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Diplomate, entrepreneur, architecte… Les multiples vies de Pierre Paul Rubens

Étroitement lié à la ville d’Anvers où il siège à la guilde de Saint-Luc, Pierre Paul Rubens (1577–1640) est une figure historique majeure de la Belgique et, en son temps, un acteur fondamental de la vie cultur...

Étroitement lié à la ville d’Anvers où il siège à la guilde de Saint-Luc, Pierre Paul Rubens (1577–1640) est une figure historique majeure de la Belgique et, en son temps, un acteur fondamental de la vie culturelle de la Flandre catholique, sous la tutelle de l’Espagne.

Proche des Brueghel dans sa jeunesse, de Velásquez dans la maturité, le peintre est aujourd’hui souvent réduit à une émanation du baroque, dans un match contre la peinture classique de Nicolas Poussin. Sensible à l’antique comme à la nature, grand amoureux à la ville, Pierre Paul Rubens est aussi un lettré et un esthète. Doublement anobli aux cours d’Espagne et d’Angleterre, cet Européen avant l’heure avait l’ambition d’être un humaniste complet.

1. Il était polyglotte et maîtrisait sept langues

Pierre Paul Rubens, Autoportrait

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Pierre Paul Rubens, Autoportrait, 1623

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Huile sur panneau de bois • 86 × 62 cm • Coll. The Royal Collection Trust, Londres • © Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2017

Pierre Paul Rubens reste sa vie durant attaché à sa ville natale d’Anvers, mais il est ce que l’on peut appeler un citoyen européen ! D’origine westphalienne par sa mère, cet infatigable voyageur, favori des cours princières et ducales d’Espagne, d’Angleterre, d’Autriche et d’Italie, est un grand lettré. Ses études, comme sa sociabilité, ont fait de lui un fin polyglotte. En plus du néerlandais (sa langue maternelle), ses lettres témoignent d’une maîtrise de l’allemand, du français, de l’espagnol, du latin mais aussi de l’italien, langue internationale des arts. Si l’on ajoute quelques notions d’anglais, on imagine à quel point l’artiste se trouve à l’aise dans toutes les contrées d’Europe.

2. Diplomate et espion, il est mêlé à un sulfureux scandale

Pierre Paul Rubens, Portrait d’Anne d’Autriche

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Pierre Paul Rubens, Portrait d’Anne d’Autriche, 1622–1625

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Huile sur toile • photo : Superstock / Bridgeman Images

Ce talent d’interprète allié à sa réputation internationale et à son bagout en ont fait un agent de choix pour les cours catholiques européennes. Humaniste, Rubens met son talent de diplomate au service de la paix en Europe. Il défend également une certaine autonomie des Pays-Bas du Sud catholiques (l’actuelle Flandre) vis-à-vis de l’Espagne, tout en renseignant discrètement les couronnes française et anglaise sur les ambitions hégémoniques de cette dernière.

Il demeure toutefois dans les petits papiers de Philippe IV d’Espagne jusqu’à détrôner son ami Velásquez comme favori de la cour et intégrer le Conseil secret du roi. Le peintre est aussi de toutes les intrigues. En 1625, il est mêlé à l’affaire des ferrets d’Anne d’Autriche, un scandale ourdi par l’intrigant cardinal de Richelieu. Il représente d’ailleurs sur son portrait de la reine de France, épouse de Louis XIII et mère de Louis XIV, les fameuses parures. Cette affaire est d’ailleurs à l’origine du roman Les Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas (1844) : et si le véritable d’Artagnan, c’était un peu Rubens ?

3. Chef d’atelier, il est un entrepreneur hors-pair

La mort d’Achille, d’après Pierre Paul Rubens

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La mort d’Achille, d’après Pierre Paul Rubens, XVIIe siècle

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Gravure • © Leonard de Selva / Bridgeman Images

Environ 2 500 toiles recensées, dont bon nombre de grands formats, sur une carrière d’un peu plus de 40 ans : Pierre Paul Rubens ne peint pas l’ensemble des réalisations de ses propres mains mais les délègue à une armée d’assistants. L’artiste se contente d’apporter les dernières touches et signer ses compositions. C’est lors de son retour à Anvers en 1609 que Rubens ouvre son vaste atelier et accepte un nombre incroyable de commandes des cours nobiliaires flamandes et étrangères, de l’Église catholique ainsi que de la bourgeoisie.

