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« Ce que nous avons fait à notre père est abominable » : Alain-Fabien Delon, ses remords, ses projets

Les circonstances ont fait de lui le gardien du temple. Deux ans après la mort d'Alain Delon, celui qui l’a accompagné dans ses derniers mois se désole que son souvenir soit si peu honoré. Et rêve de permettre ...

Les circonstances ont fait de lui le gardien du temple. Deux ans après la mort d'Alain Delon, celui qui l’a accompagné dans ses derniers mois se désole que son souvenir soit si peu honoré. Et rêve de permettre aux fans de se recueillir sur sa tombe. « Il a le droit de recevoir des applaudissements, même dans l’autre monde. » Il lui faudra pour cela s’accorder avec son frère et sa sœur, démarche délicate dans un clan fracassé par une guerre de succession et les rancœurs. Anouchka l’a publiquement renié ; Anthony, qui vit à moins de 100 mètres, ne lui parle plus qu’à coups de mails protocolaires. L’agonie de son père, les déchirures et les remords : à Douchy, où il nous a reçus en exclusivité, le plus jeune des Delon se livre à cœur ouvert.

Paris Match. Votre père est décédé le 18 août 2024. Vous vivez une partie du temps à Douchy, non loin de la chapelle où il repose…

Alain-Fabien Delon. Oui, et je veux ouvrir cette chapelle au public. Cela avait d’ailleurs été anticipé. Ma mère m’a expliqué que le chemin d’accès avait été pensé lors de la construction. Papa est enterré là, Douchy est sa maison, c’est encore sa maison. De plus, j’ai le sentiment que, peu à peu, il tombe dans l’oubli, il ne mérite pas ça. Certaines personnes laissent encore des fleurs ou des mots à la grille, j’aimerais leur dire : “Venez vous recueillir !”

En avez-vous parlé à vos frère et sœur ?

J’aimerais bien, mais ils ne m’adressent plus la parole ! Il faut que l’on s’accorde sur le nombre de jours où la chapelle serait ouverte, mais ils ne pourront pas s’y opposer. D’abord parce que c’est le choix de papa, et je peux le prouver. Ensuite parce que c’est la loi.

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Alain-Fabien Delon avec sa compagne, Laura Bensadoun, 30 ans, et les derniers-nés de la tribu canine.

Alain-Fabien Delon avec sa compagne, Laura Bensadoun, 30 ans, et les derniers-nés de la tribu canine.

Paris Match / © François Darmigny

Comment vous est venue cette idée ?

Peu de temps avant la mort de mon papa, son médecin m’a dit : “S’il part à 3 heures du matin, il faut que tu aies organisé les choses.” J’ai échangé avec la société de pompes funèbres qui a construit la chapelle de Douchy : la concession était renouvelée tous les deux ans, depuis 1998. À Douchy, dans la salle des arts, j’ai aussi trouvé un dossier rouge intitulé : “Nouch [surnom d’Anouchka, NDLR], dossier : Inhumation”. Je l’ai pris car j’avais peur que quelqu’un s’en empare pour effacer les dernières volontés de papa. Dans ce dossier, un courrier du préfet du Loiret en date du 27 novembre 2015 l’atteste : la sépulture autorisée sur une propriété privée “entraîne également une servitude perpétuelle” et “n’importe quelle personne doit avoir libre accès au site pour se recueillir sur la sépulture”. Avant ou après la mort de papa, je ne sais plus, on a eu une discussion : Anouchka penchait pour l’enterrer à Bourg-la-Reine avec sa mère. J’ai exprimé les volontés de papa et dit que c’était illégal de s’y opposer.

