Canada. Plus de 200 feux hors de contrôle, Trump accuse Ottawa d’enfumer les États-Unis
Le président américain s'en est pris vendredi au Canada pour la sévère pollution de l'air qui affecte le nord-est de son pays. « Nous tenons le Canada pour responsable du fait qu'il n'entretient pas correctemen...
Le président américain s'en est pris vendredi au Canada pour la sévère pollution de l'air qui affecte le nord-est de son pays. « Nous tenons le Canada pour responsable du fait qu'il n'entretient pas correctement ses forêts (...), et les États-Unis se retrouvent inutilement envahis par un air sale, pollué et dangereux pour la santé (...), totalement inacceptable ! », a-t-il écrit sur sa plateforme Truth Social, annonçant vouloir appeler le Premier ministre canadien dans la journée « pour savoir ce qu'ils comptent faire ».
Dans son message, Donald Trump menace également Ottawa de droits de douane plus lourds pour couvrir le « coût de cette pollution ». Certains produits canadiens non couverts par l'accord de libre-échange nord-américain sont déjà soumis à des droits temporaires de 10 %, mais ils ne représentent qu'une minorité des exportations. Des droits sectoriels, notamment sur l'acier et l'aluminium, visent aussi le pays.
L'Ontario en première ligne
Sur le terrain, la situation continue de se détériorer. Selon le Centre interservices des feux de forêt du Canada (CIFFC), 207 incendies étaient hors de contrôle vendredi, sur un total de 897 feux actifs. Près de 2,8 millions d'hectares ont brûlé depuis le début de l'année, contre 1,6 million une semaine plus tôt. La saison reste moins dramatique qu'en 2023, année record, mais la virulence des incendies s'est considérablement aggravée ces derniers jours. Dans le même temps, seize feux ravagent une forêt du Minnesota, à la frontière canadienne, où le service forestier américain redoute que « des conditions météorologiques instables, des vents changeants et des risques isolés de rafales destructrices » ne compliquent la lutte.
L'Ontario concentre les difficultés avec plus de 80 feux hors de contrôle, a précisé devant la presse Doug Ford, qui dirige la province. Celle-ci a demandé jeudi l'aide du gouvernement fédéral et bénéficie de l'appui des pompiers d'autres provinces, dont l'Alberta et le Yukon. Plus de 80 avions bombardiers d'eau et hélicoptères y sont déployés, tandis que trente-neuf autres appareils sont prêts à décoller vers des zones reculées, inaccessibles par la route, pour évacuer des localités où résident principalement des communautés autochtones. Dénonçant un manque de coordination des autorités, certaines d'entre elles ont organisé elles-mêmes leur évacuation. Aucune victime n'est à déplorer pour l'heure dans la province. Les habitants évacués ont été relogés notamment à Thunder Bay, Toronto ou Niagara Falls.
Detroit était vendredi la ville la plus polluée au monde selon le site spécialisé IQAir, devant Washington et Chicago. Photo Sipa/Paul Sancya
Un nuage de fumée jusqu'à Washington
Portées par les vents, les fumées ont entraîné une dégradation extrême de la qualité de l'air à Toronto comme dans l'est des États-Unis. Enveloppée dans un brouillard jaunâtre, Detroit était vendredi la ville la plus polluée au monde selon le site spécialisé IQAir, devant Washington et Chicago. Dans le Michigan, le Minnesota et le Wisconsin, les États les plus proches des incendies, certaines zones enregistrent depuis plusieurs jours des niveaux qualifiés de « dangereux ». Les autorités recommandent d'éviter les sorties ou de porter un masque, des distributions gratuites ayant eu lieu à New York dans les gares et les bibliothèques.
Chris Carlsten, professeur à l'Université de Colombie-Britannique, souligne qu'un nombre croissant de recherches montre que les particules fines issues des feux de forêt affectent davantage les poumons, quand la pollution automobile touche surtout le cœur. Il relève aussi que peintures, plastique et métal peuvent se mêler à ces panaches, dont la toxicité augmente à mesure qu'ils se déplacent, du fait d'un « vieillissement photochimique ». Face à ce qui devient une nouvelle réalité des étés nord-américains, il recommande des filtres à air en intérieur et le port du masque dehors.
Experts et défenseurs de l'environnement insistent sur le lien avec le dérèglement climatique. « Un ciel de plus en plus enfumé souligne l'urgence d'une transition rapide vers les énergies propres plutôt que la construction de nouvelles infrastructures liées aux combustibles fossiles », estime Paul Mathewson, de l'organisation Clean Wisconsin, qui rappelle que la hausse des températures et la baisse de l'humidité des sols allongent la saison des incendies.
A New-York, la qualité de l'air s'est améliorée depuis jeudi mais reste jugée dangereuse pour les personnes à risque, et les services météorologiques américains (NWS) préviennent que la fumée pourrait s'épaissir dans la nuit. Photo Sipa/John Taggart
Le Mondial sous surveillance
Le calendrier ajoute à la pression : c'est en banlieue de New York, dans un stade à ciel ouvert, qu'est programmée dimanche après-midi la finale de la Coupe du monde entre l'Espagne et l'Argentine. La qualité de l'air s'y est améliorée depuis jeudi mais reste jugée dangereuse pour les personnes à risque, et les services météorologiques américains (NWS) préviennent que la fumée pourrait s'épaissir dans la nuit. Les organisateurs « surveillent de près » la situation, a indiqué Andrew Giuliani, qui dirige l'équipe de la Maison Blanche chargée du Mondial. L'application officielle destinée aux supporters les encourage à rester à l'intérieur ou à porter un masque.
Les prévisionnistes se veulent plutôt rassurants. Peter Mullinax, météorologue du NWS, estime que les vents pourraient maintenir un ciel brumeux sur le nord-est, mais anticipe une amélioration : « Je ne pense pas que cela ait autant d'impact que si vous deviez jouer un match aujourd'hui. » Pour Joel Dreessen, prévisionniste de la qualité de l'air pour le Maryland, tout dépendra des orages attendus ce week-end. « Certains modèles commencent à indiquer que les niveaux de fumée vont commencer à baisser », dit-il.