le temps des recherches est incompressible, quelques urgences devront néanmoins être réglées rapidement. « Nous avons des problèmes structurels. La partie basse de la maison a tendance à basculer. Et on remarque déjà l’apparition de nouvelles fissures et la détérioration de certains éléments », souffle Maximilian Eisenkoeck.

L’objectif à long terme consistera, quant à lui, à faire de Tempe à Pailla un centre consacré à l’architecture, au design et à la recherche.

« Je souhaite la faire découvrir aux architectes, mais aussi au grand public, tout en racontant l’histoire unique d’Eileen Gray, indique le responsable. Elle incarne tellement bien la figure d’une femme qui ne se souciait guère du regard des autres et qui a suivi sa propre voie. »

Ouvrant un classeur rempli de documents, anciennes cartes de visite et logos associés à la designer, il ajoute : « Elle avait sa propre boutique, où l’on pouvait acheter ses créations, son mobilier ainsi que les textiles qu’elle a réalisés. Nous aimerions offrir une vue d’ensemble de toute sa carrière, présenter quelques objets. »

Au rang des interrogations, il restera également à décider de l’avenir du jardin. Le terrain autour de la villa étant immense. Peut-être des citronniers y seront-ils plantés…

L’équipe entend par ailleurs restaurer la barme restée sur place. Ainsi que les cheminements imaginés par Eileen Gray. « Elle avait conçu un parcours très subtil à travers les terrasses. Mais la plupart des escaliers ont disparu, démolis lors de la construction de la maison de Graham Sutherland. »

Une équipe solide

 Maximilian Eisenkoeck, le propriétaire de la villa et initiateur du projet.
Maximilian Eisenkoeck, le propriétaire de la villa et initiateur du projet.
Alice Rousselot / Nice Matin

Pour mener à bien ce projet d’ampleur, Maximilian Eisenkoeck s’est entouré des architectes Stefan Hutterer et Claudia Borra, de l’autrice Caroline Wohlgemuth et de l’architecte restaurateur Justus Müller.

« Pour les interventions extérieures, nous faisons appel aux meilleurs spécialistes », dit-il. Précisant avoir la chance de bénéficier du soutien de Michael Likierman et de toute l’équipe de Cap Moderne.

« C’est une situation unique : vous disposez déjà d’une maison comparable, avec une équipe, du personnel, un architecte spécialisé dans la restauration et des spécialistes… le tout à seulement vingt minutes de distance ! Nous nous considérons mutuellement comme des institutions complémentaires. »

Le responsable entend par ailleurs drainer le maximum de partenaires. « Il s’agit certes d’une petite maison, mais le projet nécessite des recherches approfondies et représente un coût important. Tout dépendra des sommes que je peux encore mettre, mais si on réalise tout ce que j’ai en tête, c’est certain que j’aurai besoin de soutien… »