Je trouve qu’au moment de l’enterrement, on a un peu mal fait les choses. C’est normal, on était en deuil, mais on a invité des gens qui, à mon sens, n’y avaient pas leur place, comme Valérie Pécresse ou Patricia Kaas. Cette dernière était l’amie de papa, oui, mais il y a vingt ans. Hiromi Rollin, j’aurais voulu qu’elle soit là. Je lui ai proposé récemment de venir se recueillir ici, je n’ai pas eu de réponse… Pour moi, c’était sa femme, c’est clair, sa compagne, mais il avait peur de le dire à sa fille. Je pense qu’on a été vraiment cons. Qu’est-ce que ça nous aurait coûté de le dire ? Si on avait reconnu que c’était sa compagne, on ne se serait pas mangé, j’imagine, ce redressement fiscal au motif qu’il y avait travail dissimulé. Quand papa lui donnait de l’argent, ce n’était pas parce qu’il l’employait, c’était parce qu’elle était sa compagne. Il n’aurait pas non plus été requalifié comme résident fiscal en France.

Alain-Fabien Delon dans le salon de sa maison à Douchy, entouré de souvenirs de son père. « Le premier film que j’ai pu revoir, c’est “Zorro”, parce que c’est celui où il sourit le plus. »

Alain-Fabien Delon dans le salon de sa maison à Douchy, entouré de souvenirs de son père. « Le premier film que j’ai pu revoir, c’est “Zorro”, parce que c’est celui où il sourit le plus. »

Paris Match / © François Darmigny

À Douchy, votre maison est à 60 mètres de celle de votre frère, avec lequel vous êtes fâché…

En novembre 2024, mon chien Obba a été tué sur ordre d’Anthony. [Anthony Delon a invoqué par l’intermédiaire de son avocate la légitime défense et aucune poursuite n’a été retenue contre lui, NDLR.] Mais le point de non-retour entre nous, c’est le 17 mars 2026, quand je me suis retrouvé seul au tribunal qui examinait la plainte d’Anouchka contre nous. Le lendemain, c’était mon anniversaire. Ce jour-là, Anthony a posté : “La bouffonnerie d’hier a dû lui arracher des larmes de tristesse. Repose en paix, mon père.” Mais à ton avis, qu’est-ce qu’il pense, papa, de la mort de mon chien ? Je le sais, et tout le monde le sait : tu aurais tué un chien devant lui, papa, il t’aurait tué. Après ce post, j’ai décidé de porter plainte contre Anthony pour la mort d’Obba. Ce que je n’avais pas fait jusque-là, même s’il n’avait pas pris la peine de s’excuser.

Même avant l’histoire du chien, pour une histoire de serrure cassée à 15 euros, Anthony s’est emporté et il a jeté mon téléphone : “Vas-y, viens on règle ça entre hommes.” Il m’a fait la même chose le jour où on a mis Hiromi dehors car je n’étais pas ­d’accord avec sa plainte pour abus de faiblesse [cette plainte a été classée sans suite pour “infractions insuffisamment caractérisées”, NDLR]. Il est sanguin, comme papa quand il était jeune. Alors maintenant, je l’évite au maximum. Depuis peu, il s’est mis du côté de Nouch, qu’il avait démontée dans Paris Match, et il va raconter que c’est moi qui suis complètement barge.

Troublante ressemblance. Alain Delon en 1963 avec Gala, sur la photo préférée de son fils. Soixante-trois ans plus tard, son benjamin, héritier de sa passion pour les chiens.

Troublante ressemblance. Alain Delon en 1963 avec Gala, sur la photo préférée de son fils. Soixante-trois ans plus tard, son benjamin, héritier de sa passion pour les chiens.

Paris Match / © Walter Carone / François Darmigny

Que vous reproche-t-il exactement ?

