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Carney tient tête à Trump, qui voit rouge : comment le Canada et les Etats-Unis ont replongé dans une « guerre » commerciale

Le Premier ministre canadien Mark Carney a annoncé des mesures de rétorsion après avoir refusé ce week-end un “mauvais accord” commercial proposé par Washington, qui a aussitôt menacé de surenchérir.

Le Premier ministre canadien Mark Carney à Ottawa, le 22 août 2026.

Le Premier ministre canadien Mark Carney à Ottawa, le 22 août 2026. DAVE CHAN / AFP

La relation entre les Etats-Unis et le Canada n’en finit pas de se dégrader. Après l’échec d’ultimes négociations commerciales pour empêcher l’entrée en vigueur de nouvelles surtaxes étasuniennes, le Premier ministre canadien Mark Carney a annoncé samedi 22 août des mesures de rétorsion touchant l’acier ou les produits laitiers américains. « Ça suffit ! ! ! », s’est aussitôt emporté le président américain Donald Trump.

• Des négociations de dernière minute infructueuses

Très dépendant économiquement des Etats-Unis, le Canada s’est depuis longtemps retrouvé en première ligne dans la guerre commerciale lancée par Donald Trump. Le président américain avait annoncé de nouvelles surtaxes mi-juillet, en réponse, selon la Maison-Blanche, au « traitement discriminatoire » des « produits américains » mis en place par le Canada.

Celles-ci étaient censées entrer en vigueur mercredi, mais Donald Trump avait accordé un délai de trois jours, face à l’avancée des discussions avec les Canadiens. Le ministre du Commerce canadien Dominic LeBlanc avait passé la semaine à Washington pour tenter d’aplanir la crise, mais les négociateurs se sont finalement quittés vendredi soir sans accord.

Une décision qui a déclenché l’entrée en vigueur samedi à 00h01 de ces surtaxes punitives. Celles-ci touchent environ 20 milliards de dollars d’importations canadiennes, des produits aussi variés que le ciment, les crosses de hockey sur glace ou la bière. Cela représente environ 5,5 % des exportations canadiennes aux Etats-Unis, selon certaines estimations. Alors que les précédentes surtaxes imposées l’an dernier par Trump avaient eu un fort impact sur certains secteurs stratégiques comme l’aluminium, l’acier ou l’industrie automobile, étroitement liée au marché américain, cette nouvelle série ouvre une nouvelle brèche en touchant notamment des produits normalement protégés par un accord de libre-échange entre les Etats-Unis et le Mexique.

• Carney critique un accord « injuste » et annonce des mesures de rétorsion

Trump et Carney se sont renvoyé la responsabilité de cet échec. Le Premier ministre canadien a notamment dénoncé un accord commercial « injuste » que voulaient imposer les Etats-Unis. « Au dernier moment, les Etats-Unis ont essayé d’ajouter des éléments pour restreindre notre capacité à avoir d’autres accords commerciaux », a-t-il dénoncé depuis Ottawa samedi lors d’une conférence de presse.

« Quand vous êtes attaqué, c’est que vous êtes en guerre. Nous avons été attaqués », a déclaré le Premier ministre canadien. « Nous ne pouvons pas accepter ce qu’ils proposent et nous ne leur donnerons pas ce qu’ils demandent », a martelé l’ancien banquier central. « Ils demandaient trop et offraient trop peu », a-t-il encore dit. Mark Carney a aussi évoqué des « menaces contre la langue française » et la « culture québécoise ». « Ce n’est pas acceptable », a-t-il souligné.

Le Premier ministre canadien a dans le même temps annoncé des mesures de rétorsion envers les Etats-Unis. « Le Canada appliquera des droits de douane équivalents, au dollar près, afin de protéger nos travailleurs et nos entreprises », a-t-il indiqué dans un communiqué. Ces mesures de rétorsion canadiennes toucheront l’acier ou les produits laitiers américains mais aussi l’industrie du papier, les machines agricoles ou l’électronique. Elles entreront en vigueur le 8 septembre.

• Carney soutenu par toute la classe politique canadienne

Mark Carney a reçu depuis vendredi soir le soutien unanime de la classe politique canadienne, le chef de l’opposition conservatrice, Pierre Poilievre, appelant les Canadiens à « rester unis pour défendre notre pays contre ces attaques injustes ».

Pour le quotidien « Globe and Mail », « Mark Carney a suivi au final le signal envoyé par l’opinion publique canadienne plutôt que de mordre à l’hameçon tendu par le président américain ». Un sondage publié en début de semaine révélait en effet que 56 % des habitants du pays étaient favorables à « une ligne dure » et à la fin des « concessions » face à Washington. Car depuis le retour à la Maison-Blanche de Trump en janvier 2025, celui-ci ne cesse d’accabler son voisin de taxes et de l’invectiver, disant vouloir en faire le « 51e Etat » américain. Une rhétorique très mal vécue dans le pays.

Les Etats-Unis restent toutefois, de très loin, le premier partenaire commercial du Canada, les exportations canadiennes vers ce pays représentant actuellement autour de 70 % du total. Tenir tête à Donald Trump n’est donc pas sans risques pour Mark Carney, qui veut tout de même croire que sa stratégie de diversification des partenariats commerciaux permettra au Canada de s’affranchir de sa dépendance à l’égard de son voisin. « Oui, ça va nous faire mal. Mais devenir un vassal du voisin ? No, thanks. [Non merci] », tempérait un éditorialiste de « La Presse ».

• Trump menace de surenchérir

Face aux mesures de rétorsion canadienne, Donald Trump a vite répliqué dimanche : « Le Canada veut les avantages d’un État [des Etats-Unis, ndlr] sans en être un ! ! ! », a écrit le président américain sur Truth Social. « Ils ont aussi imposé à nos formidables agriculteurs, pendant de nombreuses années, des montants énormes de tarifs douaniers. Ça suffit ! ! ! », a-t-il ajouté.

Auparavant, le négociateur américain Jamieson Greer a quant à lui affirmé sur Fox News que les Etats-Unis allaient « aller de l’avant avec des mesures pour répondre aux rétorsions canadiennes », sans donner aucun détail.

La dégradation des relations entre les deux pays ne semble pas près de s’arrêter.

Par  Service Actu (avec AFP)