Soucieux d’assurer la diffusion de son art, il accorde une importance particulière à la gravure et supervise la reproduction graphique de ses œuvres picturales. Victime de son propre succès, il déplore ce qu’on appellerait aujourd’hui un overbooking dans une lettre de 1611 : « Je n’exagère pas en disant que j’ai déjà refusé plus d’une centaine de commissions, même de membres de ma famille ou de la famille de ma femme. Beaucoup de mes meilleurs amis n’étaient pas très heureux. »

4. Il est aussi un collectionneur visionnaire

Maison de Pierre Paul Rubens à Anvers

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Maison de Pierre Paul Rubens à Anvers

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photo : GeniusMinus / Adobestock

Rubens ne se contente pas d’admirer les maîtres, à commencer par les Bruegel aux Pays-Bas et Titien en Italie. Grâce à son succès, il transforme sa maison d’Anvers en véritable cabinet de collectionneur où les toiles de ses aïeuls flamands et vénitiens toisent les sculptures antiques. Les sculptures gréco-romaines sont placées dans un espace en hémicycle et sous coupole, dans un décor de marbre n’ayant rien à envier aux demeures princières toscanes. La demeure, son jardin et sa façade reflètent les souvenirs du séjour à Rome de l’artiste autour de 1600. Actuellement fermée pour d’important travaux, sa maison se visite d’ordinaire comme un musée.

5. Il a aussi écrit un traité d’architecture

Planche d’une gravure architecturale tirée du traité de Pierre Paul Rubens « Palazzi di Genova » (1622)

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Planche d’une gravure architecturale tirée du traité de Pierre Paul Rubens « Palazzi di Genova » (1622)

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From the British Library archive / Bridgeman Images

Tout comme les artistes humanistes de la Renaissance qu’il admire, Pierre Paul Rubens se rêvait en artiste complet. C’est dans cette optique qu’il s’intéresse à l’architecture, lors de son séjour à Gênes en 1607. Rubens en tire un ouvrage : Palazzi di Genova, un traité rigoureux digne de ceux de Vitruve et d’Alberti, qu’il fait publier à Anvers en 1625. Outre sa propre maison d’artiste devenue villa baroque, Rubens aura surtout été un architecte de papier, même s’il a tout de même dirigé la conception des décors monumentaux éphémères pour la « Joyeuse entrée » du cardinal-infant Ferdinand à Anvers en 1635. Chargé de la décoration de l’église Saint-Charles-Borromée d’Anvers (1615–1621), il a aussi probablement livré ses précieux conseils aux architectes François d’Aguilon et Pierre Huyssens.

6. Des œuvres de Rubens continuent de sortir de l’ombre

Pierre Paul Rubens, La Bataille des Amazones

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Pierre Paul Rubens, La Bataille des Amazones, vers 1603–1605

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Huile sur toile • 89 cm x 135,5 cm • © Ader Paris

Avec un catalogue d’environ 2 500 peintures et 16 000 œuvres d’art au total, il n’est pas étonnant que des toiles de Rubens ressortent encore aujourd’hui de l’oubli ou soient attribuées, ou réattribuées au maître. C’est l’une des missions du Corpus Rubenianum, dirigé par la Rubenshuis. Parmi celles qui ont récemment refait surface, il faut mentionner la composition de jeunesse La Bataille des Amazones (vers 1603–1605). Réalisée à la cour de Vincent Gonzague de Mantoue, cette œuvre est un exercice fougueux dans lequel transparaissent très explicitement les influences de La Bataille d’Anghiari de Léonard de Vinci et du Laocoon hellénistique. Découverte par David Jaffé de la National Gallery de Londres en 2005, elle a ressurgi le 16 juin 2026 lors d’une vente Ader à Paris, où elle fut adjugée à 2 477 140 euros.