«Ce n’est qu’un commencement»: en Inde, les jeunes célèbrent leur victoire mais pas la fin du combat
En Inde, le mouvement des « cafards », né dans le sillage du scandale des fuites au concours national d’entrée en médecine, a remporté samedi 25 juillet une victoire politique majeure avec la démission du ministre de l’Éducation. Dans les rues de New Delhi, les étudiants ont célébré ce rare recul du gouvernement de Narendra Modi. Mais derrière l’euphorie, les manifestants préviennent que leur combat pour réformer le système éducatif et obtenir davantage de transparence ne fait que commencer.
En Inde, le mouvement des « cafards », né dans le sillage du scandale des fuites au concours national d’entrée en médecine, a remporté samedi 25 juillet une victoire politique majeure avec la démission du ministre de l’Éducation. Dans les rues de New Delhi, les étudiants ont célébré ce rare recul du gouvernement de Narendra Modi. Mais derrière l’euphorie, les manifestants préviennent que leur combat pour réformer le système éducatif et obtenir davantage de transparence ne fait que commencer.
Publié le : 26/07/2026 - 11:55
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Avec notre correspondant à New Delhi, Abdoolah Earally
Enceintes géantes, musique à plein volume et drapeaux indiens agités au-dessus de la foule : samedi soir, les étudiants ont transformé les rues de New Delhi en lieu de fête. Après plusieurs semaines de mobilisation contre les fraudes massives aux examens, le départ du ministre de l’Éducation a été accueilli comme une victoire historique.
Parmi les manifestants, Mridul est venu de l’Uttar Pradesh, l’État voisin de la capitale, un drapeau indien à la main. « Aujourd’hui, c’est le jour de l’indépendance des jeunes. Nous voulons la justice. Notre génération est incroyable ! », s’enthousiasme-t-il.
« Ce n’est que la première étape »
Derrière la fête domine surtout le soulagement d’une génération diplômée, mais profondément préoccupée par la corruption, le chômage et l’extrême compétition qui entoure les concours nationaux. La mobilisation avait éclaté après la fuite puis l’annulation du NEET-UG, le concours qui permet d’accéder aux études de médecine et auquel participent environ deux millions de candidats.
À seulement 16 ans, Pradika veut croire à un premier déclic. « C’est le plus beau jour de ma vie ! C’est un grand jour, mais ce n’est que la première étape pour changer le système. Nous ne lâcherons rien tant que nous n’aurons pas le système éducatif que nous méritons », affirme-t-elle.
À ses côtés, sa mère, Meenakshi, mesure la portée politique de cette démission, après douze années de pouvoir du Bharatiya Janata Party, le parti de Narendra Modi. « Ils savent enfin qu’ils doivent rendre des comptes. C’est exactement ce qui manquait à ce gouvernement depuis douze ans : l’idée que personne ne pouvait le sanctionner, quoi qu’il se passe dans le pays. Mais cette jeunesse vient de prouver sa force », estime-t-elle.
Un mouvement satirique devenu force politique
Le mouvement est porté par le Cockroach Janta Party, le « Parti du peuple des cafards », une organisation satirique née sur les réseaux sociaux. Son nom fait référence aux propos attribués au président de la Cour suprême, qui avait assimilé de jeunes chômeurs à des « parasites ». Créé initialement pour tourner en dérision les responsables politiques, le mouvement a rapidement cristallisé une colère plus large contre les dysfonctionnements du système éducatif et le manque de perspectives professionnelles.
Lancée début juin, la contestation a pris de l’ampleur dans tout le pays, malgré les interventions de la police, les restrictions sur les communications et les perturbations dans les transports. Le gouvernement a finalement accepté la démission de Dharmendra Pradhan, ainsi que plusieurs autres revendications, notamment des réformes du système des examens et l’abandon de poursuites contre des manifestants.
Dimanche matin, le calme était revenu à New Delhi. Les 18 stations de métro fermées pendant la mobilisation avaient rouvert et les réseaux mobiles fonctionnaient de nouveau normalement. Mais le paysage politique, lui, reste profondément ébranlé.
En Inde, des centaines de millions d’habitants ont moins de 25 ans. Cette jeunesse sait désormais qu’elle peut contraindre le pouvoir à reculer. Sa méfiance vise aussi les grands médias indiens, accusés par les manifestants d’avoir minimisé l’ampleur de la contestation et d’avoir relayé le discours du gouvernement.
Après trente-sept jours de bras de fer, le fondateur du mouvement, Abhijeet Dipke, a salué la démission du ministre tout en refusant de considérer la crise comme terminée. « Ce n’est qu’un commencement », a-t-il averti dimanche.