Café-deuil : un espace de parole pour briser la solitude
Le café-deuil permet de parler d’un sujet souvent tabou dans nos sociétés. Qui ose vraiment mettre des mots sur sa souffrance ? Qui peut vraiment se sentir libre de partager ses émotions ? Ses douleurs ? Ces rencontres éphémères permettent à chacun de venir parler, écouter, comprendre… et de se sentir moins seul.
Café-deuil : un espace de parole pour traverser le deuil
Autrefois, les familles étaient les lieux parfaits pour partager un deuil et la peine qui l’entoure. Mais avec les couples qui éclatent, les enfants qui déménagent et la vie qui se complique, on est de plus en plus face à soi-même pour traverser cette période.
Le deuil n’est pas qu’un chagrin : il est aussi un chemin d’acceptation, de mémoire et de renaissance. Et pour éclairer ce chemin, la parole peut devenir une alliée précieuse.
C’est l’idée sur laquelle s’organisent les « cafés-deuil ». Proposés par des associations, des organismes sociaux ou des collectivités, ils réunissent, le temps d’un café, des gens de tous horizons. L’idée ? Créer un espace où la parole se libère et où l’on peut mieux comprendre les étapes du deuil.
Dans un café-deuil, parler ou simplement écouter
Il faut rassurer ceux qui hésitent : dans un café-deuil, personne n’est obligé de parler. On peut simplement venir écouter les autres, se retrouver dans une difficulté que l’on traverse, une idée qui vient, une larme qui monte.
Ici, on découvre que de nombreuses personnes affectées par le deuil se posent souvent les mêmes questions : qu’est-ce que je dois faire des affaires de celui qui est parti ? Comment puis-je honorer sa mémoire tout en continuant à sortir, à rire, à vivre ?
Comme le souligne Hélène Garbin, bénévole pour l’association « Vivre son Deuil », le deuil est un parcours personnel que chacun vit à son rythme, avec ses émotions, ses souvenirs, ses blessures…
Un travail de deuil qui commence parfois bien après le décès
Roselyne Boust, administratrice de l’association Vivre son Deuil, fait ce constat à chaque café-deuil. Il arrive souvent que des gens de passage dans l’établissement s’invitent dans la discussion et évoquent des blessures qui ne se sont pas refermées malgré les années.
« Un deuil peut avoir des répercussions bien après le décès », nous explique Roselyne Boust, qui voit régulièrement des personnes rejoindre un café-deuil et exprimer des blessures qui ont parfois plusieurs dizaines d’années.
Deuil : des espaces de partage et de parole sur Internet
Si beaucoup de cafés-deuil sont organisés dans des coins de bistrot ou dans des salles communales, il existe aussi des espaces sur le Web où les personnes en deuil peuvent partager leurs douleurs, leurs interrogations ou leurs réflexions.
Sur Facebook, par exemple, des pages comme « Vivre après un Deuil » ou encore « La perte d’un être cher » réunissent plusieurs dizaines de milliers de membres et proposent gratuitement un espace où il est possible de partager des photos, des textes et des émotions.
Beaucoup y évoquent une personne disparue, des anniversaires, des souvenirs… Et il suffit souvent de lire quelques publications d’anonymes pour comprendre que la douleur de l’absence n’épargne personne et que le besoin de parole est partout !
« Il y a parfois une injonction à tourner la page »
Un échange avec Hélène Garbin, bénévole à l’antenne de l’association « Vivre son Deuil » de Saint-Lô (Normandie).
Vous organisez régulièrement des Cafés-Deuil. Quel est leur principal intérêt ?
Il y a souvent beaucoup de soutien au moment d’un deuil et pourtant, rapidement, la société et les proches nous encouragent à reprendre une vie normale. « Il faut s’y remettre. » « Passe à autre chose. » Ces injonctions, pleines de bonne volonté, finissent par peser sur le moral.
C’est dans ce contexte que les cafés-deuil proposent une écoute plus patiente, plus sereine peut-être… Dans un café-deuil, on a le droit « de ne pas s’en remettre », et on peut aussi aborder des sujets délicats qui peuvent réclamer un avis indépendant, déchargé d’émotions.
Comment organisez-vous les cafés-deuil ?
En règle générale, nous proposons à un cafetier ou à un restaurateur de nous dédier une partie de sa salle et nous plaçons nos affiches. Les cafés-deuil peuvent aussi être annoncés par voie de presse.
Dans un café-deuil, nous pouvons recevoir généralement de 5 à 20 personnes. Il y a aussi des clients des cafés qui sont là par hasard et finissent par s’inviter à la réunion. On a chacun une histoire avec le deuil, et c’est dans ces moments qu’on comprend qu’il suffit juste de tendre l’oreille pour libérer la parole.
Et quand le café est terminé… Que se passe-t-il ?
Dans son principe, le café-deuil est un simple moment, mais ça peut aussi être le début d’une démarche plus personnelle.
Notre association « Vivre son Deuil » propose des groupes de parole et des accompagnements plus personnels. Il arrive souvent que nous suivions une personne pendant une année entière et que nous l’accompagnions dans son deuil.
Le café-deuil, c’est aussi une bonne façon de découvrir une association ou le travail de bénévoles avant de pousser la porte d’une permanence…