thejournalofsierraleonestudies.com

« Ce qui me tient à cœur, c’est la transmission de notre histoire » : dans son nouveau livre, elle raconte le tragique destin d’un berger de La Brigue devenu soldat pendant la Grande Guerre

« J’ai souhaité, à travers ce récit, redonner vie à l’histoire de Pietro Alberti », écrit Annie Boulanger dans la préface à ce recueil.Pour elle, « c’est un devoir de transmission », pour que le passé ne s’étei...

« J’ai souhaité, à travers ce récit, redonner vie à l’histoire de Pietro Alberti », écrit Annie Boulanger dans la préface à ce recueil.

Pour elle, « c’est un devoir de transmission », pour que le passé ne s’éteigne pas avec les gens qui l’ont vécu.

Les récits qu’elle réveille sont authentiques. Ils dormaient silencieusement dans des greniers, dans de vieilles malles, que les familles retrouvent au gré du hasard.

Connaissant Annie, passionnée par la vie des anciens, ils lui confient ces témoignages oubliés. Précieusement, elle les rassemble, les reconstitue et les restitue.

Après son premier recueil L’authentique récit de Pin de Marro, soldat tendasque durant la Première Guerre mondiale, Annie a fait un petit tour à la Brigue pour se pencher sur le journal de Pietro Alberti et les lettres d’Angela son épouse, appuis de témoignages émouvants.

Stéphanie Franchi présente son roman « Les Demoiselles de Miami - Cœurs en exil » inspiré en partie de sa propre histoire

Son nom complet c’est Pietro Di Agostino Alberti. Il fait partie de la branche des « Gilubeu ». À La Brigue, il y avait (et il y a encore) beaucoup d’Alberti et on distinguait les familles par un surnom.

Sur les chemins de la transhumance

La vie et le travail de ce berger qui transhumait depuis La Brigue jusqu’à Mougins en période hivernale est racontée comme les pièces d’un puzzle qui s’imbriquent dans les journées passées sur les champs de bataille de la Grande Guerre.

« Les transhumances étaient importantes à La Brigue et à Tende, explique Annie. Il fallait emmener les troupeaux pour avoir le foin, la paille et passer l’hiver sur le littoral avec les bêtes ». Le chemin était long jusqu’à Mougins.

Trois jours de marche en passant par Sospel et les cols. Le territoire du littoral était très occupé par les bergers à cette époque avant que l’urbanisation ne fasse disparaître toutes les pâtures.

« Pour que mon nom reste attaché à quelque chose de vivant »

Mais le conflit de la Première Guerre mondiale va bouleverser la vie de Pietro. Il est enrôlé en octobre 1916 dans l’armée italienne.

La Brigue et Tende sont encore sous la bannière de l’Italie qui rejoint alors la coalition. Il rentre de plein fouet dans l’atrocité de la guerre, confronté à un autre monde fait d’horreurs et de morts.

«La mort est partout, dit-il. Heureusement, le souvenir de nos brebis me tiennent debout. En fermant les yeux et sans m’en rendre compte je suis ailleurs ».

Ailleurs dans ses souvenirs d’enfance et dans les pâtures qui se mêlent à la réalité des tranchées. Il meurt le 19 octobre 1918. Il avait 33 ans. Il sera décoré de la Croix de guerre italienne à titre posthume.

Sur cette courte période de sa vie relatée dans son journal, Pietro veut rester un témoin. « J’écris ces mots pour ne pas perdre, pour ne pas oublier. Pour que mon nom reste attaché à quelque chose de vivant ».

Annie Boulanger est restée fidèle à ce souhait d’un berger devenu soldat par la force des conflits. « Ce qui me tient à cœur, dit-elle, c’est vraiment la transmission de notre histoire. C’est m’intéresser à la micro histoire locale qui passe à travers les générations dans les familles.»

Parce que chaque être humain est un livre porteur du passé, Annie perpétue, à travers ces « souvenirs vivants », la vie des anciens pour que les lumières du passé ne s’éteignent pas derrière les paupières à jamais closes.

Annie Boulanger a participé au salon du livre qui s’est tenu à la Brigue le 8 août dernier. On peut se procurer ce petit fascicule en édition très limitée à la Meranda et à la quincaillerie Guido, commerces à Tende.