Cet été, je lis… Les Trois mousquetaires : « La chevauchée vers Londres »
Sur la route de l’Angleterre, la mission tourne à l’épreuve. Entre pièges et embuscades, d’Artagnan apprend que l’héroïsme avance parfois au prix des compagnons laissés derrière soi.
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Sur la route de l’Angleterre, la mission tourne à l’épreuve. Entre pièges et embuscades, d’Artagnan apprend que l’héroïsme avance parfois au prix des compagnons laissés derrière soi.- À propos de l’auteur et de l’œuvre Publié en 1844, Les Trois Mousquetaires est l’un des plus célèbres romans d’Alexandre Dumas (1802-1870), né à Villers-Cotterêts, dans l’actuel département de l’Aisne. Inspiré de personnages historiques, il mêle aventures, histoire et amitié.
- Les épisodes précédents Le cardinal de Richelieu cherche à compromettre la reine Anne d’Autriche. Il persuade le roi Louis XIII d’exiger qu’elle porte au prochain bal de la Merlaison les douze ferrets de diamants qu’il lui avait offerts. Or la reine les a confiés au duc de Buckingham, en Angleterre. D’Artagnan et les trois mousquetaires partent alors les récupérer avant le bal, tandis que les agents du cardinal tentent de les arrêter.
- Dans cet épisode, les héros quittent Dammartin, franchissent la frontière de la Picardie, traversent Chantilly, Beauvais puis Amiens, avant de poursuivre leur route vers Saint-Omer, aujourd’hui dans l’académie de Lille. Poursuivis par les hommes du cardinal de Richelieu, ils tombent dans une série d’embuscades. Chacun accepte alors de se sacrifier pour permettre à d’Artagnan d’accomplir sa mission.
- Une véritable quête héroïque Cette chevauchée appartient à la tradition des grandes quêtes de la littérature. Comme les chevaliers des romans médiévaux, les héros affrontent une succession d’épreuves pour accomplir une mission qui les dépasse. Mais, contrairement aux récits chevaleresques traditionnels, la victoire repose ici sur la solidarité du groupe.
À une lieue de Beauvais, à un endroit où le chemin se trouvait resserré entre deux talus, on rencontra huit ou dix hommes qui, profitant de ce que la route était dépavée en cet endroit, avaient l’air d’y travailler en y creusant des trous et en pratiquant des ornières boueuses.
Aramis, craignant de salir ses bottes dans ce mortier artificiel, les apostropha durement. Athos voulut le retenir, il était trop tard. Les ouvriers se mirent à railler les voyageurs, et firent perdre, par leur insolence, la tête même au froid Athos qui poussa son cheval contre l’un d’eux.
Alors chacun de ces hommes recula jusqu’au fossé et y prit un mousquet caché ; il en résulta que nos sept voyageurs furent littéralement passés par les armes. Aramis reçut une balle qui lui traversa l’épaule, et Mousqueton une autre balle qui se logea dans les parties charnues qui prolongent le bas des reins. Cependant Mousqueton seul tomba de cheval, non pas qu’il fût grièvement blessé, mais, comme il ne pouvait voir sa blessure, sans doute il crut être plus dangereusement blessé qu’il ne l’était.
— C’est une embuscade, dit d’Artagnan, ne brûlons pas une amorce, et en route. […]
À Crèvecœur Aramis déclara qu’il ne pouvait aller plus loin. En effet, il avait fallu tout le courage qu’il cachait sous sa forme élégante et sous ses façons polies pour arriver jusque-là. À tout moment, il pâlissait et l’on était obligé de le soutenir sur son cheval ; on le descendit à la porte d’un cabaret, on lui laissa Bazin, qui, au reste, dans une escarmouche, était plus embarrassant qu’utile, et l’on repartit dans l’espérance d’aller coucher à Amiens.
— Morbleu ! dit Athos, quand ils se retrouvèrent en route, réduits à deux maîtres et à Grimaud et Planchet, morbleu ! je ne serai plus leur dupe, et je vous réponds qu’ils ne me feront pas ouvrir la bouche ni tirer l’épée d’ici à Calais. J’en jure…
— Ne jurons pas, dit d’Artagnan, galopons, si toutefois nos chevaux y consentent.
Et les voyageurs enfoncèrent leurs éperons dans le ventre de leurs chevaux, qui, vigoureusement stimulés, retrouvèrent des forces. On arriva à Amiens à minuit, et l’on descendit à l’auberge du Lys-d’Or.
L’hôtelier avait l’air du plus honnête homme de la terre, il reçut les voyageurs son bougeoir d’une main et son bonnet de coton de l’autre : il voulut loger les deux voyageurs chacun dans une charmante chambre ; malheureusement chacune de ces chambres était à l’extrémité de l’hôtel. D’Artagnan et Athos refusèrent ; l’hôte répondit qu’il n’y en avait cependant pas d’autres dignes de Leurs Excellences, mais les voyageurs déclarèrent qu’ils coucheraient dans la chambre commune, chacun sur un matelas qu’on leur jetterait à terre ; l’hôte insista, les voyageurs tinrent bon, il fallut faire ce qu’ils voulurent.
[…]
Athos descendit pour payer la dépense, tandis que d’Artagnan et Planchet se tenaient sur la porte de la rue ; l’hôtelier était dans une chambre basse et reculée, on pria Athos d’y passer.
Athos entra sans défiance et tira deux pistoles pour payer : l’hôte était seul et assis devant son bureau, dont un des tiroirs était entrouvert. Il prit l’argent que lui présenta Athos, le tourna et le retourna dans ses mains, et tout à coup, s’écriant que la pièce était fausse, il déclara qu’il allait le faire arrêter, lui et son compagnon comme faux-monnayeurs.
— Drôle ! dit Athos en marchant sur lui, je vais te couper les oreilles !
Mais l’hôte se baissa, prit deux pistolets dans les deux tiroirs et les dirigea sur Athos, appelant au secours.
Au même moment, quatre hommes armés jusqu’aux dents entrèrent par les portes latérales et se jetèrent sur Athos.
— Je suis pris, cria Athos de toutes les forces de ses poumons ; au large, d’Artagnan ! pique, pique ! Et il lâcha deux coups de pistolet.
D’Artagnan et Planchet ne se le firent pas répéter à deux fois, ils détachèrent les deux chevaux qui attendaient à la porte, sautèrent dessus, leur enfoncèrent leurs éperons dans le ventre et partirent au triple galop.
— Sais-tu ce qu’est devenu Athos ? demanda d’Artagnan à Planchet en courant.
— Ah ! monsieur, dit Planchet, j’en ai vu tomber deux à ses deux coups, et il m’a semblé, à travers la porte vitrée, qu’il ferraillait avec les autres.
— Brave Athos, murmura d’Artagnan. Et quand on pense qu’il faut l’abandonner ! Au reste, autant nous attend peut-être à deux pas d’ici. En avant !
Le saviez-vous ?
La célèbre devise des mousquetaires, « Un pour tous, tous pour un », n’apparaît que plus tard dans le roman. Pourtant, cet épisode en exprime déjà parfaitement l’esprit : chacun accepte de risquer sa vie pour la réussite de la mission et pour ses compagnons.
Cette chevauchée est une étape décisive dans la formation de d’Artagnan. Soutenu par ses amis, il apprend que le courage consiste à poursuivre sa mission malgré les dangers et les sacrifices.