Cambriolage du Louvre : “Il pensait qu’on pouvait en prendre plus”, le commanditaire “pas content” du butin ramené par les braqueurs
Le casse du Louvre commence enfin à livrer ses secrets. Les deux principaux suspects détaillent leur rôle dans le vol de bijoux estimé à 88 millions d’euros et évoquent un mystérieux commanditaire toujours introuvable.
Le casse du Louvre commence enfin à livrer ses secrets. Les deux principaux suspects détaillent leur rôle dans le vol de bijoux estimé à 88 millions d’euros et évoquent un mystérieux commanditaire toujours introuvable.
Après des mois de silence, Abdoulaye N. et Ghelamallah A., les deux principaux suspects du casse du Louvre, ont livré un récit détaillé de leur implication lors de nouveaux interrogatoires menés en juin, récit que Le Monde a pu consulter. Ils affirment avoir été recrutés par un commanditaire non identifié, en échange d’une somme comprise entre 15 000 et 25 000 euros.
Abdoulaye N., chauffeur de taxi clandestin de 40 ans connu sur Internet sous le pseudonyme "Doudou Cross Bitume", et Ghelamallah A., un Algérien sans emploi de 36 ans, sont soupçonnés d’avoir pénétré dans la galerie d’Apollon le 19 octobre dernier. Recrutés deux ou trois jours avant le casse, ils auraient reçu une vidéo de repérage montrant l’intérieur de la galerie.
Abdoulaye N. explique avoir été choisi pour sa réputation : "Je suis connu pour conduire des motos, je suis athlétique, dynamique, débrouillard". Financièrement "dans le rouge", il devait toucher entre 15 000 et 20 000 euros, "peut-être plus selon ce que ça allait rapporter".
Il reconnaît avoir su ce qu’il s’apprêtait à faire : "Je savais que j’allais cambrioler le Louvre". Ghelamallah A., lui, maintient qu’on lui avait présenté la cible comme "une joaillerie où on fabrique des bijoux dans Paris". "J’aurais jamais mis les pieds là-bas si j’avais su", assure-t-il.
Le jour des faits, les deux hommes rejoignent deux complices à Aubervilliers avant de prendre la direction du Louvre à bord d’un camion équipé d’une nacelle. Abdoulaye N. pilote l’engin, gilet jaune sur le dos, pendant que Ghelamallah A. affirme qu’on leur avait annoncé une mise en scène : "On m’a dit qu’on allait faire passer ça comme une intervention de travaux".
Une fois dans la galerie d’Apollon, disqueuse en main, le duo découpe les vitrines. "Quand on est rentrés, il n’y avait personne, c’était noir, il n’y avait que les lumières des vitrines qui étaient allumées", raconte Abdoulaye N. "Au loin, je voyais la sécurité qui s’agitait, derrière une porte". Agacé par la lenteur de son complice, il finit par l’aider à forcer sa vitrine : "Si on passe plus de trois minutes, on sait qu’il faut partir".
Le butin s’élève à huit bijoux, évalués à 88 millions d’euros. Dans la fuite, la couronne de l’impératrice Eugénie tombe et est retrouvée endommagée. "Oui, c’est moi, elle est tombée de ma sacoche", admet Abdoulaye N., visiblement affecté face à la photo du bijou abîmé : "C’est pas bien ce qu’on a commis, c’est très grave. Heureusement que je ne suis pas suicidaire, sinon je me serais suicidé".
Après avoir aspergé d’essence le camion-nacelle "pour effacer les traces", les malfaiteurs se scindent en deux à hauteur d’Ivry-sur-Seine. Un Berlingo blanc, conduit avec pour instruction de "brouiller les pistes", part vers le Vexin, à l'ouest de Paris, pendant qu’Abdoulaye N. rejoint à scooter un parking souterrain d’Aubervilliers, où il dit avoir remis les bijoux au commanditaire.
"C’est moi qui sors le diadème de la sacoche, confirme-t-il. Le commanditaire n’était pas content. Il pensait qu’on pouvait en prendre plus. On avait perdu du temps en rentrant par la fenêtre". Selon lui, d’autres personnes attendaient à l’extérieur pour récupérer les joyaux. Depuis, plus aucune trace du butin.
Les deux hommes refusent toujours de nommer le commanditaire, invoquant la peur des représailles. "C’est pas des enfants de chœur", résume Ghelamallah A. Abdoulaye N. évoque des pressions reçues en détention : "On ne m’a pas menacé, mais j’ai reçu des contacts de l’extérieur. On m’a dit tais-toi".
Fait nouveau, les deux suspects affirment désormais que le commanditaire aurait lui-même participé à l’opération, tout en excluant qu’il s’agisse de Slimane K. ou Rachid H., les deux autres suspects déjà mis en examen dans cette affaire. Un certain "Jo", originaire d’Aubervilliers, qui pourrait n’être qu’un intermédiaire pour de plus gros acteurs.
Toutefois, les enquêteurs restent prudents : aucune trace d’un commanditaire n’a été retrouvée à ce stade. Deux hypothèses subsistent, celle de bijoux toujours cachés en région parisienne, ou celle d’un butin déjà exfiltré à l’étranger, avec le risque que les pierres aient été détachées et revendues séparément.