Cette finale de la Coupe du monde est un rendez-vous avec la légende : face à l’Espagne, Lionel Messi a l’occasion de dépasser le roi Pelé et d’entrer dans l’éternité
La Coupe du monde a rendez-vous avec la légende, ce dimanche soir, à New York, lors de la finale (21 heures), où Lionel Messi peut devenir plus grand que Pelé, mais où l'Espagne a exactement le profil pour le faire chuter à la porte de l'éternité.
Puisque la plus longue Coupe du monde de l'histoire s'achèvera dimanche soir par sa plus longue finale, deux pauses pubs qui la découperont en quatre, une mi-temps qui pourrait durer jusqu'à une demi-heure, sans oublier les hymnes des pays organisateurs qui n'avaient jamais été joués, jusque-là, une autre soumission à Donald Trump, Gianni Infantino s'excusera sûrement d'avoir glissé un peu de football au milieu.
L'ÉQUIPE
publicité
L'ÉQUIPE
publicité
C'est pourtant ce peu de foot, et lui seul, qui pourra faire entrer la 23e Coupe du monde dans la légende, et qui s'apprête à captiver 1,5 milliard de téléspectateurs - mais peut-être pas toute l'audience française, dans l'affaire, parce que l'on connaît des déçus qui n'ont pas fait leur deuil et refuseront de voir ça.
Vu de loin, Espagne-Argentine s'annonce comme le match d'une équipe contre un génie et vu de près, c'est un peu plus que cela, quand même, parce que le génie n'est pas tout seul, lui qui ne sort jamais sans sa garde prétorienne aux manières d'hommes de main, mais constituée de remarquables footballeurs, aussi, sans quoi il n'y aurait pas d'ambiguïté ni de possibilité d'un romantisme, juste de sales manières scandaleusement impunies.
L'ÉQUIPE
publicité
L'ÉQUIPE
publicité
Messi, troisième finale en douze ans
De la même façon que la finale de la Coupe du monde 1970, la plus belle de l'histoire, était celle de Pelé, face à l'Italie (4-1), la finale de la Coupe du monde 2026, globalement peu spectaculaire et d'un niveau incertain, sera celle de Lionel Messi. À 39 ans, le génial argentin se présente au pied de l'éternité, avec l'opportunité de dépasser Pelé, qui avait remporté trois Coupes du monde mais n'avait disputé que deux finales (1958, 1970, blessé en 1962).
Il se dessine un paradoxe : en regard du Brésilien, Messi avait le mérite supplémentaire d'avoir eu à être fantastique tous les trois jours, mais il lui manquait une Coupe du monde ; à l'aube de sa troisième finale en douze ans, il a la possibilité de surpasser le Roi, alors qu'il n'est plus capable d'être un footballeur comme les autres pendant toute l'année ni de disputer cinquante matches de haut niveau. Mais une Coupe du monde en trente-cinq jours peut concentrer l'essentiel de son art, au coeur d'une équipe entièrement organisée autour de son génie en marche.
Il y a des règles pour les Argentins et des règles pour les autres
Il n'existe aucun autre exemple, dans l'histoire de l'épreuve, d'un crépuscule aussi fascinant et magnifique, dont l'éclat peut être terni, ce dimanche soir, par un soupçon et une adversité. Le soupçon est toujours le même, depuis 2022 : on peut trouver admirable ce que fait l'Argentine avec le ballon, et avec son coeur, et juger détestable ses méthodes et l'impunité organisée autour d'elle. Il n'y a pas de complot, mais des impunités successives qui ne sont pas sans conséquences : il y a des règles pour les Argentins et des règles pour les autres.
Puisqu'ils ne prennent jamais de carton en proportion de leur violence, comme l'agression d'Enzo Fernandez sur Elliot Anderson, en demi-finales contre l'Angleterre (2-1), ils ont droit de faire trois fois plus de fautes que les autres pour les intimider physiquement et briser chaque action offensive. Une fois qu'ils les ont usés de la sorte, ils peuvent commencer à montrer le meilleur d'eux-mêmes, et à partir de cet instant leur manière habitée de refuser la défaite et de tout renverser est fascinante. Mais l'Argentine est un finaliste magnifique et protégé, et ces deux faits sont liés.
Il est possible qu'on voie les Espagnols plus beaux qu'ils ne sont
L'adversité, pour le champion du monde en titre, sera considérable : voici que s'avance le champion d'Europe, après une victoire sur l'équipe de France (2-0) qui lui a valu les louanges du monde entier, comme si elles étaient transmissibles. Pour l'Argentine, il sera plus difficile de briser les attaques espagnoles, parce que l'Espagne n'attaque presque pas.

Rodri, balle au pied, entre Michael Olise et Ousmane Dembélé, mardi lors de la victoire de l'Espagne contre les Bleus (2-0). (F. Faugère/L'Équipe)
Les Espagnols sont les favoris aux yeux du monde, mais il est possible qu'on les voie plus beaux qu'ils ne sont, ou plus beaux que ne l'est leur jeu offensif : face aux Bleus, ils ont mené 2-0 après avoir attaqué trois fois, et leur supériorité, depuis un mois, vient d'un art de défendre absolument exceptionnel. L'Argentine s'est extirpée de l'Angleterre en demi-finales, parce qu'elle sait créer des moments de folie dans ses fins de matches complètement dingues, et parce que l'Angleterre avait reculé et abandonné le ballon, ce qui avait rétabli l'influence de Messi.
Cela n'arrivera pas, ce dimanche soir, parce que l'Espagne a une maîtrise technique extraordinaire, et parce qu'elle est organisée pour ne pas se découvrir, attendant le moment de l'erreur ou de la frustration de l'adversaire, ayant compris depuis longtemps que Lamine Yamal et Nico Williams n'étaient pas en état, jusque-là, de produire les mêmes étincelles qu'à l'Euro 2024. Personne n'aurait envie de voir un club jouer toute l'année de cette manière, mais le monde entier a envie de cette finale, et du dernier grand jour, peut-être, de Messi.