Tout ! Que je casse des choses, que ma maison est mal entretenue, que mes chiens sont dangereux et posent un problème pour Loubo. Anouchka et Anthony racontent que je suis ingérable… Ils cherchent des trucs sur lesquels taper. En ce moment, c’est sur Abidi, un sans-abri qui loge chez moi et que, pendant deux ans, je croisais en bas du Drugstore Publicis. Je l’aidais un peu financièrement, mais son campement a brûlé, l’obligeant à dormir dans la rue. Alors je lui ai offert d’habiter ici. Anthony et Anouchka ont refusé qu’il s’installe dans l’une des trois maisons disponibles à Douchy. Pour moi, c’est du mépris social. Il habite donc avec nous, nous l’employons, il a un contrat de travail. Le meilleur ami d’Anthony vit ici, ça ne me pose aucun problème ! Anthony et Anouchka n’ont pas à me dicter ma vie, j’ai un enfant, une femme, des beaux-­parents. Ils font des réunions à ne parler que de moi comme si j’étais Satan. Je n’ai pas que ça à faire, de leur notifier ce que je fais.

Qu’entendez-vous par “notifier” ?

À Douchy, Anthony a imposé des heures de promenade des chiens. De 7 h 30 à 11 h 30, c’est Loubo, de 11 h 30 à 15 heures, mes chiens, de 15 heures à 19 heures, c’est son chien, puis le mien… C’est comme une garde alternée ! Et si mon chien est devant chez lui, il faut que j’aille le chercher. Ou il me le ramène ici et je me mange trois mails dans la foulée ! On a un parc de 120 hectares. Encore heureux qu’il se balade ! Et c’est pas comme si on n’avait pas toujours eu des chiens ici…

En 2004, avec Poupouss, le chat à trois pattes qu’il avait sauvé. L’acteur avait fait congeler sa dépouille. Alain-Fabien l’a déposé dans son cercueil « pour qu’il puisse le toucher, comme il le voulait ».

En 2004, avec Poupouss, le chat à trois pattes qu’il avait sauvé. L’acteur avait fait congeler sa dépouille. Alain-Fabien l’a déposé dans son cercueil « pour qu’il puisse le toucher, comme il le voulait ».

Paris Match / © Michel Marizy

Vous pouvez tenir longtemps comme ça ?

C’est intenable. Je rase les murs. J’ai même fait des chemins annexes avec la tondeuse pour éviter de passer devant chez Anthony. J’ai également passé un test qui certifie que je ne me drogue pas, je voulais l’envoyer aux exécuteurs testamentaires, mais Laura, ma compagne, m’a conseillé de ne pas me rabaisser à ça… Anthony et moi avions un lien très fort par le passé, mais basé, à mon sens, sur du mensonge et de la machination. J’ai été stupide. Toute ma vie, j’ai été son bon petit soldat… Comment arrive-t-il à justifier qu’il y a deux ans à peine il crachait sur Anouchka, qui nous avait caché des tests cognitifs hautement préjudiciables ? Les trahisons et les manigances entreprises dans cette succession, c’est digne de ­l’Empire romain.

Quel est votre combat aujourd’hui ?

Je n’ai pas de problème sur le testament de 2015, qui nous alloue, à Anthony et à moi, 25 % chacun de l’héritage, et à Anouchka 50 %. Mais je veux faire annuler le testament de 2022. Si je réussis à avoir les fonds nécessaires à mes frais d’avocats, il n’y a pas de questionnement sur le fait que ce testament va être annulé : papa a été sorti de l’hôpital pour signer alors qu’il était dans un état stuporeux. Et trois mois plus tard, en février 2023, il y a la donation qui laisse à Anouchka le contrôle de sa société Adid (Alain Delon International Distribution). Il la signe alors qu’il a des problèmes cognitifs. J’ai les dossiers médicaux qui l’attestent. Cet acte a aussi donné le droit moral à Anouchka.

Pendant plusieurs semaines, en 1999, il avait donné la becquée à Peewee, un moineau recueilli avec une patte cassée.

Pendant plusieurs semaines, en 1999, il avait donné la becquée à Peewee, un moineau recueilli avec une patte cassée.

Paris Match / © Michel Marizy

De quoi vivez-vous actuellement ?

