“C’était un type formidable” : Macha Méril évoque son ami Philippe Bouvard, son amour du Gers et son combat pour y sauver une église
Philippe Bouvard l’appelait sa "princesse" car elle a le sang bleu des Russes blancs. Au théâtre, devant la caméra des Buñuel, Godard et autres Pialat, dans ses livres, Macha Méril reste une "grosse tête" bien faite, qui vient se ressourcer à Montréal-du-Gers depuis un quart de siècle, en s’investissant pour sauvegarder le patrimoine. Dialogue.
l'essentiel Philippe Bouvard l’appelait sa "princesse" car elle a le sang bleu des Russes blancs. Au théâtre, devant la caméra des Buñuel, Godard et autres Pialat, dans ses livres, Macha Méril reste une "grosse tête" bien faite, qui vient se ressourcer à Montréal-du-Gers depuis un quart de siècle, en s’investissant pour sauvegarder le patrimoine. Dialogue.
Vous avez été très sollicitée depuis la disparition de Philippe Bouvard. Vous gardez quel souvenir de lui ?
C’était un type formidable. Je suis restée 33 ans aux Grosses Têtes, mais pas en continu, il faisait toujours un casting différent. Mais il a été fidèle jusqu’à la fin. Un jour, à RTL, ils ont voulu rajeunir en le remplaçant par Dechavanne ! Parfois les patrons sont des couillons. Ça a duré deux ou trois ans, pas plus, et il est revenu. Il a eu une trouvaille, c’était de joindre la culture et le rire. C’était merveilleux de faire à la fois du rire et de l’éducation. Il employait l’imparfait du subjonctif. Il adorait la langue française. Il a fait beaucoup pour elle.
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Vous vivez à Paris mais vous avez une maison de campagne à Montréal. Quelles sont vos attaches avec le Gers ?
J’ai eu un coup de foudre. Ce n’est pas moi qui ai acheté la maison, c’est la maison qui m’a achetée. Elle était délabrée, il y avait beaucoup de travaux à faire. Et là, j’ai rencontré un monsieur (NDLR : Michel Laffargue) qui m’a demandé si je ne voulais pas connaître mes voisins. L’accueil gersois a été très sympathique. J’ai lié connaissance avec l’ambassadeur Brouste. Il m’a dit qu’il y avait une église romano-cistercienne du XIIe siècle, en ruine, dont on ne connaissait pas la valeur. La DRAC (NDLR : Direction régionale des Affaires culturelles) nous a dit que pour avoir des financements, il fallait monter une association. C’est devenu "Pour Genens". L’ambassadeur était très impliqué. Je me suis passionnée pour ce projet, afin d’en faire aussi un lieu culturel. Le violoncelliste Christophe Boulier a dit qu’il y avait une très bonne acoustique dans cette église Saint-Pierre de Genens, il y a d’ailleurs enregistré 12 caprices de Paganini.
Quelles ont été les suites ?
Pour sauver le bâtiment, classé depuis 1979, il fallait de l’argent. Pour les conseils, j’ai fait appel à des connaissances, comme Stéphane Bern. On a mis 20 ans, mais, finalement, on a réussi à réunir des fonds provenant de l’État, par le biais de la DRAC, du conseil régional, de la fondation du patrimoine, de la commune et des donateurs de l’association. Ça a fini par faire une petite récolte. Après le décès de Jean Brouste, il n’y avait qu’une personne pour le remplacer, c’était Michel, car moi je ne suis pas là tout le temps, je ne suis que vice-présidente. Je ne vis pas ici. Michel a accepté car il faut de la pugnacité et de la patience pour convaincre les institutions. Il y a eu un travail formidable, grâce aussi au talent des tailleurs de pierre.
Et vous avez organisé un concert, le 20 août, pour continuer à réunir des fonds et fêter la première tranche des travaux…
Oui, avec la participation de véritables polyphonies corses. Les chanteurs du groupe vocal "Cantu di Luna" ont fait un concert très chaleureux. Après, j’ai invité une cinquantaine de personnes à venir manger des pâtes chez moi car je suis une spécialiste, j’ai fait un livre dessus. Tout était authentique, ça a fait chaud au cœur. C’est la raison pour laquelle j’aime la France. Tout le monde râle mais on aime le patrimoine. J’ai vécu aux États-Unis et en Italie, ils sont moins efficaces que nous pour reconstruire. Nous, on le fait. Moi, je suis la porte-parole. Car c’est vrai qu’on est dans une époque où il faut des gens pour incarner les actions. C’est mon rôle. Ça me fait plaisir. Ce n’est pas superficiel.
Mais vous ne faites pas que ça. Macha Méril a toujours une activité débordante !
(rire) Face à l’engouement, nous prolongeons le spectacle "Sand-Chopin" à partir du 4 septembre au théâtre de poche, à Montparnasse, avec Erik Berchot. Je lis les textes de George Sand et lui joue du Chopin. Ce sera le vendredi et le samedi à 21 heures, et le dimanche en matinée à 17 heures.
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Et les livres ?
Le dernier que j’ai écrit est sorti en mai, il s’appelle "Je marche vers elle" (Albin Michel). C’est un livre sur ma sœur qui nous a quittés. Je raconte les dernières semaines passées auprès d’elle. La mémoire est traîtresse. Je l’ai écrit d’un trait. Ce n’est pas négatif. Elle m’a emmenée quelque part. Ce n’est pas le vécu d’une fin tragique. Il fallait qu’elle parte. Ce livre a beaucoup de succès. J’aime bien que les livres sérieux marchent bien.
Des tournages sont aussi prévus ?
Je continue de tourner dans la série "Enquête parallèle" qui passe sur France 3. C’est l’histoire d’une journaliste qui est toujours dans les pattes de la police. Moi, je suis sa mère. On a tourné le sixième épisode. On en fait deux par an.
Le talent est toujours récompensé ?
(sourire) C’est ça. Je suis tranquille.