Cet été, je lis… Métamorphoses : « Aux origines du monde »
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Dans ce passage qui ouvre les Métamorphoses, Ovide livre un récit spectaculaire qui invite à s’interroger sur les origines du monde et sur la place de l’homme dans la création.- À propos de l’auteur Né à Sulmone, dans l’actuelle Italie, en 43 av. J.-C., Ovide est l’un des plus grands poètes de Rome. Contemporain de l’empereur Auguste, il connaît un immense succès grâce à ses poèmes amoureux avant de composer son chef-d’œuvre, les Métamorphoses. Exilé à l’extrémité de l’Empire romain en l’an 8 apr. J.-C., il continue d’écrire jusqu’à sa mort. Son influence est immense : depuis plus de deux mille ans, peintres, écrivains, musiciens et cinéastes puisent dans ses récits.
- À propos de l’œuvre Achevées vers l’an 8 apr. J.-C., les Métamorphoses rassemblent près de 250 récits mythologiques en quinze livres. Ovide y raconte l’histoire du monde depuis sa création jusqu’à son époque. Le fil conducteur est la transformation : humains changés en arbres, en fleurs, en animaux ou en constellations. L’œuvre est devenue l’une des principales sources de la mythologie gréco-romaine en Europe et continue d’inspirer la littérature, les arts et le cinéma.
- À propos du contexte historique Les Métamorphoses sont écrites sous le règne d’Auguste, à une époque où Rome domine tout le bassin méditerranéen. Héritier des traditions grecques et romaines, Ovide compose une vaste fresque poétique qui mêle légendes, réflexions philosophiques et récits merveilleux. Dès l’Antiquité, l’œuvre connaît un grand succès et devient un texte de référence pour la culture occidentale.
Avant la formation de la mer, de la terre, et du ciel qui les environne, la nature dans l’univers n’offrait qu’un seul aspect ; on l’appela chaos, masse grossière, informe, qui n’avait que de la pesanteur, sans action et sans vie, mélange confus d’éléments qui se combattaient entre eux. Aucun soleil ne prêtait encore sa lumière au monde ; la lune ne faisait point briller son croissant argenté ; la terre n’était pas suspendue, balancée par son poids, au milieu des airs ; l’océan, sans rivages, n’embrassait pas les vastes flancs du globe. L’air, la terre, et les eaux étaient confondus : la terre sans solidité, l’onde non fluide, l’air privé de lumière. Les éléments étaient ennemis ; aucun d’eux n’avait sa forme actuelle. Dans le même corps le froid combattait le chaud, le sec attaquait l’humide ; les corps durs et ceux qui étaient sans résistance, les corps les plus pesants et les corps les plus légers se heurtaient, sans cesse opposés et contraires.
Un dieu, ou la nature plus puissante, termina tous ces combats, sépara le ciel de la terre, la terre des eaux, l’air le plus pur de l’air le plus grossier. Le chaos étant ainsi débrouillé, les éléments occupèrent le rang qui leur fut assigné, et reçurent les lois qui devaient maintenir entre eux une éternelle paix. Le feu, qui n’a point de pesanteur, brilla dans le ciel, et occupa la région la plus élevée. Au-dessous, mais près de lui, vint se placer l’air par sa légèreté. La terre, entraînant les éléments épais et solides, fut fixée plus bas par son propre poids. La dernière place appartint à l’onde, qui, s’étendant mollement autour de la terre, l’embrassa de toutes parts.
Après que ce dieu, quel qu’il fût, eut ainsi débrouillé et divisé la matière, il arrondit la terre pour qu’elle fût égale dans toutes ses parties. Il ordonna qu’elle fût entourée par la mer, et la mer fut soumise à l’empire des vents, sans pouvoir franchir ses rivages. Ensuite il forma les fontaines, les vastes étangs, et les lacs, et les fleuves, qui, renfermés dans leurs rives tortueuses, et dispersés sur la surface de la terre, se perdent dans son sein, ou se jettent dans l’océan ; et alors, coulant plus librement dans son enceinte immense et profonde, ils n’ont à presser d’autres bords que les siens. Ce dieu dit, et les plaines s’étendirent, les vallons s’abaissèrent, les montagnes élevèrent leurs sommets, et les forêts se couvrirent de verdure.
Ainsi que le ciel est coupé par cinq zones, deux à droite, deux à gauche, et une au milieu, qui est plus ardente que les autres, ainsi la terre fut divisée en cinq régions qui correspondent à celles du ciel qui l’environne. La zone du milieu, brûlée par le soleil, est inhabitable ; celles qui sont vers les deux pôles se couvrent de neiges et de glaces éternelles : les deux autres, placées entre les zones polaires et la zone du milieu, ont un climat tempéré par le mélange du chaud et du froid. Étendu sur les zones, l’air, plus léger que la terre et que l’onde, est plus pesant que le feu.
C’est dans la région de l’air que l’auteur du monde ordonna aux vapeurs et aux nuages de s’assembler, au tonnerre de gronder pour effrayer les mortels, aux vents d’exciter la foudre, la grêle et les frimas ; mais il ne leur abandonna pas le libre empire des airs. […]
À peine tous ces corps étaient-ils séparés, assujettis à des lois immuables, les astres, longtemps obscurcis dans la masse informe du chaos, commencèrent à briller dans les cieux. Les étoiles et les dieux y fixèrent leur séjour, afin qu’aucune région ne fût sans habitants. Les poissons peuplèrent l’onde ; les quadrupèdes, la terre ; les oiseaux, les plaines de l’air.
Un être plus noble et plus intelligent, fait pour dominer sur tous les autres, manquait encore à ce grand ouvrage. L’homme naquit : et soit que l’architecte suprême l’eût animé d’un souffle divin, soit que la terre conservât encore, dans son sein, quelques-unes des plus pures parties de l’éther dont elle venait d’être séparée, […] l’homme, distingué des autres animaux dont la tête est inclinée vers la terre, put contempler les astres et fixer ses regards sublimes dans les cieux. Ainsi la matière, auparavant informe et stérile, prit la figure de l’homme, jusqu’alors inconnue à l’univers.
Avant de refermer ce feuilleton de l’été, nous avons ouvert une dernière fois les portes de l’imaginaire, pour découvrir comment selon Ovide le monde est né du chaos pour devenir un univers ordonné, peuplé d’étoiles, d’animaux et d’hommes. Comme chaque rentrée, un nouveau commencement s’offre à nous. Nous souhaitons à tous les élèves et à leurs familles une très belle rentrée scolaire, placée sous le signe de la lecture et de la découverte.Le saviez-vous ?
Le mot chaos, qui désigne aujourd’hui le désordre, vient du grec ancien χάος, qui signifie « masse confuse des éléments répandus dans l’espace ». Chez Ovide, le Chaos représente l’état du monde avant l’organisation de la matière et la naissance de l’univers. Plus de 2000 ans après sa rédaction, ce récit continue d’inspirer écrivains, artistes et scientifiques lorsqu’ils cherchent à comprendre ou à raconter les débuts du monde.
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