Comme Anthony et Anouchka, j’ai reçu une avance sur héritage de 100 000 euros et ensuite 10 000 euros par mois pendant trois mois. J’emprunte de l’argent et je signe des reconnaissances de dettes. En Suisse, il me faut régler 64 500 euros de frais d’avocats. Je n’ai plus de rentrées d’argent depuis qu’il m’a fallu m’installer à Douchy pour m’occuper de papa. Je devais adapter mon livre à l’écran.

On vous accuse de bloquer la succession…

Non, ce n’est absolument pas moi qui freine la succession. Le nombre de fois où j’ai demandé : “Est-ce qu’on peut discuter ?”… Mais on m’oppose toujours des conditions. La dernière fois, Anouchka réclamait les épreuves de mon livre à paraître chez Flammarion. Ils veulent m’assécher financièrement, ils se disent : “Vu qu’il ne va pas payer ses frais de justice, on va l’avoir à l’usure.” Mais si je ne parviens pas à discuter, la prochaine étape, c’est la plainte au pénal. Et au pénal, ça prendra quinze ans. On devra vendre les maisons et tout sera bloqué. Anouchka ne percevra plus son salaire d’Adid. On va tous tout perdre. Mais je ne céderai pas. Après… si je n’ai pas les fonds, je n’ai pas les fonds. Mais, au moins, j’aurai tout essayé.

De l’autre côté du mur avec Loubo, en 2017. L’enceinte sépare aujourd’hui de quelques centimètres seulement sa sépulture de celle des chiens qu’il adorait. Pour Alain-Fabien, « ici, c’est chez lui. Et cette partie de Douchy devrait être aux gens ».

De l’autre côté du mur avec Loubo, en 2017. L’enceinte sépare aujourd’hui de quelques centimètres seulement sa sépulture de celle des chiens qu’il adorait. Pour Alain-Fabien, « ici, c’est chez lui. Et cette partie de Douchy devrait être aux gens ».

Paris Match / © Vlada Krassilnikova

Y a-t-il au moins un endroit qui vous réunit encore ? La tombe de votre père ?

On ne s’y retrouve jamais ensemble. Anouchka vient de temps en temps. Anthony s’y rend souvent. Moi, j’y vais tous les dimanches ou quand je ne me sens pas bien. Je lui parle. Avant la mort de papa déjà, je priais avec lui et pour lui. J’ai déposé dans la chapelle la gourde en forme de Vierge Marie qu’il avait toujours avec lui. J’ai mis dans son cercueil, calé sous son bras, son chat congelé Poupouss, un moineau congelé qu’il aimait beaucoup – il ramassait des petits animaux morts et les mettait au congélateur –, la patte empaillée de Manu – un mastiff napolitain qu’il adorait –, qu’il avait toujours à son chevet, et un pistolet d’alarme avec lequel il dormait ; il m’avait fait promettre : “Tu mettras ça ! Et ça…” C’est bien après sa mort que j’ai renoué avec la foi. À Douchy, quand j’étais seul à m’occuper de lui, j’étais épuisé. Un soir de détresse, des amis sont venus me chercher à 3 heures du matin, j’ai passé dix jours en Normandie avant de revenir ici. J’ai craqué une seconde fois il y a quelques mois. Et puis, un soir où je me sentais très seul, j’ai ressenti une énorme bouffée d’amour. C’est à ce moment-là que j’ai retrouvé la foi. J’ai compris que je n’étais pas seul, que papa m’attendait, ainsi que ma famille et toutes les personnes qui m’aiment. Aujourd’hui, je prie avec mon père, mais il m’arrive de prier seul aussi. D’autant que je me rends compte que j’ai désormais toutes les choses pour lesquelles j’aurais pu prier avant. Ma fille est là, donc je n’ai plus peur.

Votre père disait qu’il ne voulait pas de succession à la Hallyday, mais il aura connu bien pire. Avez-vous des regrets ?

