Cancer du sein : à partir de quel âge doit-on se faire dépister et à quelle fréquence ?
Dans le cadre d’Octobre Rose, le groupe Nice-Matin a organisé un débat autour du dépistage organisé du cancer du sein, animé par Nancy Cattan, cheffe de la rubrique Santé.Une table ronde qui a aussi fait la par...
Dans le cadre d’Octobre Rose, le groupe Nice-Matin a organisé un débat autour du dépistage organisé du cancer du sein, animé par Nancy Cattan, cheffe de la rubrique Santé.
Une table ronde qui a aussi fait la part belle aux questions du public.
« Les femmes de 50 à 74 ans qui se font dépister dans le cadre du dépistage organisé bénéficient d’un second avis, a expliqué le Dr Anaïs Tramoni, médecin coordinatrice au sein du Centre Régional de Coordination du Dépistage des Cancers (CRCDC) de la région Sud Paca. Leur mammographie est relue par un radiologue expert au CRCDC. On sait que dans la totalité des cancers qui sont dépistés, 6 % le sont grâce à cette seconde lecture. »
De plus, l’examen se déroule dans des centres agréés où les radiologues ont une formation qualifiante et l’obligation de lire plus de 500 mammographies par an.
De plus, dans ces centres, les appareils sont contrôlés tous les 6 mois, « pour vérifier qu’ils fassent des mammographies de la meilleure qualité possible qui donnent le moins de rayons possible, » a précisé le Dr Brigitte Butori.
De son côté, le Pr Emmanuel Barranger, chirurgien sénologue et directeur général du Centre Antoine Lacassagne, a indiqué que « détecter une lésion très tôt, par exemple de moins de 10 mm, permet de réduire la lourdeur des traitements. On garde le sein, ça permet de faire des radiothérapies plus courtes ou réalisées directement pendant l’opération, d’éviter la chimiothérapie, même sur des cancers au profil agressif s’ils sont très petits, et de réduire la durée de l’hormonothérapie. »
Pourquoi a-t-on peur de se faire dépister ?
L’appréhension de la douleur lors de la compression du sein pendant la mammographie et la peur du diagnostic restent des freins fréquents.
« Sur les récents appareils, la compression dure à peine 10 secondes. De plus, bien comprimer le sein permet d’obtenir une image nette et divise par deux la dose de rayons délivrée », commente le Dr Brigitte Butori.
Pourquoi n’y a-t-il pas de dépistage organisé avant l’âge de 50 ans ?
Le dépistage organisé s’adresse aux femmes entre 50 et 74 ans car 80 % des cancers du sein surviennent après 50 ans.
« Chez la femme jeune, le sein contient beaucoup de tissu glandulaire (épithélial) et une forte charge en eau, ce qui rend la mammographie très opaque et blanche, a expliqué le Dr Brigitte Butori. Comme les anomalies apparaissent aussi sous forme de taches blanches, pratiquer une mammographie revient à chercher une tache blanche dans du blanc. » Aussi la radiologue estime-t-elle que « proposer une mammographie systématique chez la femme jeune équivaut à offrir un mauvais examen à une mauvaise population. »
Elle étaye cette explication de chiffres : le rendement de la mammographie de dépistage chez les femmes de moins de 50 ans est de seulement un cancer détecté pour 1 000 femmes dépistées, alors qu’à partir de 50 ans, ce rendement s’élève à 7 cancers détectés pour 1.000 femmes dépistées.
S’il est important de prévenir le risque d’irradiation cumulée inutile chez des femmes jeunes, il est en revanche important, dès l’âge de 25 ans, de réaliser une palpation chez son médecin ou son gynécologue. Et, « vers 40 ans, en fonction des facteurs de risque, il peut être proposé au cas par cas d’effectuer un dépistage individuel (mammographie/échographie). »
Quelle fréquence de dépistage, et après 74 ans ?
Le débat a donné lieu à de nombreuses questions de la salle. Ainsi, Nathalie, 58 ans, qui se fait dépister tous les ans depuis l’âge de 40 ans a demandé si c’était la bonne fréquence.
Le Dr Brigitte Butori et le Pr Emmanuel Barranger ont rappelé qu’un rythme annuel systématique n’était pas recommandé sauf cas particuliers (suivi d’une image suspecte ou antécédent de cancer du sein). « Le rythme standard de dépistage reste tous les 2 ans. »
Dans la salle, Brigitte, 81 ans, a pris la parole pour savoir s’il était conseillé de poursuivre, après 74 ans une mammographie tous les deux ans. Le Pr Barranger et le Dr Butori l’ont encouragée à continuer au même rythme, mais dans une démarche individuelle, les cancers découverts après 74 ans, pouvant également être agressifs.