Il ne faut pas se leurrer. Papa, on lui a pourri ses deux dernières années d’existence. L’humiliation de la saisie de ses armes, de la mise sous curatelle… Je me souviens d’un “tribunal de fortune” dans la cuisine de Douchy avec mes frère et sœur, leurs avocats… Et de papa qui me disait : “Alf, défends-moi.” Toutes ces choses, c’était humiliant pour papa…

Quand ma sœur lui a lancé, en janvier 2024, dans cet enregistrement que j’ai diffusé : “On t’enterre et, moi, on me prend pour une débile, ils vont te mettre sous tutelle”, a-t-elle eu idée de la peur qu’il a ressenti à ce moment-là ? Pourquoi être allée le voir pour lui parler de ces guerres médiatiques entre nous ? Lui balancer les sorties d’Anthony au petit déjeuner ? C’est abominable ce qu’on a fait, abominable… Je me mets dedans parce que je fais partie de cette famille. Mais, moi, je ne lui ai rien fait signer. Quelle fin de vie horrible il a eue ! Imaginez-vous que trois mois avant sa mort, j’ai dû aller… – ça me fait chialer – j’ai dû aller voir mon vieux dans son lit médicalisé, avec deux gendarmes revêtus de gilets pare-balles et un chien, pour lui demander son revolver. Papa disait : “Je n’ai pas de revolver”, en rabattant sa couette par-dessus. Et les gendarmes : “Monsieur Delon, on va devoir fouiller votre lit si vous ne nous le donnez pas.” C’est dégradant. C’est horrible. Ce n’est pas la fin de vie qu’il voulait, de nous voir nous déchirer ainsi. Alors oui, j’en suis responsable en partie parce que je participais à cet état de psychose générale. Mais je n’en suis pas l’instigateur. Tout ça, je n’arrive pas à le pardonner. Pour répondre à votre question sur les dernières semaines, il y a des choses que je regrette d’avoir faites…

C’est-à-dire ?

Une dizaine de jours avant sa mort, mon père était sous morphine et sous Hypnovel [médicament sédatif et hypnotique, NDLR]. J’étais sa personne de confiance… J’ai voulu le réveiller pour qu’il puisse nous dire au revoir. J’ai appelé mon frère et ma sœur mais personne n’est venu. Et même moi, et je le dis sans honte, je n’ai pas pu lui dire au revoir non plus. Parce que de voir se lever mon père, les dents serrées, les bras sur les barreaux alors que ça faisait six mois qu’il ne bougeait plus… Ça m’a tellement “troué” que je suis sorti en pleurs de la pièce et j’ai dit à la médecin de le remettre sous Hypnovel. Pour moi, à ce moment-là, il était déjà mort parce qu’il n’était plus conscient. Je sais bien que chacun réagit à sa manière mais quand toute la famille est enfin venue, je n’ai pas supporté cette hypocrisie qui consistait à dire : “Regarde, il est en train de se battre, il est encore là avec nous”, alors que je l’avais fait souffrir en vain pour qu’il puisse nous dire au revoir.

Alain Delon devant son caveau, en 2011, dans la chapelle achevée onze ans plus tôt selon ses directives. « C’est là que je reposerai », nous avait-il confié.

Alain Delon devant son caveau, en 2011, dans la chapelle achevée onze ans plus tôt selon ses directives. « C’est là que je reposerai », nous avait-il confié.

© Richard Melloul

Qu’il vous ait désigné comme personne de confiance, c’est une fierté ?

C’est papa qui a dit au médecin : “Il faut que ce soit Alain-Fabien parce que, si c’est Anouchka, elle ne me laissera jamais partir.” J’étais dans la pièce à côté en train de picoler. Ça a été une marque de confiance, oui, mais un cadeau empoisonné : tout le monde te déteste après ! Mais ce que j’ai fait pour mon père, je le referais. Et à y réfléchir, je me dis que j’ai quand même bien senti les choses. Au début, lorsqu’on m’a donné la carte bancaire de papa, on m’a dit : “Il faut que tu tires 800 euros régulièrement car il faut faire les courses et payer untel en cash.” J’ai pris soin de systématiquement faire signer des attestations aux personnes à qui je donnais du liquide. Au moment de la mise sous curatelle de mon père, on m’a accusé d’avoir volé 15 000 euros. Et j’ai dû sortir toutes mes attestations. Entre nous, ce sont des bastons sans fin, c’est pernicieux, dégueulasse. Ce n’est pas une question d’argent, c’est une question d’ego, de jalousie, de haine. Ça manque d’amour ici. C’est aussi pour ça que je veux ouvrir la chapelle.

Pourquoi avoir choisi de vous faire appeler Alain ?

Je ne me prends pas pour mon père, hein ! On m’a toujours appelé Alain, ou plutôt Alan parce que j’étudiais dans des écoles internationales. J’avais déjà entrepris une démarche pour m’appeler officiellement Alain Delon avant le décès de mon père, en novembre 2023, lorsque mon avocate et moi nous sommes rendu compte qu’il y avait eu une vingtaine de marques déposées au nom d’Alain Delon – dont le seul “Delon” – par la société Adid, donc par ma sœur, qui en est la présidente. Je trouvais ça un peu gros qu’on se fasse voler notre patronyme. L’idée que ma fille ne puisse même pas utiliser son nom de famille pour faire un jour un business m’est insupportable… Je me suis aussi aperçu qu’Adid n’avait rien déclaré dans le domaine du cinéma. Donc, j’ai tout déposé dans ce domaine sous le nom “Alain Delon Film Productions”. Et c’est uniquement pour ça que j’ai changé mon nom.

Auprès de Laura, mannequin et cofondatrice de la marque de maillots Bain de Minuit Swim, Alain-Fabien Delon vit un nouveau printemps.

Auprès de Laura, mannequin et cofondatrice de la marque de maillots Bain de Minuit Swim, Alain-Fabien Delon vit un nouveau printemps.

Paris Match / © François Darmigny

Que va devenir Douchy ?

Personnellement, je voudrais le garder. Douchy est estimé par la chambre des notaires du Loiret à 1,8 million d’euros, car il n’y a ici aucun bâtiment historique et que tout est en état de délabrement. Le lac est en train de se vider parce que les pompes sont mortes et que ça reviendrait à 60 000 euros pour les remplacer ; elles sont enterrées à 70 mètres sous terre, je ne sais même pas comment ça marche ! On n’a plus les sous pour entretenir Douchy. De toutes les propriétés qui appartenaient à mon père, c’est la moins chère. Mais c’est celle qui coûte le plus en entretien : 200 000 euros par an.

Mon frère dit qu’il veut garder Douchy, Anouchka souhaite vendre. Est-ce pour mieux vendre la propriété ? Il y a eu, à un moment donné – je ne dis pas que ça vient d’elle –, des discussions évoquant l’idée de “sortir” mon père d’ici et de le mettre dans le cimetière municipal de Douchy. Ça, c’est hors de question. En plus, je trouve ça dégueulasse que, lorsqu’on a des biens en Suisse, des appartements à droite, à gauche, et de l’art, la première chose qui vous traverse l’esprit, c’est de vendre Douchy. Surtout que c’est notre maison à tous, de quand on était gosses.

J’ai dans l’idée d’en faire des studios de cinéma sur 47 500 mètres carrés, des studios comme il y en a à Bry-sur-Marne. On a ici un héliport qui nous permet de rejoindre Paris en trente minutes. “Alain Delon Film Studios”, avec une médiathèque, un coin musée et des gens qui pourraient travailler ici et se recueillir sur sa tombe, ça enverrait du lourd ! Vous imaginez comme ça aurait de la gueule : nous trois sur le perron de la chapelle pour accueillir les fans ! Papa est une icône, comme Bardot, mondialement connue. À nous de continuer à le faire vivre. On pourrait être énormes au lieu de s’entre-tuer et d’être misérables…